Rio Tinto s’inquiète de la deuxième vague au Saguenay-Lac-Saint-Jean

Myriam Gauthier
Myriam Gauthier
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Rio Tinto s’inquiète de l’ampleur de la deuxième vague de la pandémie au Saguenay-Lac-Saint-Jean et de ses impacts dans ses usines, alors que la reprise « soudaine » de la demande, depuis cet été, l’oblige actuellement à refuser des commandes.

Frédéric Campagna, directeur général opérations commerciales mondiales de la division aluminium de Rio Tinto, n’a pas caché mercredi la préoccupation de l’entreprise face à la situation au Saguenay-Lac-Saint-Jean, lors d’une causerie sectorielle sur l’aluminium organisée par le mouvement Relançons Montréal.

La région, qui a enregistré un nombre record de 198 nouveaux cas de COVID-19 mercredi, compte le plus haut taux de cas actifs par 100 000 habitants parmi les régions du Québec, soit plus de 370.

« On voit beaucoup plus de cas présentement au Saguenay dans nos usines, au Québec, qu’on n’en a vu dans la première vague. Et ça, ça nous inquiète, parce que la production, tu peux la changer, mais si [tu en] perds, ça devient très complexe à gérer », a-t-il exposé.

« C’est ce qui nous tient sur le qui-vive présentement, la situation au Saguenay », a-t-il ensuite ajouté, lors de l’événement tenu en visioconférence.

Malgré la reprise de la demande, la deuxième vague ne permet pas encore à Rio Tinto, comme pour bien d’autres, de voir la lumière au bout du tunnel. « On n’est pas sorti du bois », a souligné M. Campagna, en demeurant prudent face à l’avenir.

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est une région importante pour Rio Tinto, qui y compte quatre alumineries et une raffinerie d’alumine. La région est responsable de près de la moitié de la production mondiale d’aluminium de Rio Tinto, peut-on lire sur le site Internet de la multinationale.

« On est obligé de refuser des demandes »

Outre cette préoccupation, la demande en aluminium est au rendez-vous depuis l’été, pour Rio Tinto, à un niveau qui dépasse les attentes de l’entreprise. Rio Tinto s’attendait à une demande « un peu soutenue, mais quand même modérée », de juillet à décembre.

Dans les mois précédents, l’entreprise avait dû réajuster sa production, face au ralentissement des industries automobile et aérospatiale et à une chute de la demande au début de la crise.

Le scénario d’une reprise accélérée en « V » s’est finalement avéré à l’été, propulsée par la reprise de l’industrie automobile et du secteur de la construction. « Mais ce qu’on a vu, c’est une demande soudaine, parce qu’on a pratiquement été en “surdemande” depuis les mois de juin et juillet », a expliqué Frédéric Campagna.

« Présentement, on est obligé de refuser des demandes », a-t-il ajouté. L’achat de voitures, notamment, gagne en popularité, alors que plusieurs délaissent le transport en commun dans les grandes villes en raison de la pandémie.

Frédéric Campagna, directeur général opérations commerciales mondiales pour la division aluminium de Rio Tinto, prenait part à une causerie sectorielle sur l’aluminium en mode numérique organisée par le mouvement Relançons Montréal.

États-Unis et protectionnisme

Le dirigeant estime que la capacité d’adaptation rapide aux commandes en provenance des États-Unis a su mettre en valeur dans les derniers mois la proximité entre les marchés québécois et américain, alors que 80 % de l’aluminium québécois est exporté aux États-Unis.

Malgré l’abandon en septembre des nouveaux tarifs douaniers sur l’aluminium canadien imposés par l’administration Trump, les intervenants réunis lors de l’événement demeuraient prudents face au protectionnisme du président désigné Joe Biden.

RIO TINTO AU QUÉBEC EN CHIFFRES

• 7000 emplois directs au Québec, dont plus de 4300 dans le secteur de l’aluminium

• 350 M$ en investissements maintenus au Québec en 2020

• 3 G$ en dépenses par année chez différents fournisseurs (540 fournisseurs à Montréal et 630 au Saguenay)

• 700 employés au siège social de Rio Tinto Aluminium à Montréal

LE CENTRE DE RECHERCHE D’ELYSIS BIENTÔT OPÉRATIONNEL

Le centre de recherche et de développement d’ELYSIS à Saguenay sera bientôt opérationnel, après que le projet ait connu du retard en raison de la pandémie.

La construction du centre à Arvida a subi les impacts de l’arrêt et de la reprise de l’industrie de la construction, a expliqué Vincent Christ, président-directeur général d’ELYSIS, entreprise qui est à l’origine d’un procédé permettant d’éliminer les émissions de gaz à effet de serre dans la production de l’aluminium.

« On va bientôt passer en production. On surveille évidemment de près ce qui se passe au Saguenay-Lac-Saint-Jean, avec l’évolution de la pandémie », a-t-il souligné lors de l’événement, précisant que la situation actuelle n’avait pas d’impacts sur le projet.

La causerie virtuelle animée par Martin Charron, président-directeur général d’AluQuébec, a été l’occasion pour les panélistes d’échanger sur les impacts de la pandémie, sur l’intérêt croissant envers l’aluminium « vert » à faible empreinte carbone, sur la transformation de l’aluminium et sur les enjeux de pénurie de main-d’oeuvre.

Les termes innovation, agilité et développement durable sont revenus sur la table à plusieurs reprises. Des représentants de l’équipementier GNA Alutech, de l’entreprise de transformation SBB, tous deux de Montréal, et du cabinet-conseil Groupe AGÉCO, qui possède des bureaux à Québec et à Montréal, prenaient également part au panel.