Site de résidus de l'Usine Vaudreuil

Rio Tinto: investissements de 1,5 G $

Excluant les grandes phases des usines AP60 et Alma, Rio Tinto (RT) s’apprête à investir près 1,5 milliard dans la région au cours des 24 prochains mois.

Le site de résidus à l’Usine Vaudreuil, un nouveau centre de coulée à valeur ajoutée, l’ajout de 16 nouvelles cuves à l’usine AP60 d’Arvida, des travaux pour prolonger les précuites. En plus des quelque 360 millions $ investis annuellement au Saguenay-Lac-Saint-Jean, la multinationale prévoit réaliser ces projets à court et moyen terme, confirme le directeur général pour les opérations de l’Atlantique de Rio Tinto, Gervais Jacques, dans une entrevue éditoriale accordée au Quotidien

« On veut passer d’être riches en options à être prêts à exécuter des projets. L’économie est favorable, il y a une mobilisation intéressante depuis un an. L’écosystème est prêt aussi. L’apport en alumine a été sécurisé, on est donc capables d’aller vers une autre étape, soit investir dans nos usines d’aluminium et de renforcer ce réseau intégré. On a ce qu’il faut pour envisager le futur positivement », souligne le dirigeant de RT.

Un renforcement du réseau et une augmentation de la production permettent d’envisager la concrétisation d’Alma II et la grande phase d’AP60 dans un avenir rapproché. Deux grands projets toujours considérés comme étant les plus prometteurs de l’industrie.

« Pour Rio Tinto, c’est clair qu’ils sont nos deux meilleurs projets. Mais dans l’industrie, ils sont considérés parmi les meilleurs projets à l’extérieur de la Chine », pointe M. Jacques. 

« L’ajout de 16 cuves à l’usine actuelle AP60 avec la technologie AP6X, c’est-à-dire avec un plus gros ampérage, ça va nous permettre de favoriser le cas d’affaire d’une éventuelle phase, celle qu’on appelle la grande phase d’AP60. Si on est capables d’être efficaces avec un gros ampérage, ça va solidifier le projet. »

Rio Tinto déposera d’ailleurs la semaine prochaine une demande de certification d’autorisation au gouvernement pour l’ajout de ces 16 cuves qui permettra de doubler la production à Arvida. La multinationale entamera ensuite l’étude de faisabilité pour un lancement des travaux souhaité à la fin de 2018 ou 2019.

Profits records

L’année 2018 commence d’ailleurs bien pour la division aluminium de RT qui affiche des résultats financiers records. Le groupe aluminium, qui est maintenant le deuxième en importance après la division Fer, enregistre des profits de 3,5 milliards $ pour l’année 2017.

« Ce sont de bons résultats, une solide performance qui consolide notre position en tant que chef de file au niveau de l’aluminium », commente M. Jacques. 

De bons résultats dus à une soudaine hausse des prix de l’aluminium. Les marchés se sont enflammés, lorsque la Chine a annoncé une réduction de 10 % de sa production d’énergie à partir du charbon. Les inventaires n’ont pas baissé, mais l’inquiétude a tout de même favorisé l’industrie.

Bilan énergétique

RT a également connu une bonne année en matière énergétique. La multinationale a vendu des surplus totalisant 20 millions $ à Hydro-Québec, ce qui représente 4 % de l’énergie produite. L’entreprise est parfois un acheteur d’électricité. Mais l’entente avec le gouvernement, rappelons-le, stipule que les surplus doivent être achetés par la société d’État.

« Nos usines ont consommé à pleine capacité. Ce qui est arrivé, c’est qu’on a produit plus que prévu, car il y a eu plus d’eau. Normalement, l’apport d’eau c’est jusqu’à la mi-juin. Mais là, on a eu à passer l’eau jusqu’à la mi-juillet », justifie Gervais Jacques. 

RT s’apprête à investir massivement dans la région, selon le directeur général pour les opérations de l’Atlantique de Rio Tinto, Gervais Jacques

Nouveau centre de coulée

Rio Tinto souhaite construire un nouveau centre de coulée à valeur ajoutée au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Un centre qui aura pour mission de produire des alliages spécifiques.

Gervais Jacques a confirmé l’information au Quotidien, mercredi, sans toutefois dévoiler d’échéancier et d’endroit précis. Ce nouveau projet s’inscrit dans la volonté de la multinationale de ne produire que de l’aluminium à très haute valeur ajoutée, plutôt que de l’aluminium brut comme le fait la Chine. 

La région produit 1,2 million de tonnes d’aluminium, dont un million est déjà à haute valeur ajoutée. Des chercheurs supplémentaires ont été embauchés par RT l’an dernier pour que les 200 000 autres tonnes soient également de qualité supérieure.

«L’objectif est que 100 % des tonnes qu’on fait ici soient à valeur ajoutée. Les chercheurs travaillent en ce moment avec des clients ou des gens qui ne sont pas des clients pour savoir ce dont ils ont besoin comme type d’aluminium. On fait des alliages avec notre petite presse et ils testent des produits. Mais notre objectif est clair. On veut installer un centre de valeur ajoutée, un nouveau centre de coulée au Saguenay-Lac-Saint-Jean», exprime M. Jacques. 

La qualité de l’aluminium produit ici demeure d’ailleurs l’avantage concurrentiel de RT face à la Chine. L’Asie se concentre sur l’aluminium brut, vendu à gros volume.

«Elle livre par bateau des quantités de 50 ou 60 000 tonnes. Nous, on livre par camion, à la porte du client qui n’a pas besoin de grand volume. On est dans les produits de spécialité à plus petit volume, mais pour plusieurs clients. C’est donc là notre force, c’est dans la logistique. C’est une barrière que la Chine ne réussira pas à franchir. Ils vont toujours avoir cette problématique de logistique.»

Chantiers de constructions: réduire les coût de 30%

Rio Tinto souhaite réduire de 30% les coûts de construction pour ses futures usines. À l’heure actuelle, il en coûte 8000 $ la tonne pour ajouter une nouvelle capacité. Un prix qui descend drastiquement en Chine, à 2500 $ la tonne. RT vise maintenant 6000 $.

Les coûts de construction ont d’ailleurs été ciblés comme étant la plus grande faiblesse de l’industrie de l’aluminium en Amérique du Nord. «C’est en effet un défi. Il faut trouver des façons de réduire et c’est notre défi pour les deux grands projets, soit Alma II et AP60 la grande phase. Mais on pense être en mesure d’arriver à 6000 $ la tonne», admet Gervais Jacques.

Coût de la main-d’oeuvre, matériaux, durée des chantiers, services d’ingénierie... Plusieurs domaines seront visés par une analyse d’efficacité. 

«Dans les chantiers, il y a de la place pour des améliorations. Autant au niveau ingénierie que de la planification. La durée du projet est aussi un aspect majeur. Un projet qui s’éternise, ça coûte cher. Quand le projet dure depuis cinq ans, tu dois payer une équipe qui est là pendant cinq ans. Ce n’est donc pas juste d’augmenter l’efficacité du travailleur de chantier. C’est un ensemble de facteurs. On parle aussi d’avoir des bâtiments plus standards. Moins de ‘‘tant qu’à y être’’.»

L'ALÉNA INQUIÈTE

c l’avenir toujours incertain de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), les dirigeants de Rio Tinto craignent une nouvelle taxe sur l’aluminium aux États-Unis. Une barrière tarifaire ferait mal à la région qui exporte 85 % de sa production au pays de l’Oncle Sam. 

« Quand on parle de l’ALÉNA, en région, on pense tout de suite au bois d’oeuvre. On pense moins à ce qui pourrait arriver si on ajoutait des tarifs à l’aluminium. Mais déjà, des gens spéculent et achètent de l’aluminium et l’entreposent aux États-Unis en attendant qu’un éventuel tarif soit imposé à l’aluminium. De notre côté, on travaille très fort avec les instances gouvernementales américaines et canadiennes et les gens d’affaires pour expliquer les conséquences d’une nouvelle taxe », mentionne Gervais Jacques, directeur des opérations de Rio Tinto Aluminium en Atlantique.

Selon ce dernier, une barrière tarifaire imposée aux producteurs d’aluminium canadiens touchera également les consommateurs et les transformateurs américains. Les États-Unis ne s’autosuffisent pas en matière d’aluminium. Ils importent annuellement 2,5 millions de tonnes d’aluminium. « On est une chaîne de valeur intégrée. Ça pénaliserait autant les producteurs canadiens que les transformateurs aux États-Unis. Ils vont devenir moins compétitifs. Les automobiles qu’ils fabriquent, par exemple, elles vont coûter plus cher. L’Américain typique qui reste dans le milieu des États-Unis va payer son Ford F-150 plus cher. La surtaxe va être transférée au marché, c’est inévitable. » Laura Lévesque

GAGNON HEUREUX

Le président du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA), Alain Gagnon, avait le coeur léger en soirée lorsque le journaliste du Quotidien lui a révélé que Gervais Jacques promettait rien de moins que des investissements de 1,5G$ au cours des 24 prochains mois. «1,5 G$, je n’ai aucun problème avec ça, a-t-il d’abord lancé, visiblement satisfait. (...) La pierre angulaire pour la région, c’est Vaudreuil, c’est un élément majeur.» 

Il a rappelé que dans l’entente de continuité de 2006 conclue entre l’entreprise et Québec, la fermeture de Vaudreuil était prévue pour janvier 2009. Il se réjouissait également de voir les profits importants engrangés par la division aluminium. «On veut tout le temps en avoir plus pour nos membres, mais c’est plus facile quand la compagnie fait des profits. On veut le maximum de retombées pour la région», a-t-il avancé. Il était également heureux de voir se concrétiser la promesse des 16 cuves AP60 supplémentaires, comme il avait été annoncé en décembre. Pascal Girard