Depuis 2016, le terrain de Serge Dionne était rendu dangereux.

Rio Tinto achète le terrain d’un riverain

Après une tentative de stabilisation temporaire qui a échoué en 2016, Rio Tinto vient de finaliser l’achat du terrain le plus ravagé de la pointe Langevin dans le secteur Vauvert à Dolbeau-Mistassini. Serge Dionne a reçu la somme de 295 000 $ pour sa propriété.

« Ça n’avait pas été fait parfaitement, et je n’étais pas convaincu que ça tiendrait. Au printemps 2017, tout l’ouvrage qui avait été fait est retombé », explique celui qui a observé son terrain fondre à vue d’œil, ou presque, depuis 2016. 

Peu à peu, son quai, ses arbres et les escaliers menant à la petite plage qui donnait sur le lac ont été détruits par les mouvements de l’eau. Rio Tinto a donc engagé une firme d’Alma pour déterminer la valeur de sa propriété et lui a fait cette offre. À condition de les déménager avant le mois de juillet, il pourra conserver le petit bâtiment et la roulotte qui se trouvent sur le site.

Serge Dionne a vendu sa propriété située sur la pointe Langevin pour 295 000 $ à Rio Tinto.

« C’est sûr que ma propriété n’était pas à vendre. L’entente que j’avais avec mes enfants, c’était que le chalet leur resterait. De la manière que ça se détruisait, je n’avais pas le choix de vendre. Je perdais tous les jours », soutient M. Dionne. 

Avec la somme qu’il a obtenue, il n’a aucune intention de racheter une propriété en bordure du lac Saint-Jean. Sa femme et lui vont d’abord consulter leurs enfants pour déterminer la façon dont l’argent sera réinvesti. 

« C’est complètement déchirant, surtout que ça appartenait à mon père. C’est lui qui l’a bâti, et j’ai aidé à la construction il y a environ 41 ans », se déçoit-il. 

Louise Godin et Steeve Allard, les voisins immédiats de Serge Dionne, voient leur terrain grugé un peu plus chaque printemps.

Voisins immédiats touchés

Les voisins immédiats de Serge Dionne, Louise Godin et Steeve Allard, ont quant à eux mis sur la glace le projet de rénovation de leur résidence secondaire lorsqu’ils ont constaté l’ampleur des dégâts, tout récemment. En 2016, leur terrain a été légèrement ravagé, mais au printemps 2017, « l’érosion a été décuplée », et encore cette année, le couple anticipe que les ravages seront grands.

« Quand est-ce que ça va arrêter ? Est-ce qu’on va perdre un pied, un mètre, dix mètres d’ici un an, deux ans, trois ans ? Il n’y a personne qui le sait », craint M. Allard. 

Le couple ne reproche pas à Rio Tinto son inaction puisqu’il considère que la multinationale en fait beaucoup pour les riverains. Mme Godin et M. Allard aimeraient cependant qu’une action soit prise rapidement afin de sauver l’endroit où ils souhaitent passer une partie de leur retraite. 

Cela passe, selon eux, par l’installation de roches devant leur propriété. « [Rio Tinto] ne veut peut-être pas réparer ça, ici, trop vite parce que ça va donner des idées aux autres riverains de tout le lac Saint-Jean. Chacun a ses petits problèmes d’érosion, ç’a toujours été », croit M. Allard. 

« On n’est pas prioritaires. [Si Rio Tinto fait] une action, ça va coûter très cher, donc ils ne sont pas pressés. Les seules personnes qui sont pressées sont celles qui voient leur terrain partir », ajoute son épouse. 

Ils se sont entendus avec leur deuxième voisin pour y installer leur élévateur de bateau encore cet été. 

« La plage se creuse. Avant, elle était très graduelle. On pouvait se baigner et mettre notre bateau. Maintenant, ça passe de 0 à 20 pieds avec un angle de 90 degrés, et il y a du courant », déplore M. Allard.

En 2016, le terrain de Louise Godin et Steeve Allard a été légèrement ravagé, mais au printemps 2017, « l’érosion a été décuplée ».

Le silence plane chez Rio Tinto 

Le Quotidien a sollicité une entrevue à Rio Tinto concernant la vente du terrain de Serge Dionne et les mesures que la multinationale souhaite mettre en place pour que cesse l’érosion. Sa porte-parole, Xuân-Lan Vu, a indiqué par écrit que « la pointe Langevin ne fait pas partie du programme de stabilisation », et que, pour cette raison, elle n’accordera pas d’entrevue.