L'Usine Grande-Baie de Rio Tinto

Rio Tinto: 2100 emplois en moins de 2011 à 2016 au Québec

Le nombre d’employés de la division aluminium de Rio Tinto au Québec est passé de 6100 en 2011 à 3942 en 2016. Les causes, selon la compagnie : la fermeture des usines de Shawinigan et Beauharnois, la vente de l’usine Lapointe et de l’usine Saint-Maurice de même que « des réorganisations pour s’ajuster aux changements de l’industrie ».

Les chiffres de 2016 incluent les « sous-traitants de classe 1 », ce qui n’était pas le cas en 2011. Malgré cette inclusion, le nombre de travailleurs a diminué du tiers en six ans. Ces données sont tirées du Rapport de développement durable émis par la multinationale.

La porte-parole de RT, Xuân-Lan Vu, explique que certains employés ne sont plus comptabilisés dans la division aluminium, mais continuent de travailler au sein de l’organisation au Québec. La baisse nette différerait du coup de la baisse inscrite dans le Rapport. L’entreprise ne chiffre toutefois pas publiquement le nombre de travailleurs qui est dans cette situation. Selon nos informations, il s’agirait en outre d’actuaires et d’employés en ressources humaines ou en communications qui ne travaillent plus directement pour la division aluminium, mais qui continuent d’oeuvrer au sein de la multinationale. 

La diminution du nombre d’emplois syndiqués ne peut être expliquée de cette manière.

Les coupes au siège social, de même que dans l’ensemble des usines, ont contribué à l’importante baisse du nombre d’emplois. 

« Les choses évoluent. Il y a beaucoup de changements dans l’industrie. On ne fait plus les choses comme dans les années 50 et ce sera différent aussi dans cinquante ans. C’est normal qu’il y ait une fluctuation dans le temps, explique la porte-parole des communications chez RT, Xuân-Lan Vu. On a d’excellents employés et partenaires qui font en sorte qu’on continue d’opérer à 100 % dans la région et que nous consolidons des milliers d’emplois. (...) L’aluminium continue d’être au coeur de la stratégie de Rio Tinto et la région y joue un rôle important », assure-t-elle. 

Dans un courriel, Mme Vu mentionne qu’en « faisant quelques vérifications supplémentaires, nous pouvons affirmer que globalement, de 2011 à 2016, la proportion des emplois touchés est bien inférieure dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean qu’ailleurs au Québec ».

Rio Tinto a annoncé en février avoir fait des bénéfices nets de 4,62 milliards de dollars américains en 2016. L’année précédente, l’entreprise avait fait une perte nette de 866 millions. La division aluminium a généré un bénéfice de 947 millions de dollars en 2016, en baisse de 15 % par rapport à 2015.

Régime de retraite

Dans le relevé annuel du Régime agréé de pensions Rio Tinto Alcan des syndiqués, dont Le Progrès a obtenu copie, on apprend qu’à la fin de 2016 on comptait 2166 participants cotisants et 6535 retraités et bénéficiaires. En ce qui a trait au régime des cadres, on comptait 1704 participants actifs au Québec à la fin de 2016. Ce nombre inclut les employés non syndiqués de l’Usine Grande-Baie.

« Je ne suis aucunement surpris par ces chiffres, souligne le vice-président du Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma, Sylvain Maltais. Je siège au comité de retraite depuis 2002 et chaque année on baisse ; on perd quelques centaines de travailleurs. C’est la même chose pour les cadres. À Alma, on a pas mal arrêté la saignée avec une sous-traitance maximale de 15 %. Le lock-out en 2012 a porté strictement et uniquement sur ce sujet. Pour nos gars, ça n’a pas donné grand-chose, mais pour la population, la société, oui », affirme-t-il. 


Les choses évoluent. Il y a beaucoup de changements dans l’industrie. On ne fait plus les choses comme dans les années 50 et ce sera différent aussi dans cinquante ans. C’est normal qu’il y ait une fluctuation dans le temps.
Xuân-Lan Vu

Nombre moyen d’employés

  • 2011: 6100
  • 2012: 5674
  • 2013: 5560
  • 2014: 4905
  • 2015: 4561
  • 2016: 3942

Depuis 2013, le nombre moyen d’employés comprend les cadres et les syndiqués qui oeuvrent dans la division aluminium ainsi que les sous-traitants qui travaillent directement sous la supervision du personnel de RT. Avant 2013, les sous-traitants de classe 1 n’étaient pas inclus.

Près de 1000 fournisseurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean en 2016

Rio Tinto a fait affaire avec 977 fournisseurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean en 2016, le plus grand nombre des cinq dernières années. 

En 2012, 804 fournisseurs de la région ont travaillé avec RT, soit quatre de plus qu’en 2013. Ce nombre est passé à 878 en 2014, puis 938 en 2015. 

La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean est celle où se trouvent le plus de fournisseurs de la multinationale. Viennent ensuite Montréal (464 en 2016), la Montérégie (110) et la Mauricie (50).

Par ailleurs, Rio Tinto émet un Rapport de développement durable annuellement, dans lequel on en apprend davantage sur les différentes initiatives de l’entreprise dans le domaine du développement durable. Le nombre d’emplois y est aussi détaillé. 

« C’est un outil essentiel pour suivre nos performances. On fait ce document de façon volontaire », souligne Xuan-Lan Vu. 

Alexandre Cloutier veut inverser la tendance

Le député Alexandre Cloutier espère de nouveaux investissements afin d’inverser la tendance à la baisse du nombre d’emplois. « On s’attend à ce que le Saguenay-Lac-Saint-Jean continue de jouer son rôle de leader dans le développement de l’aluminium. »

Le gouvernement doit selon lui « tout mettre en oeuvre et rassembler les conditions pour que RT procède aux investissements ». 

« L’objectif demeure d’avoir le plus d’emplois possible dans la région. Rio Tinto est un cas particulier de partenariat avec le gouvernement. La diminution du nombre d’emplois est une constante depuis les années ‘80. On doit inverser cette tendance, la renverser. Il faut que les projets d’investissement voient le jour », affirme le député péquiste de Lac-Saint-Jean.