Le comptable et syndic de faillite Éric Morin participe à des redressements d’entreprise depuis 23 ans.

Restructuration d'entreprises: sortir sa tête de l’eau

Le comptable et syndic de faillite Éric Morin, qui travaille chez Raymond Chabot, restructure des entreprises depuis 23 ans. Il agit comme un capitaine qui fait traverser des tempêtes aux gens d’affaires. Ces fonctions doubles lui permettent de régler le passé des entreprises qui font face à l’adversité, mais aussi de leur assurer un avenir plus radieux.

S’il n’existe pas de recette magique pour sauver une entreprise, les chances de réussite sont souvent liées à la rapidité avec laquelle les personnes qui traversent des difficultés demandent de l’aide.

«Il y a toujours des signaux d’alarme. Il ne faut pas attendre que ces signaux deviennent trop problématiques, incontrôlables et ingérables», explique M. Morin. Il précise que les entreprises font souvent appel à ses services quand les liquidités viennent à manquer, mais ce problème est fréquemment le symptôme d’un mal plus grand.

«Généralement, les gens attendent trop avant de consulter et mettent des mesures temporaires et ils mettent des ‘‘plasters’’ sur une plaie ouverte. Nous avons le recul pour prendre le problème dans son ensemble.»

Solutions

Toutes les difficultés que traversent les clients de M. Morin sont uniques, mais on peut les résumer dans certaines catégories. Une entreprise peut jouer de malchance et être ébranlée par un mauvais contrat ou une mauvaise transaction. À l’inverse, certaines ont des problèmes qui ne sont pas passagers et nécessitent de revoir la structure entière de l’entreprise. C’est pourquoi l’étape du diagnostic est essentielle lors d’un redressement.

Le comptable et syndic de faillite Éric Morin participe à des redressements d’entreprise depuis 23 ans.

«Est-ce qu’on a un problème de vente? Est-ce qu’on a un problème de coûts? D’endettement? Si c’est les ventes, on peut trouver des solutions marketing. Si c’est les coûts, il faut parfois rationaliser. On peut aussi trouver des synergies ou trouver des arrangements avec les partenaires pour échelonner la dette, vendre des actifs. Souvent, il n’y a pas un seul problème dans une restructuration, et on ne sort pas une solution magique d’un chapeau.»

C’est pourquoi il se rend sur le terrain le plus tôt possible dans le processus et fait le tour des entreprises pour voir ce qui cloche. L’expérience qu’il détient lui permet de constater rapidement ce qui doit être amélioré pour donner un second souffle aux entreprises de ses clients.

Efforts

Si aucune statistique n’existe sur les pourcentages de réussite de ces plans de redressement qu’il met en place, M. Morin affirme que les solutions qu’il propose fonctionnent.

«Dans un dossier type, où les dégâts ne sont pas trop grands et où il y a de la volonté de changer les choses, habituellement, on réussit. C’est cependant une étape difficile pour les dirigeants en place. Tu gères une crise, des opérations qui ne sont pas normales», convient-il.

À l’inverse, quand les entreprises ne réussissent pas à survivre aux crises qui les frappent, c’est parce que les dirigeants ne parviennent pas à mettre les solutions proposées en pratique.

«La base, peu importe l’entreprise à sauver, ça demeure de la gestion», résume M. Morin.

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GÉRER L'HUMAIN DERRIÈRE L'ENTREPRENEUR

Les entrepreneurs mettent souvent leur temps, leurs économies et tout leur coeur dans leur entreprise. Il n’est pas toujours facile de faire la gestion de l’humain derrière celui qui vit des difficultés financières et professionnelles. 

«Les gens ont tout investi là-dedans. Il y en a qui travaillent des heures de fou pour s’en sortir. Quand ils viennent nous voir, ça ne fait pas deux jours que ça va mal. La pression est souvent forte», raconte Éric Morin, à propos du contexte dans lequel il rencontre ses clients.

Pour arriver à faire tomber la pression, il doit faire preuve de doigté, et s’adapter. Il donne l’exemple d’entreprises familiales pour illustrer son propos. «Ces contextes-là sont souvent très émotifs. On travaille dans un climat d’urgence.»

Le comptable et syndic arrive à ses fins en ayant une main de fer dans un gant de velours. Bien que de la formation existe pour apprendre à gérer ces situations, Éric Morin s’en remet à sa personnalité pour obtenir la collaboration de ses clients.

«Il faut être capable d’écouter les gens, mais il faut aussi leur montrer la réalité, leur faire prendre conscience des problèmes», dit M. Morin.

À la fin, il faut surtout avoir de bons arguments. C’est en comprenant comment l’entreprise fonctionne qu’il arrive à la remettre sur les rails, pense-t-il.