Reprise robuste et soudaine de la construction

Denis Villeneuve, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Denis Villeneuve, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
La reprise de l’activité sur les chantiers de construction a été robuste et soudaine, ce qui n’empêche pas les employeurs d’anticiper une période plus sombre dans la prochaine année avec une baisse d’activité, toujours marquée par une pénurie de main-d’œuvre.

Entre le 1er et le 15 juin, la direction des stratégies et du portefeuille de projets de la Commission de la construction du Québec (CCQ) a sondé le coeur de 1085 employeurs et de 2234 salariés afin de connaître leur vision de l’avenir à court terme ainsi que l’impact de la pandémie sur l’industrie.

En avril, où seuls les travaux d’urgence et la conclusion des constructions résidentielles à livrer d’ici la fin juillet pouvaient être réalisés, une chute de 28,2 millions d’heures travaillées était prévue en termes annualisés et désaisonnalisés. Seulement 1,9 million d’heures travaillées ont été déclarées, une décroissance de 84 % comparativement à avril 2019. Seuls 35 000 salariés ont été actifs.

Le portrait au début de juin a changé du tout au tout alors que 94 % des employeurs affirment avoir repris leurs activités.

Chez les salariés, 83 % des répondants affirment avoir travaillé sur un chantier depuis la reprise, ce qui signifie que la très grande majorité d’entre eux sont de retour au travail en tenant compte du fait que les départs annuels (retraite, départs volontaires) sont de l’ordre de 11 %.

L’arrêt obligatoire des travaux a causé des retards sur les chantiers, une situation que 40 % pensent pouvoir corriger.

La CCQ a voulu connaître les principales préoccupations des employeurs dans le contexte actuel. La principale source de préoccupation demeure liée à la main-d’œuvre avec les difficultés de recrutement dans une proportion de 40 %, tandis que la qualité et la compétence des salariés arrive immédiatement au second rang.

La hausse des coûts de construction (26 %), la réglementation relevant de la CCQ (24 %), la compétition avec les autres entreprises (22 %) ainsi que le ralentissement de la cadence de travail et le respect des mesures sanitaires arrivent à égalité à 21 % alors que les difficultés d’approvisionnement est la dernière source de préoccupation, à 19 %.

Plus de 70 % des employeurs ont déclaré avoir eu des difficultés à combler tous les postes de compagnons ou apprentis disponibles.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, les briqueteurs maçons, mécaniciens d’ascenseurs et frigoristes sont des travailleurs particulièrement recherchés. La CCQ a procédé à des ouvertures de bassins en raison d’un taux de disponibilité de moins de 5 %. D’autres catégories de personnels sont recherchées alors que les bassins de main-d’œuvre affichent moins de 10 %. C’est le cas pour les calorifugeurs, carreleurs, cimentiers-applicateurs, ferrailleurs, monteurs-mécaniciens et poseurs de revêtements souples. Les employeurs capables de garantir 150 heures de travail sur une période de trois mois peuvent inscrire leur nom sur la liste de placement.

Un tiers des employeurs estime avoir vu sa capacité de travail diminuer depuis la reprise tandis que trois quarts des salariés affirment que leur rendement n’a pas été affecté.

Même si la reprise s’annonce robuste, un quart des entrepreneurs anticipe que le volume de travail sera appelé à diminuer dans la prochaine année, une hausse comparativement au début de juin ou seulement 5 % prévoyait une baisse d’activité.