Cette année, Michel a battu son propre record en atteignant 15 m de hauteur lors d’un saut.

Renaître après une séparation entrepreneuriale

La relation entre deux entrepreneurs peut parfois ressembler à celle d’un vieux couple, car il peut être préférable de se séparer pour tracer sa propre voie. C’est le chemin parcouru par Benoit Tremblay et Michel Montminy, deux passionnés de cerfs-volants de traction qui ont fondé Concept Air en 1991, avant de se séparer en 2007.

Au début des années 1990, Concept Air faisait figure de pionniers dans le monde des cerfs-volants traction pour le kiteski. « On était une des trois seules entreprises dans le monde qui fabriquaient des cerfs-volants à caissons », se souvient Michel Montminy.

Michel Montminy a choisi un mode de vie en développant son entreprise Kitebroker.

Au fur et à mesure que le sport se fait connaître, l’entreprise prend de l’ampleur et développe de nouveaux produits, dont une première voile pour aller sur l’eau en 1999. En 2000, Concept Air en fabrique plus de 1200, embauchant 14 employés qui travaillent sur deux quarts de travail. À la fin de l’année, les entrepreneurs se rendent toutefois compte que les opérations ne sont pas rentables. « On achetait quatre kilomètres de corde et deux kilomètres de tissu par mois, explique Benoit Tremblay. On vendait dans 23 pays, mais on s’est rendu compte qu’on vendait à perte. »

Trop pris dans les opérations du quotidien, les calculs précis du coût de chaque opération n’avaient pas été faits, car l’entreprise avait grossi trop vite. « Il y avait des gens qui prenaient de trop gros pourcentages », ajoute Benoit Tremblay.

Michel Montminy devant son bureau-entrepôt à Saint-Fulgence.

À partir de ce moment, les entrepreneurs prennent la décision de se concentrer seulement sur les voiles hivernales, car de gros joueurs sont entrés dans le marché du kitesurf. En mettant de nouvelles voiles sur le marché, comme la Smart, Concept Air mise sur la fabrication d’une moins grande quantité de cerfs-volants, mais sur un produit performant et surtout plus rentable.

Concept Air renoue alors avec la rentabilité, mais avec le temps, une divergence d’opinions s’installe entre Michel et Benoit, en ce qui a trait à la vision de développement de l’entreprise.

Les nouvelles ailes de traction, qui se manient à la main, pourront séduire de nouveaux adeptes, notamment sur la neige.

En 2007, les entrepreneurs décident de se séparer, mais tous deux choisissent de continuer à vivre de leur passion. « Après 18 ans, on était rendus comme un vieux couple et on a décidé de faire autre chose », soutient Michel Montminy.

Ce dernier décide alors de miser sur sa force, le volet business, en se concentrant sur la distribution des produits. Lors de la fondation de Kitebroker, il compte principalement sur les voiles F-One, une entreprise française. Benoit opte plutôt pour le volet artistique, en continuant à développer de nouveaux produits avec Concept Air.

Le magasin-entrepôt de Kitebroker.

La relance de Concept Air

Benoit Tremblay a toujours été un artiste du vent, car même s’il n’a aucune formation en aérodynamique, son esprit conçoit les formes d’un cerf-volant efficace, que ce soit pendant des nuits d’insomnie, et même lorsqu’il rêve. « J’avais créé une première voile monopeau il y a trois ans, mais je n’étais pas satisfait du produit, dit-il. C’est dans un rêve que j’ai trouvé la solution pour faire une voile que j’aime, la Wave. »

Avec différents logiciels de tests aérodynamiques, il a testé son produit et l’a mis en marché avec succès. « Je réussis à me démarquer en innovant, en dessinant des produits pour moi, et par la bande, pour les clients qui me ressemblent », soutient l’homme qui est un adepte de voile en tout genre (kiteski, kitesurf, parapente, voile, etc.), depuis plus de 30 ans.

Les tissus pour fabriquer les voiles de Concept Air.

Graduellement, les ventes ont augmenté au fil et à mesure que les adeptes voyaient les cerfs-volants en action. « Quand un de mes cerfs- volants arrive dans un spot, je commence à recevoir des appels de ces coins-là », lance fièrement l’homme, en expliquant que ses voiles sont souvent plus légères, permettant de faire du kitesurf ou du kiteski même lorsqu’il vente peu. Un atout qui convainc plusieurs adeptes pour maximiser leurs sorties sur l’eau ou sur la neige.

Aujourd’hui, Concept Air, qui embauche quatre personnes, vend près de 300 voiles par an, un chiffre en croissance chaque année. Près de 98% de la production est destinée à l’extérieur du pays, notamment en Europe, en Nouvelle-Calédonie et aux États-Unis, et l’entrepreneur en profite pour se faire des nouveaux amis. Les clients apprécient également de parler directement au designer du produit, dit-il. Pour maximiser les profits, Benoit Tremblay s’est adapté à la nouvelle réalité, en faisant la vente en ligne directe aux clients, et il n’a gardé que deux revendeurs, qui sont de proches collaborateurs.

Benoit Tremblay lors de son expédition dans le parc des Pingualuit.

Aujourd’hui, les affaires vont bien, mais le redémarrage de Concept Air a été le plus difficile après la séparation avec Michel Montminy, car les cerfs-volants, qui valent entre 600 et 3000 dollars, représentent un marché de niche. « Ce n’est pas le métier le plus payant, mais j’ai pu continuer à vivre de ma passion », dit-il. Et sa passion l’a amené a réaliser des aventures grandioses, comme des voyages de kiteski en autonomie complète au Nunavik et en Russie sur plusieurs centaines de kilomètres. L’aventurier annoncera sa prochaine aventure au cours des prochaines semaines.

Benoit Tremblay lors de son expédition dans le parc national des Pingualuit.
Benoit Tremblay.
Benoit Tremblay de Concept Air.

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DEVENIR DISTRIBUTEUR EXCLUSIF

Quand Michel Montminy a quitté Concept Air en 2007, il a décidé de devenir le distributeur exclusif des voiles F-One au Canada. Ce changement évitait les étapes de recherche et de développement de produits, mais il ajoutait un autre type de stress financier. « Au début, j’ai dû hypothéquer la maison pour acheter un inventaire de 54 kites qui étaient stockés un peu partout dans la maison », dit-il.

Étant donné que sa conjointe, Sonya Guay, s’occupait de la comptabilité et du développement de produits, le couple, qui avait deux jeunes enfants, avait alors mis tous ses oeufs dans le même panier. « Il fallait que ça marche et ça m’est souvent arrivé de marcher pendant des heures dans la maison en plein milieu de la nuit en me demandant comment j’allais écouler le 200 000 dollars d’inventaire que j’avais en stock », ajoute l’homme qui réside à Saint-Fulgence. « Tout aurait pu ‘‘crasher’’. J’ai des frissons quand j’y repense. »

À travers les hauts et les bas, Kitebroker a réussi à augmenter régulièrement son chiffre d’affaires, en vendant aujourd’hui quelques centaines de kites chaque année pour les magasins et les particuliers. La popularité croissante des voiles F-One, une petite entreprise française qui est maintenant un des gros joueurs sur la scène mondiale, a grandement aidé, mais rien ne laissait présager cette tendance à l’époque.

Être distributeur de voiles et d’équipement de kitesurf dans un pays gelé six mois par année n’est pas facile tous les jours, mais Michel Montminy, aujourd’hui âgé de 62 ans, ne regrette rien, car c’est avant tout un mode de vie qu’il a choisi. Dès que le vent se lève, il en profite pour aller faire du kite à la flèche littorale, un spot prisé à Saint-Fulgence, quitte à finir le travail plus tard en soirée. Et chaque année, il part en voyage de kite avec la famille, à Cap Hatteras, aux Îles-de-la-Madeleine, à Cuba ou en Martinique. 

Alors que les cerfs-volants de traction demeurent le principal produit de Kitebroker, Michel Montminy voit d’un bon oeil l’arrivée des ailes de traction, comme la Swing, qu’il distribue depuis l’été dernier. Ces ailes gonflables peuvent être maniées avec les mains pour être tirées sur une planche sur l’eau… mais aussi sur la neige. « Je vois un très bon potentiel sur la neige, parce que ça va amener du monde qui n’a jamais été attiré par le kite », estime le diplômé en éducation physique au parcours atypique qui espère vivre encore longtemps de sa passion.