Le président et directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec, Denis Lebel, était de passage dans la région, mercredi.

Relever le défi de trouver de la main-d'oeuvre

La pérennité de l’industrie forestière québécoise passe par de nouvelles politiques d’employabilité pour les femmes, les autochtones et une immigration mieux ciblée pour faire face à la crise de la main-d’œuvre qui se fait déjà sentir dans les usines du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Résolu a besoin de 160 employés pour combler des postes dans ses usines de la région. Ce chiffre illustre à lui seul tout le défi de l’industrie forestière qui doit affronter, comme plusieurs autres secteurs économiques, une pénurie de main-d’œuvre qui ne fera que s’amplifier à très court terme.

De passage dans la région mercredi, le président et directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), Denis Lebel, a identifié un certain nombre de défis que doit affronter l’industrie. Il identifie celui de la main-d’œuvre comme étant le plus important et signale que l’industrie devra se « faire belle » pour attirer les jeunes.

« Il n’y a pas de solution miracle, mais bien un ensemble de moyens qu’il faudra mettre de l’avant pour combler les besoins. Nous voulons vendre du bois et des produits de la forêt, mais pour y parvenir, il faut des travailleurs pour récolter des arbres et les transformer en usine », a insisté le patron du CIFQ qui interpelle les gouvernements pour prendre le taureau par les cornes.

Des solutions

Dans les solutions, Denis Lebel identifie des mesures fiscales pour retarder le départ à la retraite des travailleurs de 60 ans, l’embauche des femmes dans les usines ainsi que des membres des communautés autochtones. Denis Lebel estime que le recours à une immigration « plus rurale » devra être analysé en considérant qu’il sera difficile de convaincre un résidant d’une grande ville d’un pays d’immigration à venir s’installer dans une communauté forestière du nord du Québec.

À la limite, reprend Denis Lebel, il faudra peut-être mettre en place pour les emplois industriels le même type de programme que pour l’agriculture. Des travailleurs étrangers viennent au Québec pour une période déterminée et retournent dans leur pays.

Marché américain

L’accès au marché américain arrive au second rang des priorités de l’industrie. Les scieurs québécois sont prudents, mais considèrent qu’il serait catastrophique de se retrouver avec une entente négociée les limitant à 28 ou 29 % du marché américain. « Nous souhaitons au moins avoir accès à la moyenne historique de l’ordre de 32 % », précise l’ex-ministre conservateur.

Denis Lebel ne voit pas comment tout le litige sur le bois d’œuvre pourrait être réglé avant un an. Pour l’instant, les scieurs ont déposé 750 M$ auprès du département du commerce américain en taxe à l’exportation. Ils ont réussi à refiler la facture au consommateur américain alors que le bois d’œuvre se vendait 600 $ le 1000 PMP la semaine dernière. Ce qui constitue un sommet historique pour le panier de produits du Québec.

Perception et environnement

Le CIFQ poursuivra dans les prochains moins sa campagne intitulée une « Une forêt de possibilités » dont l’objectif est de provoquer un changement de perception de la population face à l’industrie. L’industrie forestière québécoise est considérée comme l’une des plus progressistes pour ses pratiques dans le monde et le CIFQ croit important de bien informer la population sur des réalités méconnues de cette industrie qui compte toujours 60 000 emplois directs et un peu plus de 100 000 emplois induits.

Le cinquième défi identifié par Denis Lebel risque d’appuyer le quatrième puisqu’il concerne tout le volet environnemental associé à la récolte forestière qui permet de créer de nouvelles forêts. Les scientifiques ont déjà établi que le matériau bois, que ce soit pour la récolte ou l’utilisation dans la construction, constitue une partie de la solution aux changements climatiques.

« La Colombie-Britannique et la Californie établissent que 30 % de leur objectif de réduction des gaz à effets de serre qui causent les changements climatiques seront atteints avec le bois et la forêt. Au Québec, c’est encore minime, mais nous comptons travailler sur cet enjeu. »

Le CIFQ entend travailler étroitement avec l’Université du Québec à Chicoutimi qui a développé une solide analyse dans ce domaine. Le biologiste Claude Villeneuve a lancé l’initiative Carbone Boréal qui consiste à reboiser les terres publiques disponibles pour compenser la production de gaz à effets de serre.

Un affrontement Québec-Ottawa se dessine sur le caribou forestier

Un affrontement majeur pourrait survenir au cours des prochains mois entre le gouvernement du Québec et le ministère fédéral de l’Environnement. Le point en litige concerne la mise en place du Plan d’action pour l’aménagement de l’habitat du caribou forestier avec des « conséquences dramatiques » attendues pour l’industrie forestière québécoise.

Le président et directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec, Denis Lebel, est plus que conscient de cet enjeu qui découle d’une approche différente de la problématique. Le fédéral, qui est responsable des espèces menacées, a une vision particulière du rétablissement des habitats alors que le Québec opte pour sa propre façon de faire.

Denis Lebel ne cache pas que tout le monde marche un peu sur des œufs. À la limite, Ottawa sera justifiée dès l’automne prochain de décréter des mesures de protection à la grandeur du Canada afin de limiter la perturbation des zones fréquentées par les hardes. Des décrets de cette nature feraient fondre comme neige au soleil la possibilité forestière des entreprises de sciage à la grandeur du pays.

Denis Lebel a pleinement confiance en l’approche du gouvernement du Québec qui propose des mesures sur de vastes paysages forestiers alors que le fédéral adopte la méthode des territoires restreints. Il demande de plus aux députés fédéraux du Québec de bien comprendre les enjeux économiques qui découlent de cette différence de vision.

Au Québec, le gouvernement fédéral est intervenu en bloquant des projets immobiliers majeurs pour protéger l’habitat de la rainette, une minuscule grenouille dont l’espèce est menacée dans la région de Montréal. Le projet d’agrandissement du Port de Montréal est même menacé par la petite grenouille.