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L’intégration du géant forestier West Fraser dans le paysage régionale se fait pas sans heurt alors que les détenteurs d’approvisionnement voudraient que le nouveau joueur s’adapte aux particularités du système en place.
L’intégration du géant forestier West Fraser dans le paysage régionale se fait pas sans heurt alors que les détenteurs d’approvisionnement voudraient que le nouveau joueur s’adapte aux particularités du système en place.

Relance de l’usine de Chambord: West Fraser ne fait pas que des heureux

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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L’entreprise West Fraser qui projette de relancer la production de panneaux de particules de Chambord a réussi en quelques mois à faire l’unanimité contre ses façons de faire alors qu’elle tente d’établir des partenariats avec l’industrie forestière régionale pour compléter son approvisionnement annuel de 700 000 mètres cubes de tremble et bouleau.

Le géant forestier de l’Ouest canadien doit intégrer ses approvisionnements constitués majoritairement de tremble, et dans une moindre mesure de bouleau, dans une toile d’araignée constituée d’une vingtaine de détenteurs de garanties d’approvisionnements. Les grands joueurs, principalement concentrés dans le sud, auront l’obligation de récolter le tremble destiné à cette nouvelle usine puisque West Fraser détient un approvisionnement de 334 000 mètres cubes (260 000 de tremble et 74 000 de bouleau).

Selon les informations recueillies par Le Quotidien, West Fraser exige des livraisons de billes de huit pieds en raison du système de réception de bois de son usine, qui est conçu pour cette longueur. Les bassins d’eau chaude utilisés en première phase du traitement pour nettoyer et dégeler le bois ont neuf pieds de large. Les grands chantiers forestiers de la région ont abandonné depuis longtemps les billes de huit pieds et travaillent avec des billes de 16 pieds.

Tout le système de récolte et de transport du bois a été transformé. Cette longueur permet de réaliser des économies et personne n’a l’intention d’augmenter ses coûts de production pour satisfaire West Fraser. «Quand tu façonnes une bille de 8 pieds et que tu la laisses tomber dans 4 pieds de neige, tu risques de ne pas la retrouver au moment de la charger dans le transporteur. Ce n’est pas très payant», a indiqué au Quotidien un propriétaire d’abatteuse.

Il y a aussi un problème de sécurité dans la manipulation du bois. Une bille de 8 pieds de tremble gelée devient un morceau de bois instable qui peut devenir un risque pour les ouvriers ou conducteurs de camions qui doivent circuler à proximité des chargements.

Le problème de West Fraser est devenu un sujet de discussion de premier plan dans tous les chantiers forestiers. Les entreprises qui ne commentent pas ces désaccords sur la place publique ont de leur côté des réserves à imposer une façon différente de travailler aux propriétaires de machineries forestières.

Généralement, les entreprises forestières trouvent des solutions dans le cadre de l’exercice du mouvement des bois qui vise à permettre à tous les détenteurs de réaliser des économies en fonction de la gestion des chantiers. Cette formule fonctionne en raison d’une certaine homogénéité des opérations et surtout de la dimension des billes pour la livraison dans les usines. Il est même possible, à l’intérieur du système en place, qu’une entreprise récolte un volume de bois pour une autre scierie. Cette fois, tout indique que l’entreprise West Fraser pose ses propres conditions.

Le ministère a de plus provoqué lui-même une autre crise en accordant cette garantie d’approvisionnement à l’usine de Chambord puisqu’il n’a pas fait de classification pour la qualité du bois. Les transformateurs de tremble sur le territoire (Lignarex de La Baie, Boisaco-Valibois de Saint-David-de-Falardeau, Petit-Saguenay et les Industries Thomas-Louis Tremblay de Sainte-Monique) exigent qu’on leur livre 100 000 mètres cubes de qualité sciage. West Fraser considère qu’elle n’a pas à se plier aux demandes des autres preneurs de tremble et feuillus sur le territoire et peut transporter à son usine tout son approvisionnement sans se soucier de la qualité.

Le dernier obstacle fait en ce moment l’objet de négociation avec le Syndicat des producteurs de bois du Saguenay-Lac-Saint-Jean. À la fermeture de l’usine à la fin des années 2000, les producteurs livraient entre 150 000 et 170 000 mètres cubes de bois par année à l’usine de Chambord. Les producteurs privés disposent d’une possibilité forestière de plus ou moins 200 000 mètres cubes de tremble par année, en plus de tout le bois qui n’a pas été récolté depuis la fermeture de l’usine.

Le président du syndicat Pierre-Maurice Gagnon a confirmé qu’il n’avait pas encore d’entente avec le syndicat pour l’approvisionnement de l’usine de Chambord. Le syndicat a toutefois établi qu’il n’était pas question de virer du bois à Chambord au même prix qu’à l’époque de la fermeture de l’usine.


« Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une relance d’une usine que nous devons accepter un prix moindre. L’entreprise a 17 usines en Amérique du Nord. »
Pierre-Maurice Gagnon

West Fraser peut également se tourner vers les ventes du Bureau de mise en marché des bois (BMMB). Le BMMB met en vente chaque année un peu plus de 200 000 mètres cubes dans les essences de feuillus. West Fraser a déjà fait l’acquisition de lots et comptera aussi sur une division forestière qui assurera une partie de la récolte.

Toutes les personnes interrogées confirment que l’entreprise ne parviendra pas à mettre en place un réseau d’approvisionnement stable tant et aussi longtemps qu’elle n’aura pas plus de flexibilité. Pour ce qui est du Syndicat des producteurs de bois, le prix que West Fraser acceptera de verser aux producteurs privés fera foi de tout.

La Loi sur l’aménagement durable des forêts du Québec permet au ministre de procéder à l’embauche des travailleurs nécessaires pour récolter les approvisionnements promis à West Fraser et de faire payer la facture par les autres détenteurs de garanties d’approvisionnement s’ils refusent de collaborer à la réalisation de la récolte. Il faut préciser que West Fraser a conclu des ententes avec certaines entreprises pour le moment.