Pangea est active dans quelques régions du Québec, mais c’est au Saguenay-Lac-Saint-Jean qu’elle détient le plus de terres.

Québec met en doute le modèle Pangea

Québec met encore en doute Pangea. Le modèle, qui va à « l’encontre de l’agriculture traditionnelle », devra être davantage étudié, annonce le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Laurent Lessard.

L’entreprise, dont la présence la plus importante est au Saguenay-Lac-Saint-Jean avec l’exploitation de plus de 2200 hectares de terre, a été mise sous examen par le gouvernement au cours des derniers mois. Un examen mené en raison de la récente implication de la Caisse de dépôt et placement du Québec et du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec dans Pangea. Le rapport a été rendu public cette semaine et ne jette aucun blâme sur Pangea. Mais le ministre n’est toujours pas convaincu.

« Au Québec, nous avons fait le choix de vivre dans une société de propriétaires et nous avons placé l’agriculture familiale au cœur de nos valeurs. Bien que la forme d’exploitation de Pangea réponde aux besoins de quelques agriculteurs et constitue une nouvelle approche souhaitée par certains, je constate qu’elle n’est pas un exemple d’agriculture traditionnelle et familiale. Le caractère expansif et la place qu’occupent des fonds d’investissement dans les affaires de Pangea me préoccupent », a déclaré par voie de communiqué le ministre Lessard.

Ce dernier ne souhaite visiblement pas encourager le développement de telles entreprises agricoles. Le modèle Pangea, précisons-le, prévoit une association avec un producteur local pour créer une coentreprise. Les deux partenaires demeurent propriétaires de leurs terres, mais les équipements et les ressources sont regroupés.

« Je tiens à mentionner que nous ne souhaitons pas le développement d’une agriculture de locataires. Je valoriserai toujours un modèle d’agriculture dans lequel un nom de famille est inscrit sur nos fermes », a souligné le ministre Lessard.

Ce dernier vient ainsi appuyer le discours de l’Union des producteurs agricoles (UPA) qui conteste le modèle Pangea depuis des années. 

« La structure de Pangea n’ayant pas été éprouvée à long terme, j’entends suivre de près l’évolution de l’effet des interventions des fonds d’investissement sur les marchés fonciers agricoles du Québec. Donnant suite au rapport, je demanderai au Ministère de procéder à une étude plus approfondie. Cette étude permettra de déterminer si les fonds d’investissement tels que Pangea ont un effet à la hausse sur la valeur des terres agricoles », a conclut le ministre.

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Le rapport du ministère satisfait Pangea

Pangea accueille positivement le rapport du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) qui confirme que la hausse de la valeur des terres au Québec n’est pas attribuable à ce modèle d’entreprise. Il s’agissait de l’une des principales critiques envers Pangea. 

« On est très content du rapport, car ça vient en quelque sorte briser des préjugés. Il souligne comme le dernier rapport de la Financière agricole du Canada que la hausse de la valeur des terres est principalement due aux faibles taux d’intérêt. Même qu’il a été remarqué que les hausses des valeurs se sont produites dans les régions où Pangea n’est même pas présent », a précisé Serge Fortin, qui a fondé Pangea avec l’homme d’affaires Charles Sirois.

Malgré les bons points mis de l’avant par le rapport, le ministre critique publiquement le modèle. En année électorale, est-ce que Laurent Lessard tenterait de gagner des points auprès de l’UPA, principal détracteur de Pangea ?

« Le rapport est très clair et est neutre. Le reste, ça tend vers un débat politique et je ne vais pas là-dedans », s’est contenté de répondre M. Fortin, questionné sur la sortie du ministre Lessard.

L’analyse menée par le MAPAQ confirme que le modèle Pangea est équitable pour les partenaires agriculteurs avec lesquels les coentreprises sont créées. Pangea partage le risque avec ses partenaires, car elle investit dans les opérations agricoles. Lorsque vient le temps d’acheter de nouvelles terres, c’est l’agriculteur partenaire qui a le premier choix de l’acheter. 

Pangea compte environ huit coentreprises au Québec, dont trois dans la région. L’entreprise souhaite en créer une douzaine d’autres dans les cinq prochaines années, mais principalement à l’extérieur du Saguenay-Lac-Saint-Jean.