Loblaw a indiqué lundi que les consommateurs qui se prévalent de la carte-cadeau de 25 $ verront ce montant déduit de toute somme qui pourrait être accordée advenant un règlement judiciaire. Une affirmation qui n’est pas coulée dans le béton, selon un avocat responsable de la demande d’action collective au Québec.

Prix du pain: réclamer ou non sa carte de 25 $?

Depuis lundi, vous pouvez officiellement vous inscrire pour recevoir une carte-cadeau Loblaw de 25 $, sorte de mea culpa de l’épicier pour avoir fixé les prix du pain pendant 14 ans. Mais devriez-vous la réclamer, quitte à «enrichir» le commerçant fautif?

Loblaw, et son entreprise sœur George Weston, a reconnu avoir pris part à un système de fixation des prix du pain avec d’autres compagnies. Elle avait annoncé en décembre qu’elle donnerait en guise de dédommagement une carte de 25 $ échangeable dans ses supermarchés. Des demandes d’actions collectives ont aussi été enclenchées en parallèle. Les consommateurs québécois y sont automatiquement inscrits.

Loblaw a mis en ligne lundi le formulaire de réclamation, dévoilant du même coup les détails de sa mesure. Pour obtenir votre carte, vous devez vous rendre au carte loblaw.ca. En plus de donner vos coordonnées, il vous faut confirmer que vous avez bel et bien acheté les pains ciblés (entre autres D’Italiano, Pom, Weston) dans les commerces nommés (Loblaw, Maxi, Provigo notamment) entre le 1er janvier 2002 et le 1er mars 2015. Aucune preuve d’achat n’est requise. En s’inscrivant, le client donne en même temps une quittance à l’entreprise. Une quittance qui n’a «aucune incidence sur votre droit de participer à une action collective portant sur la surfacturation du prix du pain emballé», indique Loblaw. La compagnie affirme toutefois que la somme de 25 $ sera déduite de tout montant futur qui pourrait être octroyé.

Mais cette prétention reste celle de Loblaw, précise Me Joey Zukran, de LPC avocat, responsable de la demande d’action collective au Québec avec la firme Renno Vathilakis. Le juge pourrait décider d’accorder une pleine compensation même aux consommateurs qui auraient reçu la carte-cadeau, estime-t-il. Il pourrait juger par exemple que c’était plutôt un coup marketing qui a servi à enrichir l’entreprise, fait-il valoir. «Parce que le but de l’indemnisation, c’est dissuader, prévenir et punir.»

Les cabinets avaient mis en garde les consommateurs en décembre, craignant qu’accepter la carte-cadeau les empêche de toucher une somme plus importante. Lundi, tout en refusant de recommander ou non aux clients de réclamer la carte, Me Zukran a dit vouloir s’assurer que les gens comprennent bien qu’en acceptant cette entente, ils risquent de faire engranger encore plus de profits à l’entreprise qui les a floués. 

S’ils attendent plutôt un potentiel règlement de la cour, ils pourront utiliser le montant octroyé comme bon leur semble.

«Choix personnel»

«C’est un choix personnel», dit-il. «On voit une compagnie qui a fixé les prix du pain, qui est quand même un élément essentiel de notre alimentation. Au lieu d’être punis, ils vont s’enrichir. Parce que premièrement, la carte-cadeau ne leur coûte pas 25 $ de vrais frais, ça vaut peut-être 6 ou 7 $», avance MZukran. Deuxièmement, une fois le client dans le magasin, sa facture risque de grimper à plus de 25 $. «Moi, je vois mal comment on peut laisser une compagnie profiter de leurs actes fautifs. Personne ne pourra me convaincre qu’ils sont en train de perdre en ce moment. Ils sont en train de gagner», affirme-t-il. 

«Nous croyons que c’est scandaleux qu’une entreprise puisse avoir une quittance, ou s’exonérer de leurs responsabilités et en même temps s’enrichir.» De plus, ils récoltent des informations personnelles sur les clients, des données qui valent aussi leur pesant d’or, ajoute l’avocat. Me Zukran admet que c’est un coup de marketing «très intelligent» qui risque de faire des petits. 

Loblaw (TSX:L) a aussi précisé lundi qu’elle se réservait le droit de limiter le nombre total de cartes qui seront distribuées en vertu du programme. L’entreprise a estimé jusqu’ici que de trois à six millions de consommateurs se prévaudraient de cette offre, ce qui lui coûterait entre 75 et 150 millions $. Vous avez jusqu’au 8 mai pour vous inscrire. 

Loblaw précise par ailleurs que les cartes, qui pourront aussi être utilisées dans les supermarchés Provigo et Maxi, ne peuvent servir à acheter de l’alcool ou des produits du tabac.  Avec La Presse canadienne