La coopérative de travail en écoconstruction et en écorénovation Le Mur porteur a été fondée en 2015 par Geneviève Demers, Jean-Michel Hébert, Jérôme Boudreault et Guillaume Dehaes (absent de la photo). L’entreprise a contribué à la rénovation des nouveaux locaux du Café Cambio de Chicoutimi, cofondé par Geneviève Demers, où la photo a été prise.
La coopérative de travail en écoconstruction et en écorénovation Le Mur porteur a été fondée en 2015 par Geneviève Demers, Jean-Michel Hébert, Jérôme Boudreault et Guillaume Dehaes (absent de la photo). L’entreprise a contribué à la rénovation des nouveaux locaux du Café Cambio de Chicoutimi, cofondé par Geneviève Demers, où la photo a été prise.

Porteurs de changement [PHOTOS]

Seule coopérative de travailleurs oeuvrant dans le domaine de la construction au Saguenay–Lac-Saint-Jean, Le Mur porteur s’est lancé le défi de proposer un modèle à l’opposé de celui de l’industrie. Au sein de la coopérative saguenéenne, le client décide de la marge de profit et devient partenaire de son projet d’écoconstruction.

Charpentier-menuisier de formation, Jérôme Boudreault ne se retrouvait pas dans le mode de fonctionnement de l’industrie de la construction, après plusieurs années dans le métier. « J’aimais mon métier, mais je ne trouvais pas de milieu dans lequel je pouvais dire que je me sentais bien », souligne-t-il, en parlant de ce secteur comme celui d’une industrie normée, hiérarchisée et genrée.

C’est ainsi qu’est née l’idée de lancer une coopérative de travail en écoconstruction et en écorénovation. Au printemps 2015, Jérôme Boudreault et trois autres membres fondateurs, Jean-Michel Hébert, Geneviève Demers et Guillaume Dehaes, ont fondé la coopérative à Jonquière. L’entreprise est depuis peu installée au centre-ville de Chicoutimi, en haut du Café Cambio, sur la rue Racine.

Depuis, une soixantaine de chantiers d’importance ont été menés par la coopérative, qui oeuvre dans la construction et la rénovation autant résidentielle que commerciale. Les projets ont vu le jour principalement dans les secteurs de Saguenay, de Saint-Fulgence, de L’Anse-Saint-Jean et de Sainte-Rose-du-Nord. La coopérative fournit de l’emploi à une dizaine de personnes lors des périodes plus occupées.

« Ça nous permet d’être maîtres de nos chantiers, dans le sens de décider des valeurs qui sont véhiculées dans le travail qu’on fait. On a un pouvoir décisionnel sur tout le travail qu’on fait et l’empreinte qu’on a », exprime pour sa part Geneviève Demers.

Cofondatrice de la coopérative du Café Cambio, elle apporte au sein de l’équipe sa connaissance du milieu.

Travail en amont

Au-delà des matériaux durables, des méthodes de travail écoresponsables et de l’efficacité énergétique caractérisant ses projets, Le Mur porteur propose avant tout une philosophie différente à ses clients. Le projet imaginé est réévalué et plusieurs heures peuvent être investies en travaillant de pair avec le client avant qu’un premier coup de pelle ne soit donné.

« Quelqu’un qui nous arrive avec un projet tout fait et qui nous met ça là, je pense que tout de suite, il vient de perdre de 30 à 40 % de ce qu’on peut amener sur le projet », estime Jean-Michel Hébert, qui insiste sur le désir d’innovation de la jeune entreprise.

Le Mur porteur a réalisé jusqu’à maintenant une soixantaine de projets d’envergure de construction ou de rénovation résidentielle et commerciale, principalement à Saguenay, à Saint-Fulgence, à Sainte-Rose-du-Nord et à L’Anse-Saint-Jean.

Les choix et les besoins sont remis en question. Des pièces peuvent être aménagées dans leurs bureaux en déplaçant des meubles pour aider les clients à visualiser. Un investissement en temps et en argent, qui, estime-t-il, sera récupéré au fil des ans après la livraison de la construction durable.

Une implication sociale

Le client a même le choix, à la fin du projet, de la marge de profit qu’il paiera sur sa facture, selon sa capacité financière. Un montant équivalent à 1 % du projet peut également être versé au Café-Jeunesse de Chicoutimi après les travaux.

« Si la personne sent qu’elle aime notre travail et qu’elle a un pouvoir financier un peu plus grand, elle va pouvoir en donner un peu plus à la fin, explique Jérôme Boudreault. Mais ça va nous permettre aussi d’aller vers un organisme communautaire qui a un pouvoir financier vraiment différent. »

Car le but du modèle coopératif, rappellent-ils, n’est pas de faire du profit, mais d’être au service de ses travailleurs et de sa communauté, tout en faisant preuve de transparence.

Les membres fondateurs misent avant tout sur la qualité des conditions de travail des travailleurs, en proposant des horaires adaptés, en favorisant la conciliation travail-famille et en cherchant à embaucher des femmes qui ont décidé de faire carrière dans des métiers non traditionnels. Leur coopérative, tournée vers la transition écologique, se veut aussi un vecteur de changement social.

« On veut avoir un impact positif, selon les valeurs qu’on pense qu’il faut mettre de l’avant, résume Jean-Michel Hébert. C’est pour cela qu’on met au même niveau la transition sociale et l’environnement. »

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UN PROJET D'HABITATIONS À LEUR IMAGE

Après quelques années à donner vie aux projets de leurs clients, les membres fondateurs de la coopérative en écoconstruction Le Mur porteur rêvent de mettre sur pied leur propre projet d’habitations.

La période d’arrêt forcée par la pandémie de COVID-19 a permis aux quatre membres fondateurs de la coopérative de repenser à leurs projets d’avenir et de se questionner sur leur mission.

« Un élément positif qui est ressorti de tout ça, c’est de pouvoir réaliser notre projet à nous, expose Jean-Michel Hébert. On réalise le projet des gens. Les gens ont des besoins et veulent faire des choses ; on participe et on réalise le projet avec eux. Mais là, c’est de venir réaliser le projet que nous, on veut mettre de l’avant. »

L’équipe souhaite travailler sur ce projet dans les cinq prochaines années et tâter le terrain. Le projet d’habitations multigénérationnelles proposerait des espaces partagés et une conception durable favorisant la vie à l’extérieur. Une façon pour eux de rassembler en un projet les idées et innovations mises de l’avant dans les dernières années.

« C’est comme un projet de rêve qu’on a », souligne Geneviève Demers, pour qui le projet mettrait l’emphase sur l’entraide et le bien-être de ses habitants.

À court terme, les responsables de Mur porteur souhaiteraient ajouter deux membres fondateurs à leur équipe. Ils sont toujours à la recherche de travailleurs qui partagent leurs valeurs.