La boutique Rosalice et la Salle de jeux étaient situées dans Vanier. La copropriétaire dit avoir fermé pour des raisons de santé.

Plaintes et recours contre Rosalice

Rien ne va plus pour la boutique d’articles pour bébés Rosalice. Des consommateurs et des fournisseurs estiment avoir été floués. Neuf plaintes ont été déposées à l’Office de la protection du consommateur. Des mises en demeure ont été envoyées, des recours judiciaires sont enclenchés.

Au coin des rues Proulx et Chabot, dans Vanier, La Salle de jeux flambant neuve qui abritait depuis peu la boutique Rosalice est déserte. La porte est barrée. Le mobilier moderne et les articles colorés sont encore là. Rien n’indique les heures d’ouverture ou que la boutique est fermée. Des clients se sont butés à des portes closes.

Les sites Internet et les pages Facebook des entreprises ne sont plus accessibles.

Sur le Web, des consommateurs en colère font part de leurs insatisfactions envers l’entreprise, qui avait auparavant pignon sur rue au centre commercial Fleur de Lys.

Maman de deux enfants, la Sherbrookoise Geneviève Lapointe avait déjà acheté deux fois en ligne avec Rosalice, sans problème. Toutefois, lorsqu’elle a voulu profiter début juin de la promotion sur les hamacs pour paniers d’épicerie Binxi, ça a été une tout autre histoire.

«La semaine suivante, j’ai reçu un message que mon envoi était envoyé.» Puis, plus rien. «Je n’avais pas de nouvelles. J’ai essayé de rentrer en contact [avec la propriétaire] par son adresse courriel, par Messenger.» Elle a bien réussi à parler avec Alyson Tremblay Racine, mais rien ne s’est réglé, explique-t-elle.

Environ un mois après la commande, Mme Lapointe a finalement demandé un remboursement à PayPal. Elle a déposé une plainte à l’Office de la protection du consommateur.

Elle a toutefois finalement reçu le produit. Il avait été expédié le 12 juillet, alors que la propriétaire lui disait qu’il était parti depuis juin. Mais la trentenaire n’était pas au bout de ses peines. Ce n’est pas le hamac de marque Binxi tant attendu qu’elle avait en main, mais une contrefaçon, dit-elle. Elle a même contacté Binxi pour vérifier. Un échange de courriels avec la compagnie prouve qu’elle avait effectivement une copie en main.

Pourtant, sur sa facture, on lui a bien vendu un Binxi. Ce qui enrage le plus Mme Lapointe, c’est que le hamac contrefait qu’elle a reçu était de si piètre qualité qu’elle le juge non sécuritaire pour son enfant.

Audrey-Anne Lemaire raconte un peu la même histoire, bien qu’elle ait reçu un vrai Binxi au terme de ses nombreuses démarches. Avec Mme Lapointe et une autre consommatrice, elles ont ouvert la page Facebook Les clients insatisfaits de Rosalice en juillet. «On n’est pas juste deux trois personnes à s’être fait arnaquer. On est beaucoup dans cette situation-là. On a juste voulu aider les autres.»

Depuis quelques jours, le nombre de membres a explosé avec la disparition des sites Internet et la fermeture de La Salle de jeux. On en compte maintenant plus de 90. Certaines consommatrices font état de commandes jamais reçues, même après des mois.

Les difficultés à contacter la propriétaire sont évoquées par toutes les personnes auxquelles Le Soleil a parlé. Une ex-employée a d’ailleurs confirmé que sa patronne ne lui a jamais dit qu’elle fermait.

Le Soleil avait fait état en mai de l’ouverture à venir de La Salle de jeux, à Vanier. La boutique Rosalice quittait Fleur de Lys pour y déménager ses pénates. La copropriétaire Alyson Tremblay Racine, qui est associée avec son conjoint Maxim Bolduc, avait exposé sa vision de cet endroit, qui devait permettre aux parents de travailler ou de souffler un peu pendant que les enfants jouaient dans des modules sous l’œil d’un employé.

La femme d’affaires faisait valoir que les coûts pour rester dans l’ancien local étaient devenus trop importants par rapport aux ventes en boutique. C’est maintenant près de 90 % de son chiffre d’affaires qui était en ligne, expliquait-elle.

Réclamations

Une nouvelle qui avait fait sursauter Émilie Dupont, une de ses fournisseurs. La fondatrice de l’entreprise Olé Hop!, qui fabrique des couvertures, se demandait comme elle pouvait ouvrir cette salle alors qu’elle lui devait 1000 $ depuis décembre 2017. Elle lui avait envoyé une mise en demeure en février, mais n’a toujours pas été payée.

La femme d’affaires affirme, courriels et textos à l’appui, avoir été très patiente. Mme Dupont travaillait jeudi à l’envoi d’une demande à la Cour des petites créances.

Après vérification, la Banque de développement du Canada réclame devant les tribunaux 36 721,90 $ aux deux entrepreneurs. La demande a été déposée en juin. Le jugement devrait tomber au cours des prochaines semaines.

Un fournisseur ontarien, Tuffo Products, a aussi fait une requête pour un montant de 3196,85 $. La facture impayée date de septembre 2017.

Il stipule dans les documents de la cour n’avoir jamais reçu aucun paiement partiel.

L’entreprise française Machouyou, contactée par Le Soleil, a aussi envoyé une mise en demeure cette semaine pour deux factures impayées depuis avril d’environ 1500 euros (environ 2300 $CAN).

Raison de santé

La copropriétaire de Rosalice, Alyson Tremblay Racine, explique avoir dû se résoudre à fermer pour préserver sa santé. L’entrepreneure, aussi mère de trois jeunes enfants, dit s’être poussée à l’épuisement, à force de travailler corps et âme pour sa famille et son commerce.

«On ne fera pas faillite. Le but c’est de prendre les sous qu’il nous reste pour justement tout payer le plus possible et fermer le mieux possible. […] J’essaie de faire ce qui est en mon pouvoir pour que tout soit honoré», fait-elle valoir.

Elle continue toutefois de nier que son entreprise allait mal avant l’ouverture de La Salle de jeux tout récemment, même si certains défauts de paiement datent de plusieurs mois avant l’ouverture.

«Je ne me serais jamais lancée là-dedans si ça allait mal. Ça allait très bien en ligne, on voulait bouger tout ça, essayer de faire de notre mieux», réplique-t-elle. Elle a fait valoir que le non paiement de la facture de Olé Hop! était un cas «isolé» parce que la commande était arrivée après plusieurs semaines et que Truffo Products a envoyé sa facture plusieurs mois après la commande.

Selon le Bureau du surintendant des faillites Canada, Rosalice inc. n’est pas inscrite sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité.

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COMMANDE MANQUANTE?

L’Office de la protection du consommateur rappelle que «dans le cas où le consommateur ne reçoit pas le bien commandé, il peut en tout temps résoudre le contrat, en transmettant au commerçant un avis écrit à cet effet.  À défaut de recevoir un remboursement de la part du commerçant dans les 15 jours suivant la résolution, il peut demander par écrit à la compagnie émettrice de sa carte de crédit une rétrofacturation [le rappel du paiement].» 

«Plusieurs consommateurs obtiendront un remboursement de leur carte de crédit en appelant simplement le service à la clientèle», explique par courriel le porte-parole Charles Tanguay.

«Ces protections ne valent que si vous avez payé avec une carte de crédit ou si vous avez approvisionné votre compte chez un service intermédiaire de paiement (comme PayPal) avec votre carte de crédit. Les autres types de paiements (débit, transfert bancaire, etc.) ne sont pas visés par ces dispositions de la loi.»