Les brasseurs Simon Mélançon, Marie-Claude Fortin, Félix Daviault-Ford et Philippe Dufour forment la coopérative Pie Braque.

Pie Braque fera goûter la Colombie

Les adeptes de bières artisanales de la région auront de quoi trinquer pour célébrer la fin de l’hiver. C’est à ce moment que les tablettes des commerces seront garnies d’un nouveau produit issu d’un projet collaboratif entre la coopérative Pie Braque et une brasserie colombienne. Une Belge brune aux arômes de cacao et de sirop d’érable, ronde en bouche et réservant une finale sucrée. Il y a de quoi espérer ardemment le retour du pépiement des oiseaux.

Félix Daviault-Ford est emballé par ce projet, qu’il a « brassé » en Colombie au cours des derniers mois. Le microbiologiste de formation a mis sur pied Pie Braque avec Simon Melançon, Philippe Dufour et Marie-Claude Fortin l’été dernier. Une opportunité professionnelle s’est par la suite présentée à sa conjointe, une employée du Cégep de Jonquière à qui l’on offrait la chance de travailler à Bogota pendant un an et demi. Y voyant une occasion en or de faire vivre une expérience culturelle enrichissante à ses trois enfants, le couple a décidé de migrer temporairement vers la capitale colombienne. 

« On a décidé de faire le saut et de vivre ensemble cette grande aventure familiale », raconte Félix Daviault-Ford, depuis ces terres d’Amérique latine qu’il a pris un malin plaisir à fouler et à découvrir. Pie Braque volant désormais de ses propres ailes, la production dirigée par les collègues de Daviault-Ford, le principal intéressé savait qu’il pouvait voir à la gestion de la coopérative à distance, grâce à la magie d’Internet.

Arrivé en Colombie, le Saguenéen a fait le tour de l’industrie brassicole locale, en pleine effervescence. Il souhaitait aller à la rencontre de producteurs, observer leurs façons de faire et, si l’occasion s’y prêtait, tisser des liens.

Sur le terrain, Félix Daviault-Ford a fait d’intéressantes rencontres et plusieurs constats. Primo, même si le monde brassicole colombien connaît un essor sans précédent grâce au nouveau contexte sociopolitique découlant de la signature de l’accord de paix avec les FARC et l’arrivée d’une classe moyenne friande de nouveaux produits, le nombre de producteurs demeure limité comparativement au Québec. Même chose pour les produits de brassage, qui proviennent de l’extérieur du pays. Deuzio, la confrérie et l’esprit de collégialité qui caractérisent les microbrasseries québécoises ne sont pas le propre de l’industrie colombienne, où les producteurs travaillent davantage dans un contexte de compétition.   

Un heureux mariage 

Félix Daviault-Ford a fait la connaissance de Julian Slamanca et de Daniel Duarte de la microbrasserie Tierra Santa, deux jeunes motivés et animés d’une grande soif d’apprendre. Une amitié est née, laquelle a mis la table à un véritable partage de connaissances. 

« On s’est connus en février l’an dernier et on a commencé à faire de la bière en septembre. Étant donné qu’aucune matière première ne vient de la Colombie, ils sont limités à quelques levures sèches et ils n’ont pas de levures actives. Je les ai aidés à développer leur propre banque de levures et je leur ai offert mon aide pour brasser », raconte Félix Daviault-Ford, à qui les proprios de Tierra Santa ont remis les clés de leur brasserie pour qu’il puisse s’amuser un peu. 


« On a décidé de faire le saut et de vivre ensemble cette grande aventure familiale. »
Félix Daviault-Ford

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De sucre et de cacao

Félix Daviault-Ford et ses copains colombiens ont travaillé ensemble pour concocter une recette emblématique, qui viendrait sceller cette nouvelle amitié entre les deux pays.

La bière deviendrait aussi le symbole inaugural d’un pont culturel reliant Jonquière et Bogota. Le brasseur jonquiérois a utilisé le cacao en provenance des cultures du département colombien de Choco et l’a marié au sirop d’érable du Québec pour en faire une bière savoureuse. 

«On a décidé de brasser ensemble une bière collaborative qui symboliserait bien l’enthousiasme mutuel que nous avons pour le brassage de bonnes bières de qualité et qui serait une sorte de trait d’union culturel entre nos deux nations. Les cousins brasseurs de Tierra Santa sont maintenant conviés à venir brasser cette même bière à Jonquière en février», explique celui qui a contribué à l’échafaudage du programme de formation brassicole offert au Cégep de Jonquière depuis trois ans. 

L’expérience vécue en Colombie s’est avérée infiniment formatrice pour Félix Daviault-Ford, autant au plan personnel que professionnel. Riche, aussi, pour les jeunes brasseurs colombiens, à qui le cofondateur de Pie Braque a parlé des avantages de se fédérer en créant un organisme semblable à l’Association des maitres-brasseurs du Québec (AMBQ). La bière collaborative sera bientôt servie dans les deux restaurants de Tierra Santa. Daviault-Ford, qui rentre au bercail cette semaine, en a ramené une quantité. Une poignée de chanceux pourront donc découvrir en primeur ce produit au nez plutôt épicé, dont émanent des arômes torréfiés de cacao et de sirop. Pour les autres, il faudra faire preuve de patience en attendant la prochaine cuvée, celle-là brassée ici même chez Pie Braque avec les collègues colombiens. Les biérophiles et fins palais se diront sûrement entre eux «vivement le printemps!».