Copropriétaire d’Import Dépôt, Daniel Fortin accepte maintenant les bitcoins comme moyen de paiement.

Payer en bitcoins

Les magasins Import Dépot de Saint-Bruno et Saguenay intègrent le bitcoin comme moyen de paiement. Le groupe serait la premier commerce de détail de la région à accepter cette cryptomonnaie.

Depuis lundi, les gens peuvent acheter des meubles, des outils ou des objets de décoration en échange d’argent virtuel. Parmi toutes les cryptomonnaies, seul le bitcoin est accepté dans l’un des magasins de l’entreprise. Elle demeure la plus populaire de toutes les monnaies virtuelles.

« On avait reçu des demandes de clients qui étaient intéressées à payer en bitcoins. Au moins une dizaine de gens ont manifesté ce désir. Évidemment, ça demeure marginal, mais il y a de l’intérêt envers cette cryptomonnaie. Et plus il y aura d’entreprises et de gens qui vont l’utiliser, plus l’investissement de ceux qui ont des bitcoins va fluctuer, monter », exprime le copropriétaire d’Import Dépot, Daniel Fortin.

Propriétaire de bitcoins, l’homme d’affaires connaît déjà les rouages de cette monnaie numérique qui suscite autant d’enthousiasme que de crainte dans le monde entier.

Contrairement au système bancaire traditionnel, aucune réglementation n’entoure cette cryptomonnaie, pour laquelle les risques d’utilisation sont plus élevés. En effet, rien ne protège les consommateurs ou vendeurs qui transigent de cette manière. La volatilité et l’imprévisibilité des bitcoins font également partie des désavantages de cet argent. Mais Daniel Fortin se montre confiant envers le système. 

« Ça m’inquiète plus ou moins. Ça devient de plus en plus stable. On a aussi les moyens de retirer la monnaie en argent rapidement pour éviter de perdre, car ça fluctue assez vite. On peut retirer dans un guichet de Montréal. Et je m’y rends toutes les semaines. Je peux donc échanger mes bitcoins pour de l’argent canadien », décrit M. Fortin, toutefois bien conscient que la cryptomonnaie sera très rarement utilisée par les clients.

Pourtant, ailleurs au pays, le bitcoin a fait son entrée dans plusieurs commerces. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est « définitivement » en retard, constate le commerçant. 

« À Montréal, on voit des épiceries, des concessionnaires accepter la cryptomonnaie. Ici, on est en retard. Mon site Internet acceptera aussi les bitcoins dans les prochaines semaines. Mais cet ajout est plus complexe à ajouter qu’en magasin. »

Import Dépôt exploite deux succursales, dont une à Saint-Bruno sur la route 170.

Des mines secrètes de cryptomonnaie dans la région

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean, avec ses espaces industriels vacants et son climat nordique, demeure une terre fertile pour les « fermes » de cryptomonnaies. Des producteurs de bitcoins se sont récemment montrés intéressés par les anciennes installations de Cascades à Jonquière. Mais la région dénombre déjà quelques mines de bitcoins.

Ces fermes, mines ou usines à bitcoins, termes utilisés par les initiés, ne sont pas identifiées publiquement. Les propriétaires de ces fermes, qui s’apparentent à des centres de données où se superposent des dizaines ou centaines d’appareils, préfèrent garder les lieux secrets, en raison de la valeur des équipements. La semaine dernière, des malfaiteurs ont volé pour plus de 800 000 $ en matériel informatique dans un garage du parc industriel de Saint-Augustin-de-Desmaures. Les « mineurs » ont été ligotés par les voleurs qui ont été arrêtés quelques heures après le crime.

Selon des informations recueillies auprès de plusieurs intervenants, la région compterait près de cinq fermes de production, installées la plupart du temps dans un bâtiment industriel. 

« Les gens demeurent prudents sur les lieux, car les assurances se montrent frileuses à assurer les lieux. On parle de plusieurs centaines d’appareils dans ces endroits », commente Daniel Fortin d’Import Dépôt, qui a lui-même vu l’ampleur de ces installations. « Il y a en effet des mineurs dans la région. On a un client qui a 36 cartes vidéo. Mais on parle aussi de gens qui ont des équipements valant près de 1 million $ », constate Olivier Simon, d’Informatique Dépôt de Jonquière. 

Preuve de cet engouement envers la production de monnaie virtuelle, les cartes graphiques s’envolent comme des petits pains chauds depuis les dernières années. Ces cartes, qui s’insèrent dans un ordinateur, permettent aux mineurs de traiter plus d’informations.

Une pénurie

« Lorsque le bitcoin était à 20 000 $ (au cours de l’année 2017), c’était la folie et ç’a créé une pénurie. Les cartes se vendaient en moyenne à 699 $ et la demande a fait monter les prix à 1200 $. On ne parle pas juste d’une petite hausse », pointe M. Simon, estimant en ce moment à 950 $ le prix de la carte la plus populaire sur le marché.

« La situation s’est toutefois légèrement calmée. Mais il n’y a pas de surplus d’inventaires de carte graphique. Et la demande ne baissera pas, car la nouvelle génération de cartes arrive bientôt et tous les mineurs voudront changer les anciennes pour ces nouvelles. Ils vont leur permettre d’être plus efficaces, générer plus de bitcoins. Et ils vont ensuite essayer de revendre leur carte sur les petites annonces », ajoute-t-il, rappelant aux gens qui souhaitent s’acheter une carte de seconde main que le « minage » use davantage la carte que la pratique des jeux vidéo.

Comme Daniel Fortin, Olivier Simon a lui aussi des bitcoins dans son portefeuille virtuel. De l’argent qu’il a généré par un programme installé sur son ordinateur de « gaming ».

« Avant, on parlait de faire de 5 à 7 $ par jour de cette manière. Mais aujourd’hui, c’est plus 1 $. Le niveau de difficulté est tellement devenu élevé que c’est presque plus attirant d’en faire. Il faut être plus gros, avoir plus d’équipements pour générer de l’argent », indique M. Simon, directeur associé chez Informatique Dépôt.

« Mais ce système n’est pas noir ou blanc. La technologie derrière a beaucoup de potentiel. Il y a des avantages à la cryptomonnaies. Mais comme toutes les choses qui génèrent de l’argent rapide, ça va finir par s’estomper. Les bitcoins, ce n’est basé que sur la confiance. Il n’y a rien d’autre. Pour chaque dollar canadien, il y a de l’or dans une banque », rappelle M. Simon.

Voici un exemple de site de minage, établi dans un local industriel près de Québec.

Qu’est-ce que le minage de bitcoins?

Une mine de bitcoins est loin de ressembler à une usine traditionnelle où fourmillent des travailleurs. Les ordinateurs font pratiquement tout le travail, soit de résoudre des calculs mathématiques qui permettent de sécuriser les transactions de bitcoins. Chaque fois qu’un mineur, soit le propriétaire des installations et équipements, résout un calcul, il obtient des bitcoins en récompense. Ce sont les programmes de minage qui permettent de trouver ces solutions. Donc plus le mineur a de la puissance, plus il y a de chances de résoudre les calculs qui se complexifient continuellement. D’où la perte d’intérêt des particuliers envers cette activité qui rapporte plus aux industriels.

Les programmes peuvent faire surchauffer les appareils, d’où l’importance de choisir un lieu qui peut être facilement refroidi. Les producteurs prennent en compte les coûts d’électricité, car c’est la différence entre les dépenses en courant et le gain en bitcoins qui déterminera le profit.

Copropriétaire d’Import Dépôt, Daniel Fortin accepte maintenant les bitcoins comme moyen de paiement.