Pierre Pettigrew et Catherine Massey ont démarré une entreprise d’élevage de papillons qui obtient un vif succès.

Passion ailes: une entreprise prête à prendre son envol

Catherine Massey et Pierre Pettigrew exercent un métier hors du commun : ils sont éleveurs de papillons. Dans une pièce de leur maison de Jonquière, le couple a fondé une entreprise unique dans la région qui vend des papillons pour des envolées dans des événements spéciaux. Pour l’instant, ils peinent à répondre à la demande et leur carnet de commandes est plein jusqu’à l’automne.

Les insectes qu’ils élèvent sont destinés à causer un effet spectaculaire ou à porter une symbolique lorsqu’ils sont relâchés dans des événements allant du mariage aux cérémonies funéraires, en passant par les graduations.

C’est en assistant à une envolée de colombes que le couple a eu l’idée de fonder Passion ailes. Après un an d’existence, l’entreprise est en pleine croissance.

Ces papillons pondront bientôt des oeufs, préparant la prochaine génération.

Ces envolées créent un effet qui ne passe pas inaperçu. « Peu importe les circonstances, dans les commentaires qu’on nous fait après, on nous dit toujours que c’est ce qui fait parler. Les enfants capotent là-dessus. Ça peut aussi être un baume. Ça peut alléger un peu la souffrance. Un papillon qui s’envole, c’est un symbole d’espoir », affirme M. Pettigrew, qui est thanatologue de formation.

À l’inverse des colombes, qui retournent chez leurs propriétaires une fois qu’elles se sont envolées, les papillons quittent pour de bon et vont vivre leur vie. Les plus chanceux battront des ailes encore deux semaines avant de mourir naturellement.

Le choix de l’espèce à élever était donc important pour minimiser les conséquences sur l’environnement. Passion ailes vend uniquement des belles-dames, un papillon qui est souvent confondu avec les monarques à cause de sa couleur orange vif, mais dont la taille est plus petite.

« C’est une espèce qui est présente ici et qui peut se nourrir par elle-même une fois qu’elle est en liberté. On ne voulait pas en introduire une autre qui serait nuisible », explique Mme Massey.

Catherine Massey et Pierre Pettigrew travaillent selon les normes de l’International Butterfly Breeders Association. Il aurait été contraire aux normes de leur profession, selon eux, d’élever des monarques. Ces papillons sont destinés à mourir une fois dans la nature.

« Il n’y a plus de nourriture pour eux. Le papillon est pratiquement condamné à mort. Il ne reste plus assez d’asclépiades au Québec », précise Pierre Pettigrew.

Expansion

À moyen terme, les copropriétaires de Passion ailes désire faire prendre de l’expansion à cette entreprise florissante. « C’est certain que la demande est là », ajoute M. Pettigrew.

Ils font face à un heureux problème. Toute leur production à venir a déjà trouvé preneur, et ce, jusqu’en septembre. Ce mois est la date limite permettant de relâcher des papillons dans la nature, pour qu’ils mènent une existence normale.

Le jour de la rencontre avec Le Progrès, le téléphone de l’entreprise a sonné à 6 h 30. Une femme voulait des papillons pour des funérailles, la journée même. Tous les jours, des gens appellent pour s’informer sur les services de Passion ailes ou pour voir s’ils peuvent passer une commande.

Catherine Massey et Pierre Pettigrew font des affaires aux quatre coins du Québec. Une dame de Gatineau, par exemple, désirait commander quatre douzaines de papillons. « Nos plus grosses commandes viennent de l’extérieur de la région », laisse tomber celle qui est aussi agente de voyages.

Passion ailes est l’une des rares entreprises qui oeuvrent dans ce secteur. On en compte seulement deux autres similaires, qui sont situées dans la région métropolitaine.

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APPRENDRE LE MÉTIER SUR LE TAS

Pierre Pettigrew et Catherine Massey se sont lancés dans l’élevage de papillons en apprenant le métier sur le tas. Il n’existe pas d’école où l’on enseigne cette profession et les entreprises dans ce secteur gardent jalousement leurs secrets.

Une année d’essais et d’erreurs a été nécessaire pour trouver comment maîtriser cet art délicat. Aujourd’hui, les deux entrepreneurs disent travailler en équipe et avoir chacun leurs forces. Le couple, qui a trois enfants, consacre une quarantaine d’heures par semaine à cette entreprise.

« Ça peut avoir l’air simple comme ça, mais il y a beaucoup d’éléments à prendre en compte. Il faut contrôler la température, l’humidité doit être à un taux stable... », explique Mme Massey.

Dans la pièce dédiée à l’élevage des belles-dames, on peut apercevoir toutes les étapes de la vie des papillons, de la ponte des oeufs à l’âge adulte.

On y voit des chenilles qui se nourrissent d’une mixture à base de soya. On aperçoit aussi des chrysalides dans lesquelles elles se transforment en papillon.

Toutes les étapes de ce cycle, durant environ 35 jours, demandent une grande minutie. Le taux de survie est cependant de beaucoup supérieur dans cet environnement contrôlé à celui que l’on retrouve dans la nature.

« Quand une femelle papillon pond 100 oeufs, il y a en seulement un qui se rend à l’âge adulte. Dans notre élevage, le taux de réussite se situe plus près des 60 % », explique Pierre Pettigrew.

La belle-dame peut donner naissance à trois à quatre générations de papillons, entre mai à septembre.

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FAIRE UNE ENVOLÉE

Dès qu’ils ont atteint le stade de papillons, les insectes sont placés dans un réfrigérateur. La température, qui est contrôlée à 10 degrés Celsius, fait entrer les belles-dames dans un état de dormance qui ralentit leur vieillissement.

Les papillons, âgés de trois ou quatre jours, seront livrés au client dans cet état. Avant de les relâcher, il faut les réchauffer environ une heure pour qu’ils se réveillent.

Il est possible de libérer les papillons de deux manières, soit un à la fois ou en groupe. Libérés seuls, ils arriveront dans une petite boîte triangulaire. Un contenant de plus grande taille est nécessaire pour les envolées de groupe.

Il est préférable de faire les envolées quand la température est supérieure à 12 degrés Celsius et quand il ne pleut pas.

Les papillons sont vendus de manière générale en douzaine. Ils se détaillent à 5 $ l’unité.