Dan Senneville et Luc Giroux, dirigeants de Nor-Électrique de Chapais, sont présents aux quatre coins de la Baie-James.

«On a toujours pataugé dans le Nord»

Le Nord québécois n’a plus beaucoup de secrets pour Nor-Electrique. Actuellement présent à Eastmain, Waskaganish, Nemaska, Mistissini et Oujé-Bougoumou, l’entrepreneur en électricité oeuvre aux quatre coins de la Baie-James, et ce, depuis des décennies.

Fondée par Lucien Senneville en 1973, la compagnie est aujourd’hui dirigée par son fils Dan Senneville et son associé Luc Giroux. L’entreprise a été rebaptisée en 2011 et n’a pas quitté les vastes territoires de la Baie-James depuis ce temps. Quelques contrats réalisés au Nunavik figurent également sur la liste de Nor-Électrique. Et l’entrepreneur Dan Senneville ne compte pas quitter le Nord de sitôt. «Je n’ai pas d’intérêt à aller voir ailleurs. Dans le Nord, notre réputation est faite et nous sommes connus. Ailleurs au Québec, nous ne sommes pas très à l’aise avec le marché puisque ce n’est pas notre secteur», souligne M. Senneville, lorsque rencontré dans ses bureaux de Chapais.

Actuellement, l’entreprise et sa quinzaine d’employés oeuvrent sur une dizaine de chantiers de construction, dont cinq à Waskaganish.

Quadruplex, maisons unifamiliales, triplex, garage municipal et centre pour femmes et enfants en difficultés; des contrats en électricité totalisant environ 1,2 million de dollars tiennent occupés les employés de Nor-Électrique dans la petite communauté crie située sur les rives de la baie de Rupert. «Mon père a démarré sa compagnie en 1973, à Chapais. Étant déjà pas mal au Nord, il a tout de suite commencé à décrocher des contrats dans le Nord-du-Québec, surtout dans les communautés autochtones. De mon côté, j’ai commencé comme électricien pour lui et j’ai travaillé dans le Nord avant de revenir dans les bureaux et prendre la relève. Disons qu’on a toujours pataugé dans le Nord», explique Dan Senneville.

De bonnes relations avec les Premières Nations

Sur la quinzaine d’électriciens de la compagnie, cinq sont d’origine autochtone. «C’est bien, les conseils de bande où nous décrochons nos contrats nous demandent d’engager de la main-d’œuvre locale. C’est correct et c’est bien normal. Nous avons des Autochones qui sont avec nous depuis longtemps », explique Dan Senneville.

Présent dans le Nord-du-Québec depuis des décennies, l’entrepreneur en électricité a toujours entretenu de bonnes relations avec les peuples autochtones qu’il côtoie.

«L’important, c’est le respect. Il y a parfois la barrière de la langue, car les Cris ne parlent pas vraiment français. Mais nos gars parlent pas mal anglais, donc on se débrouille et on finit toujours par se comprendre. Personnellement, j’ai appris à parler anglais avec eux, lorsque je travaillais dans le Nord», souligne-t-il. Mais gérer des contrats à distance ne semble pas toujours de tout repos. Et les désavantages sont aussi présents. «On ne fait pas tant d’argent que le monde pense! Ça joue serré dans l’obtention des contrats et l’éloignement des travailleurs apporte son lot de dépenses aussi», souligne Dan Senneville.

En effet, les travailleurs du Nord sont évidemment logés et nourris aux frais des compagnies. Par exemple, les électriciens de Nor-Électrique coûtent 75$ par jour en repas et, s’ils sont logés dans les dortoirs, il en revient à 225$ par jour, par travailleur. «Il y a également les risques liés à la route. Des gars qui ont des ‘’bad lucks’’ sur le chemin, ça arrive. La route n’est pas la plus belle du Québec et elle est longue. Disons qu’il y a souvent des réparations à effectuer sur les véhicules», explique l’entrepreneur.

Les employés de Nor-Électrique partent généralement de Chapais au volant d’une fourgonnette, afin d’amener le matériel nécessaire à la réalisation des contrats. Et environ huit heures de route séparent Chapais de Waskaganish.

Mais y a-t-il beaucoup d’hommes et de femmes prêts à vivre l’éloignement et à accepter de travailler durant plusieurs jours consécutifs? «Oui, nous recevons beaucoup de CV et je n’ai jamais vraiment manqué de monde. Et, ce qui est intéressant, c’est que nos employés restent avec nous longtemps», note M. Senneville. Généralement, les employés de Nor-Électrique effectuent des horaires de 21 jours de travail consécutifs et bénéficient ensuite de 10 jours de congé, mais il n’est pas rare qu’ils soient entre quatre et cinq semaines au boulot.