Parmi les nombreux contrats obtenus par Altitude Conception, on retrouve un prototype de housse aluminisée destinée à recouvrir un robot fabriqué par STAS pour le nettoyage des creusets.

Miser sur la haute couture industrielle

La petite entreprise Altitude Conception, installée dans le Parc Henri-Girard depuis 2015, connaît une croissance fulgurante de son chiffre d’affaires en réalisant, entre autres demandes, des activités de « haute couture industrielle » sur mesure conçue dans des tissus et matériaux spécialisés.

Le petit atelier de couture et de rembourrage de la rue Bersimis à Chicoutimi a été fondé par Christine Gagnon, auquel s’est associé son conjoint Robin Tremblay.

En 1991, Mme Gagnon, une couturière détentrice d’une formation en haute couture, a vécu une première expérience d’affaires en fondant Conception Caddy, qui se spécialisait dans la manufacture de porte-bagages adaptés pour les motoneiges et distribués par la compagnie Kimpex. « La première année de production, nous avons fabriqué 5000 porte-bagages qui ont été distribués en Amérique du Nord ainsi qu’en Europe de l’Est, dans des pays où il y a pratique de la motoneige. La deuxième année, ce sont 2500 sacs qui ont été fabriqués alors qu’à la troisième, ça s’est limité à quelques centaines. Nous avons été copiés par les Chinois », affirme Mme Gagnon.

Après une expérience d’aidante naturelle, l’esprit entrepreneurial de Mme Gagnon a repris le dessus en 2010 lorsqu’elle a décidé de fonder son petit atelier dans le sous-sol de sa résidence sous le nom de Répartour. « J’ai repris une partie de mon entreprise dans ma chambre avec de la couture industrielle pour la réparation de toiles de bateaux, le rembourrage de meubles, etc. »

Elle constate alors que la demande de produits de couture industriels est très forte chez des entreprises et équipementiers comme Dodec, Fonderie Saguenay, Dynamic Concept, STAS, Refraco, Rio Tinto. « Ce qui nous démarque de nos concurrents, c’est que nous avons les compétences pour faire de la lecture de plans en 3D ce qui nous permet d’apporter des modifications à nos conceptions et d’épargner du temps.

Habit robot

À titre d’exemple, Altitude Conception travaille présentement sur la conception et la modification d’un « habit de robot » selon l’expression utilisée par Mme Gagnon. Il s’agit d’une grande bâche de recouvrement d’un robot hydraulique (nettoyeur de creusets) fabriqué par STAS actuellement en opération à l’Aluminerie Alcoa de Baie-Comeau. Comme l’équipement est utilisé dans un milieu hostile en présence de fours, de métal en fusion, l’habit de robot est conçu avec un tissu aluminisé en plusieurs couches, ce qui requiert une patience de moine de la part de la couturière affectée au projet. Au moment de notre passage, 110 heures de travail ont été consacrées à la conception de la nouvelle housse. « Ce fournisseur de robot hydraulique a de la misère à s’approvisionner auprès d’autres fournisseurs. Le délai de production de l’habit est de deux ans. »

Un autre exemple de commandes obtenues est la confection d’une toile de 11 km complètement imperméable servant à recouvrir des pierres de réfractaires utilisés dans la réfection d’un four à l’aluminerie Alma. De la recherche et développement pour la conception et le développement d’un rideau séparateur à l’épreuve des étincelles de soudure pour Sotrem-Maltech constitue un autre des nombreux exemples de mandats accomplis. « On est rendus avec une quarantaine de clients industriels sur une base régulière », affirme Mme Gagnon.

Aviation

Le développement des affaires amène Altitude Conception à se tourner vers le secteur de l’aviation. En juin 2019, l’entreprise a été approchée par la firme canadienne Air Base, un important fournisseur de services d’entretien et réparation d’équipements à bord d’avions commerciaux. Le contact avec le nouveau client a nécessité de suivre le processus ISO ainsi que d’apprendre la norme 25.853 de la réglementation en aéronautique applicable aux produits en cuirette à bord des avions. « Nous avons produit en sous-traitance des recouvrements d’appui-tête brodés destinés à Air Canada qui ont servi lors de la dernière campagne électorale fédérale », précise la présidente.

Les tuques produites sous la marque Flocon sont fabriquées dans l’atelier de la rue Bersimis à Chicoutimi et mises en vente dans 40 points au Québec.

Forte de l’élan donné, Mme Gagnon prévoit obtenir à nouveau de gros contrats industriels, mais il n’est pas question de monter une grande chaîne de production.

La participation de l’entreprise à une mission commerciale Paris-Belgique, du 24 janvier au 1er février dernier, organisée par l’Association des femmes d’affaires du Québec composée de 20 participantes, a permis d’ouvrir des portes pour le futur. « Air France a demandé de nous rencontrer. Je me suis assurée qu’Air Base pourrait être avec nous. Nous avons eu une rencontre préliminaire de 20 minutes avec un représentant d’Air France qui souhaite obtenir les services d’un fournisseur pour l’entretien et la remise à neuf de sièges d’avions. En Europe, les délais sont très longs pour obtenir ces services », explique la dynamique femme d’affaires. Le temps déterminera s’il y aura des suites concrètes aux discussions.

Christine Gagnon, directrice d’Altitude Conception, a participé à une mission commerciale en Europe qui pourrait lui permettre d’oeuvrer pour le transporteur aérien Air France.

Flocons

La fabrication industrielle occupe le gros du temps de la quinzaine d’employés. Toutefois, Altitude Conception et ses huit couturières sont également occupées à produire des milliers de tuques à pompons interchangeables sous la marque « Flocon ». L’an dernier, 45 000 de ces tuques populaires ont été vendues à travers 45 points de vente au Saguenay-Lac-Saint-Jean sur la Côte-Nord, en Gaspésie, en Abitibi ainsi qu’en Alberta et au Yukon. Cette production de tuques permet de rentabiliser davantage les machines à coudre en place.

Mme Gagnon affirme que la croissance du chiffre d’affaires de 100 % en trois ans a fait en sorte que le petit atelier de la rue Bersimis est devenu trop étroit. Deux machines à coudre acquises sont demeurées dans leur caisson, faute de place. Mme Gagnon songe à investir dans l’acquisition d’un immeuble plus grand.

Altitude Conception travaille à produire un prototype de housse de protection comme celui présenté sur cette photo.

La présidente conclut que l’année 2019 a été un tournant pour Altitude Conception, ce qui pourrait lui permettre de prendre une forte expansion dans les années futures.