Marché militaire: de nombreuses opportunités à saisir pour les entrepreneurs

Les entreprises manufacturières du Saguenay-Lac-Saint-Jean auraient intérêt à démystifier le marché de la fabrication et l’approvisionnement des équipements militaires afin de saisir les nombreuses occasions d’affaires existantes dans un marché de plusieurs milliards de dollars.

Ce message a été porté par Patrick Sirois, président de la firme de consultants Triode, située à Saint-Nicolas, et le gestionnaire de projets Roch Lemay, à l’occasion d’un déjeuner organisé mardi par la Société de la Vallée de l’aluminium (SVA), en présence d’une quarantaine de dirigeants d’entreprises.

Les deux conférenciers ont tenté de convaincre leur auditoire que le marché militaire est à portée de main en citant de nombreux exemples d’entreprises, de plus ou moins grande envergure, ayant su tirer leur épingle du jeu.

D’entrée de jeu, M. Sirois a mentionné que l’Armée canadienne aura besoin, dans les prochaines années, de renouveler de nombreux équipements que ce soit en termes d’infrastructures, d’achats de véhicules, de génératrices, de campements, de panneaux solaires ainsi qu’une foule d’autres produits.

Il ajoute que les libéraux de Justin Trudeau ont poursuivi la politique de renouvellement des conservateurs de Stephen Harper de sorte que la croissance du budget d’achats passera de 580 M$ par année en 2018 à 2,3 G$ en 2028. « Présentement, il manque de fournisseurs au Québec. L’Ontario et le Québec accaparent 60 % du marché militaire. L’armée de terre occupe le plus important marché avec 49 % des parts, l’armée de l’air 32 %, tandis que la marine occupe 19% », a expliqué M. Sirois.

Comparativement au gouvernement américain qui applique le « Buy American Act » avec sa norme de 70 % de contenu provenant du pays, ce qui favorise l’installation d’usines chez Oncle Sam, le Canada exige de ses fournisseurs de matériels dans les appels d’offres qu’ils créent des retombées dans les quatre grandes régions du pays. Patrick Sirois annonce que l’armée est invitée à prendre le virage vert en se dotant de matériels roulants plus légers, moins polluants, ce qui peut être favorable pour une région comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean capable de produire des pièces et systèmes en aluminium.

À titre d’exemple de marchés potentiels, M. Sirois a cité le constructeur Prévost, une division de Volvo bien connue dans l’assemblage d’autobus interurbains. Installée dans la région de Bellechasse, elle a obtenu un contrat d’assemblage pour fournir 1587 camions militaires, une commande provenant de Mack Defense.

« Les camions arrivent au Canada via la France et doivent être habillés de marchepieds, ailes, support de toiles et coffres de rangement. » C’est ainsi que des PME québécoises sont allées décrocher des contrats de 15 M$ pour fabriquer des coffres de rangement, des plateaux de camions d’une valeur de 30 M$ ou encore des coffres-d’outils d’une valeur de 2 M$.

La recette de la réussite, selon lui, est de suivre les traces et de développer des liens avec les grands donneurs d’ouvrage qui ont su récolter les grands contrats de base.

Patrick Sirois, président de la firme de consultants Triode, a tracé un survol du marché militaire qui est accessible aux PME.

Toujours à titre d’exemple, le président de Triode a noté que le Chantier Davie, de Québec, se qualifie pour devenir fournisseur de la stratégie maritime canadienne qui prévoit l’acquisition de 70 petits bateaux de guerre, des navires de patrouille semi-hauturiers, des navires de soutien interarmées ou de classe Halifax et Iroquois.

Il y a là d’excellentes occasions pour des entreprises oeuvrant dans la fabrication d’équipements mécanosoudés de fabriquer en sous-traitance des garde-corps, sections de bateau en acier ou aluminium, etc. « Le Groupe Ocean a remporté un gros contrat pour la fabrication de quatre bateaux de soutien. C’est le temps dans les six prochains mois de cogner à la porte », a-t-il martelé.

Les représentants de Triode affirment qu’il n’y a pas de difficultés particulières à devenir fournisseurs sur le marché militaire. Il suffit de comprendre le système d’approvisionnement. Le ministère de la Défense passe par Approvisionnement Canada et Innovation Science Canada dont le rôle est de s’occuper des spécifications des achats.

Toutefois, les entrepreneurs ont intérêt à bien préparer le terrain, puisque les forces armées favorisent les entreprises capables de faire la preuve qu’elles ont de bonnes équipes de gestion de projet, des programmes de planification en design, construction et livraison qui se rapprochent des normes ISO 9001 et 10005, en plus de faire preuve d’une bonne situation financière.

La conclusion de la conférence a été l’occasion pour le directeur général de la SVA, Christian Fillion, de lancer l’idée de créer une cohorte d’entreprises intéressées par le marché militaire avec la possibilité d’aller chercher une subvention.