Main-d'oeuvre étrangère: des conséquences variables d’une entreprise à une autre

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, l’arrivée de la main-d’oeuvre étrangère a des conséquences qui varient d’une entreprise à l’autre. Pour certaines, une absence ou un retard compromet une saison complète d’activités. Pour d’autres, quoi qu’il advienne, les prochains mois se dérouleront comme prévu, ou presque.

Une saison compromise chez Nutrableu

Chez Nutrableu de Normandin, la saison des bleuets dépend de la présence des travailleurs étrangers affectés à la cueillette et à l’emballage des petits fruits. Cette année, 78 travailleurs mexicains doivent être au boulot à compter du 20 juillet. 

« On va voir si on aura une saison ou pas. Tout dépend de la main-d’œuvre étrangère. Je ne crois pas que la main-d’oeuvre locale va suffire pour pallier », affirme Dave Tremblay, copropriétaire et directeur général des opérations et de la production de l’entreprise de bleuets sauvages. 

Pour l’entrepreneur, impossible de lancer la saison s’il doit composer avec un manque d’effectifs. Les travailleurs mexicains représentent entre 60 % et 70 % de la main-d’oeuvre totale de l’entreprise.

« On ne peut pas faire une saison à 25 % de notre capacité. C’est 100 % ou rien. On nage dans l’inconnu. On garde espoir que tout se place, mais on se demande si les travailleurs vont arriver à temps et en quantité suffisante. »

Afin de respecter la mise en quarantaine, les travailleurs devraient arriver au début du mois de juillet. 

« On est à l’écoute des mesures, les choses changent rapidement. On va s’adapter à ça. Les montants du gouvernement permettront de pallier pour la période d’isolement, mais le ‘‘post isolement’’ est aussi problématique. Le deux mètres doit être appliqué en tout temps. C’est un gros défi notamment pour le transport du campement aux champs. Ça ne s’improvise pas, mais c’est réalisable. »

D’autres données doivent aussi être prises en compte par le trio à la tête de l’entreprise. 

« On ignore si les ventes vont être au rendez-vous. Dans trois mois, est-ce que les gens auront un portefeuille de disponible ? On vend dans les marchés publics de Montréal. Seront-ils ouverts ? Il y a beaucoup d’inconnu. »

Une chose est certaine, les associés ont l’intention de suivre les règles à la lettre. 

« On ne va pas jouer avec la sécurité publique. Si on n’est pas capable de faire face à la musique, on ne le fera pas. Les choses ne sont pas prises à la légère. Normandin est un petit village, il faut que le sentiment de sécurité demeure. »

La crainte du coronavirus à la ferme Morivan 

À la ferme Morivan d’Hébertville-Station, les effets d’une propagation du virus au sein de l’entreprise sont davantage craints que le manque de main-d’oeuvre. « On a une petite équipe de travail. Il ne faudrait pas que les gens tombent malades en même temps. On ne peut pas arrêter la production », confirme Marie-Claude Morin, copropriétaire de la ferme laitière de 500 têtes. 

Trois travailleurs étrangers à la fois oeuvrent à la ferme par rotation à l’année. « On en a besoin, on est jamais capable de trouver des gens pour les remplacer », affirme la propriétaire. 

Cette année, un nouveau travailleur devait arriver un peu plus tôt, en mai, pour les semences, avant même que les trois autres aient quitté. Marie-Claude Morin ignore si ce pourra être le cas. « Je ne sais pas s’il pourra venir quand même, mais ça ne compromet pas nos activités. Pour moi, c’est un surplus », souligne celle qui travaille avec des Guatémaltèques depuis neuf ans. 

À la ferme Morivan, la quarantaine ne pose pas réellement problème. « On dispose déjà d’un logement pour accueillir le nouveau travailleur. J’aime mieux faire une quarantaine que prendre le risque que tous soient malades. Les conséquences seraient désastreuses. »

Bleuets sauvages du Québec observe les premières vagues 

Chez Bleuets sauvages du Québec qui regroupe des producteurs de bleuets et des entreprises de transformation notamment l’Usine de congélation de St-Bruno, Maryse Mercier, directrice des ressources humaines responsable de la main-d’oeuvre étrangère, confirme que la situation est suivie de près. 

« Les travailleurs sont attendus au début juin pour le volet agriculture et au début août dans les usines. Le bleuet ne peut pas attendre deux semaines. Il va falloir les faire arriver avant. Les premiers travailleurs arrivent cette semaine au Québec, ça pourrait apporter son lot de changements. On va regarder comment les premières vagues vont aller. Tout est à analyser. »

Un total de 91 travailleurs devraient être au boulot en juin et 54 de plus devraient arriver en août. 

« Ça nécessite beaucoup de gestion, notamment afin de réduire le nombre de personnes par chambre pour respecter les deux mètres réglementaires. On va essayer de s’adapter à tout ça. De bonnes équipes travaillent là-dessus. »