Le maître-verrier Harold Bouchard a obtenu le mandat de restaurer des vitraux de l’Église St-Joseph d’Alma.

Les vitraux de l’église Saint-Joseph d’Alma restaurés

Une partie du patrimoine religieux d’Alma s’est retrouvé, pendant quelques semaines, bien au chaud et en sécurité dans un atelier de Lac-Kénogami. Les mains habituées du maître verrier Harold Bouchard se chargeaient de restaurer une partie des vitraux de l’église Saint-Joseph d’Alma.

Harold Bouchard n’en est pas à sa première restauration du genre. Le fruit de sa rare expertise est visible aux quatre coins du Saguenay–Lac-Saint-Jean notamment à l’église de Normandin, à l’Ermitage Saint-Antoine à Lac-Bouchette et à La Pulperie de Chicoutimi.

Force est d’admettre que le temps a fait son oeuvre sur les oeuvres d’art installées en 1951 à Alma. Autrefois bien droits et tout en hauteur, certains vitraux sont maintenant arrondis, écrasés par le poids du verre et des années.

À l’image d’un chantier de construction, M. Bouchard a planifié ses actions pour les oeuvres originaires d’un atelier de Rennes et de la maison Desmarais & Robitaille, une entreprise montréalaise spécialisée dans les arts liturgiques.

Comme il l’a expliqué lors d’un entretien avec Le Progrès, il n’y a aucune recette précise pour mener une restauration. Pour y arriver, il doit laisser le temps à la réflexion.

L’artisan a amorcé son projet de restauration avec les deux pièces dont l’état était le plus criant. La lourdeur de la matière a courbé les installations ce qui a, entre autres, modifié la dimension des pièces, ajoutant jusqu’à près de trois centimètres en largeur à certains endroits.

Même si l’objectif est de conserver l’aspect initial, des barres de renforcement sont ajoutées aux pièces de verres. La mesure correctrice, qui a très peu d’impact visuel, permettra de renforcer l’oeuvre datant du milieu du 20e siècle.

Un nettoyage partiel des pièces restaurées sera fait. Toutefois, l’expert devra y aller avec retenue. Les morceaux corrigés doivent être harmonieux au reste des vitraux marqués par le temps et la poussière. La suite appartient, en partie, à Harold Bouchard, mais, surtout, à l’urgence de restaurer certaines pièces. Le maître verrier conseillera les responsables de l’église Saint-Joseph d’Alma quant à l’échéancier logique des travaux de restauration à prévoir.

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UNE RARE EXPERTISE

De retour d’Europe à l’été 1976, Harold Bouchard ne se doutait guère qu’en acceptant un boulot étudiant, il s’apprêtait à mettre le pied dans ce qui allait devenir une carrière unique. Quarante ans plus tard, il figure parmi la vingtaine de maîtres verriers qui vivent de leur art à travers le Québec dont, en grande majorité, à Montréal.

Avouons que l’homme habile de ses mains en a fait du chemin entre les premiers projets de la rue Notre-Dame à Montréal et ceux en cours dans son atelier de Lac-Kénogami. 

Après avoir appris les rudiments du métier pendant trois années, en compagnie d’un maître verrier de Montréal, l’artisan saguenéen a fondé son propre atelier en 1979. C’est la nostalgie de la région et les amis qui l’ont poussé à faire un retour au Saguenay à cette époque. 

Oeuvrant dans un métier d’art plutôt rare, Harold Bouchard a rencontré quelques embûches notamment au début de sa carrière. Les tendances mode des années 80 et 90 n’auront pas particulièrement été tendres envers le vitrail. Le granit noir, la mélamine blanche et l’halogène cohabitaient très mal avec cet art populaire qui a pourtant traversé les siècles. Pendant cette période, celui qui travaille le verre de différentes manières s’est tourné vers la gravure sur verre qui trouvait davantage sa place dans les décors. Heureusement pour les artisans et les amateurs, les tendances sont cycliques et le vitrail a repris sa place au fil des années. Quatre décennies plus tard, M. Bouchard se fait une fierté d’avoir pu vivre de cet art pendant toutes ces années. 

L’art du vitrail pourrait s’expliquer simplement par la rencontre du verre et du plomb. Un paradoxe y réside alors que le poids du verre rigide côtoie le plomb, cette matière souple. 

« Autant c’est fragile, le poids du vitrail sur le plomb, autant que c’est étrangement solide. Le plomb et le verre, c’est un mariage qui se fait depuis des siècles et des siècles. C’est hyper solide. Contrairement à une vitre, c’est une seule portion qui cassera et non toute la pièce », explique-t-il dans son atelier adjacent à sa résidence. 

Harold Bouchard ajoute que son boulot est tout sauf routinier, alors qu’il travaille autant avec l’infiniment petit qu’avec la grandeur. Son atelier confirme ses dires, alors que d’un côté se trouvent d’imposantes pièces de l’église Saint-Joseph d’Alma et de l’autre, des pièces dédiées à une salle à manger.

La dualité se dessine également dans le genre des pièces alors que des vitraux d’église prennent place aux côtés de pièces contemporaines.

« L’étrangeté de la technique traditionnelle du vitrail, c’est que c’est encore la meilleure après 1200 ans », affirme l’artiste dans une pièce bondée de pièces de verre de toutes les tailles et de toutes les couleurs.

Malgré ces quelques décennies d’expérience, le principal intéressé a toujours le même tract avant la livraison d’une commande. « D’une fois à l’autre, je ne m’habitue pas. C’est toujours énervant. Quand je vais porter une pièce chez un client, j’ai toujours cette petite crainte. Est-ce que ce sera à la hauteur de leurs attentes? J’aime plaire », confie-t-il dans sa maison où trônent de nombreuses oeuvres d’art. Les années du métier auront permis à sa collection de se garnir de plusieurs oeuvres de qualité. « Il y a des formes d’art qui peuvent provoquer plus, alors que moi, je fais de l’art décoratif. Un tableau, ça se déplace. Mais un vitrail, ça ne bouge pas », ajoute-t-il. 

Pas de retraite 

La retraite n’est guère envisageable pour l’artisan de 63 ans qui obtient la plupart de ses contrats grâce au bouche-à-oreille qui s’opère. Celui-ci espère plutôt consacrer son temps à sauver le patrimoine alors qu’il est d’avis que certaines oeuvres méritent d’être restaurées et conservées. Aujourd’hui et pour les années à venir, il a dorénavant le luxe de choisir ses projets.

Faisant abstraction des croyances religieuses, force est d’admettre que le travail d’Harold Bouchard est un réel travail de moine.