Les scieries indépendantes sont aux prises avec des surplus de copeaux qui font baisser les prix. Celles-ci n’ont d’autre choix que de ronger leur frein en espérant la relance de l’usine de pâte Kraft en Abitibi.

Les scieurs rongent leur frein

Les producteurs indépendants de copeaux rongent leur frein alors qu’ils sont victimes de la politique de réduction des prix par les papetières, avec en tête de liste Produits forestiers Résolu (PFR) qui a imposé une réduction de 30 $ la tonne au cours de la dernière année.

Les scieurs indépendants évitent cependant de croiser le fer sur la place publique avec Résolu ou les autres entreprises de pâtes et papiers, de peur de se faire placer sur la liste noire des fournisseurs. Ils n’ont d’autre choix pour le moment que de se plier à la loi du marché imposée par le géant mondial du papier journal.

Selon le directeur général de l’Association des producteurs de copeaux du Québec, l’ingénieur forestier Pierre Marineau, il faut faire la différence entre la disponibilité des copeaux et les problèmes de transport qui frappent toute l’industrie du sciage au Québec. Le prix des copeaux est passé de 100 $ la tonne dans la cour de l’usine en 2015 à 50 $ la tonne en ce moment.

« Pour le moment, le prix du bois de sciage est historiquement bon aux États-Unis. Ce qui diminue l’impact de la baisse des prix pour les copeaux dans les usines de sciage. Mais cette situation n’est pas tenable à long terme, car lorsque le prix du bois d’œuvre va baisser, les scieurs vont vouloir compter sur les revenus des résidus pour maintenir leur rentabilité », explique le directeur général.

Le surplus des inventaires de copeaux a débuté en 2017 quand PFR a mis un terme aux contrats de Barrette-Chapais ainsi que celui de la scierie Petit Paris au moment où la coopérative a racheté la part de Résolu dans l’usine. « Résolu croyait être en mesure de compléter l’année, mais a finalement manqué de copeaux. Au moment où ils ont voulu acheter des copeaux chez Barrette-Chapais, il n’y avait plus de transporteur. Toute l’industrie du sciage au Québec doit composer aujourd’hui avec le problème du transport. »

La baisse du prix offert aux scieurs indépendants a débuté il y a un peu plus d’un an. Pierre Marineau indique, sans évoquer de prix, que Résolu a vu venir la surtaxe sur le papier journal et en a refilé une bonne partie à ses fournisseurs de copeaux. Kruger a également approché les scieurs afin de revoir le prix des copeaux pour compenser la surtaxe américaine sur les exportations. « Nous sommes dans un système capitaliste et il est habituel qu’un producteur tente de répartir sur ses fournisseurs une diminution de ses revenus. »

Cette situation confirme, selon le directeur général de l’association, l’importance de trouver de nouveaux marchés pour les résidus des scieries. Le problème pourrait très bien perdurer à court et moyen terme alors qu’il risque d’y avoir des fermetures de machine à papier en raison de la baisse de la demande. La fermeture d’une machine libère facilement pas moins de 100 000 tonnes métriques de copeaux par année.

« Boralex a confirmé qu’elle déménageait au Québec son usine pilote de biocarburant qui est en ce moment en Nouvelle-Écosse. Elle a l’intention de développer des usines de biocarburant que des scieurs de dimension modeste pourraient envisager et ainsi trouver un marché local pour les copeaux. Une telle usine n’est pas exclue pour le territoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean », ajoute Pierre Marineau.

L’association n’est pas en mesure de préciser l’impact précis de cette réduction draconienne du prix des copeaux pour les entreprises de sciage puisque les coûts de production et l’efficacité des scieries diffèrent d’une entreprise à l’autre, mais il est assuré que les profits vont diminuer.

Le Québec aura une bonne idée de la production de biocarburant à partir des résidus forestiers. L’usine de Port-Cartier devrait entrer en production au cours des prochains mois. Elle transformera 140 000 tonnes de résidus en 40 millions de litres de biocarburant pouvant alimenter les équipements lourds.

Encore loin de la coupe aux lèvres

Le gouvernement du Québec a entre les mains toute l’information pertinente qui permettrait à l’entreprise Chantiers Chibougamau de relancer l’usine de pâte Kraft de Lebel-sur-Quévillon sauvée de la casse par la famille Fillion de Chantiers Chibougamau.

Les scieurs indépendants interrogés par Le Quotidien sont impatients de connaître l’avenir de cette usine qui permettra d’écouler 600 000 tonnes métriques de copeaux et briser d’une certaine façon le contrôle exercé par Résolu sur la pression à la baisse du prix des copeaux.

« On est encore loin de la coupe aux lèvres », s’est empressé de dire Frédéric Verreault, responsable des communications pour Chantiers Chibougamau. L’entreprise a effectivement acheté l’usine en 2017 de la société Nexolia qui voulait la démolir et la vendre pour le prix du métal, mais aucun investissement n’a été réalisé depuis.

« Chantiers Chibougamau a pris des mesures pour sécuriser les bâtiments et les équipements de production. Nous voulions éviter la démolition de cette usine », reprend Frédéric Verreault qui est demeuré muet sur le prix d’achat. Les entreprises Domtar et Fortress Paper ont tenté sans succès d’exploiter cette usine.

« Nous sommes convaincus que cette usine de pâte Kraft peut avoir une importance stratégique pour l’économie québécoise. La demande pour ce produit est stable en raison de l’augmentation de la consommation de papier hygiénique dans toute la zone de l’Asie et la croissance de la demande de carton destiné à l’emballage pour le commerce au détail. La mise en production de l’usine n’aurait pas d’impact pour les autres producteurs et nous avons transmis au gouvernement, ce qui doit être fait pour que l’on envisage de reprendre la production », poursuit le porte-parole de l’entreprise.

Pour le moment, Chantiers Chibougamau garde le silence sur les investissements nécessaires pour reprendre les opérations.