Michel Laforest, vice-président développement des affaires, et Martin Laforge, directeur des ventes chez Waste Robotics

Les sacs «plus économiques»

À partir de 2022, les matières organiques seront bannies des sites d’enfouissement du Québec. D’ici là, les villes de la province doivent mettre en place un mode de collecte qui permettra de récupérer ces déchets, pour ensuite les valoriser. En plus de prolonger la durée de vie des lieux d’enfouissement technique (LET), la récupération des matières organiques favorisera la réduction d’émission de gaz à effet de serre. Les citoyens de Saguenay génèrent, annuellement, 26 000 tonnes de matières organiques. Deux options sont à l’étude par la Ville, qui tient une consultation publique jusqu’au 26 mars. La première est celle de l’implantation d’un bac brun - en ajout au bac de poubelles vert -, lequel accueillerait les matières organiques seulement. La seconde est celle du sac. Les citoyens y déposeraient notamment rognures de fruits et légumes et restes de table, avant de les placer dans le bac vert. L’entreprise Waste Robotics a développé un système de récupération robotisée des matières organiques mises en sac. Le Quotidien a rencontré deux de ses représentants pour en apprendre davantage sur cette technologie 100 pour cent québécoise, tout récemment implantée dans la ville de Delano, au Minnesota.

Pour Michel Laforest, un Almatois d’origine qui possède plusieurs années d’expérience en développement durable et qui se définit comme un « environnementaliste dans l’âme », ça ne fait aucun doute : les sacs sont la voie du futur. Non seulement cette façon de faire est-elle plus économique, dit-il, elle est aussi beaucoup plus écologique. 

L’automne dernier, Waste Robotics a présenté sa technologie aux représentants de Saguenay. Essentiellement, il s’agit d’un robot de 60 pieds de long qui permet, grâce à une arche de vision intelligente et à une pince d’extraction robotisée, de trier les déchets à partir d’un convoyeur (les matières organiques sont préalablement déposées dans un sac de couleur fourni par la Ville, que les citoyens placent dans leurs bacs à déchets). Au centre de transfert intelligent, un robot extrait les sacs organiques pour les acheminer à la valorisation (compostage ou biométhanisation). Les autres déchets s’en vont à l’enfouissement. Il existe deux types de sacs pouvant être utilisés : le compostable, fait à partir d’amidon de maïs, et le 100 pour cent recyclable. Le choix du sac se fait à la discrétion des autorités municipales.

« C’est certain qu’on sort les gens de leur zone de confort et notre technologie implique un changement dans les habitudes. Il faut prendre le temps de l’expliquer. Les gens de Saguenay nous ont bien écoutés quand on leur a fait une présentation. Maintenant, c’est au tour des citoyens d’en apprendre un peu plus sur notre technologie », met en relief le vice-président au développement des affaires. Lors de l’entrevue, Michel Laforest était accompagné du directeur des ventes, Martin Laforge.

Les deux hommes sont convaincus que la solution qu’ils ont à offrir comporte une panoplie d’avantages. L’acquisition du robot nécessiterait certes un investissement non négligeable de la part de Saguenay. Chaque unité robotisée coûte, en moyenne, 1 million $, et Waste Robotics estime qu’il en faudrait deux dans la capitale régionale. Cela dit, la Ville n’aurait pas besoin de dépenser cinq millions $ pour acheter 71 000 bacs bruns. « Il y aurait une économie d’environ 60 $ par porte générée par l’absence d’une collecte des bacs bruns. Il y aurait aussi une réduction de la circulation des camions de déchets et une diminution des gaz à effet de serre. Les économies seraient donc importantes et récurrentes pour la municipalité », plaide Michel Laforest. Les coûts de main-d’œuvre seraient aussi réduits.

Celui qui a fondé Waste Robotics avec cinq ingénieurs québécois issus de divers domaines estime que le mode de collecte des sacs avec tri robotisé révolutionnera le monde des matières résiduelles. « Pour moi, c’est une évidence. Quand vous allez à l’épicerie et que vous mettez vos tomates dans un sac, vous ne rentrez pas chez vous pour y retourner tout de suite après pour acheter votre pinte de lait et la mettre dans un autre sac. Pourquoi on ramasserait ça séparément ? », relève Michel Laforest, qui a l’impression de travailler au développement d’un équipement « vraiment utile ». 

En plus de générer des économies récurrentes pour les villes, la collecte sélective sans bacs bruns représente, selon Waste Robotics, une solution adéquate pour les immeubles à logements.

La compagnie québécoise Waste Robotics a développé un système robotisé capable de trier 10 tonnes de déchets à l’heure. La compagnie fondée en 2016 a implanté un premier robot au Minnesota et a récemment rencontré des représentants de Saguenay pour présenter sa technologie basée sur l’utilisation de sacs destinés aux matières organiques. Ceux-ci sont ensuite déposés directement dans le bac à ordures vert.
Michel Laforest, vice-président développement des affaires, et Martin Laforge, directeur des ventes chez Waste Robotics, estiment que la technologie de récupération robotisée des matières organiques avec les sacs déposés dans les bacs verts est la meilleure solution pour Saguenay.

+ «Une méthode éprouvée, mais dépassée»

Les dirigeants de Waste Robotics, qui sont en mode séduction dans plusieurs municipalités du Québec et ailleurs dans le monde, estiment que le mode de collecte par l’entremise des bacs bruns a atteint ses limites.

« C’est une méthode éprouvée, mais dépassée. Les études démontrent qu’avec le bac brun, le taux de récupération plafonne généralement à environ 65 pour cent. Dans les pays où le sac a été implanté, ce même taux grimpe au-delà de la barre des 90 pour cent », affirme Michel Laforest.

De surcroît, le cofondateur de la compagnie estime que les bacs bruns, dans lesquels les contribuables déversent eux-mêmes leurs matières putrescibles, présentent généralement un taux de contamination oscillant autour de 15 pour cent. Cette situation survient lorsque d’autres matières y sont insérées. L’objectif poursuivi par Saguenay est de générer un compost de qualité à partir des matières organiques, le tout dans le but de maximiser ses chances de dénicher des marchés preneurs. Martin Laforge signale que les utilisateurs des bacs bruns doivent aussi les nettoyer fréquemment pour éviter la prolifération de vers blancs et autres indésirables. 

« Notre technologie est moins chère, plus performante, plus écologique et présente un meilleur taux de réponse de la part des citoyens qui ont l’impression de s’impliquer réellement dans la récupération des matières organiques », pointe Michel Laforest.

Débat

À Saguenay, certains citoyens ont craint que l’implantation du bac brun ait un impact sur le nombre de collectes de la poubelle verte. Michel Laforest et Martin Laforge ont suivi le débat avec intérêt.

« Les gens ont mis le doigt sur la baisse de services. On sait qu’une pétition a été déposée et ça nous a donné envie de faire valoir notre position là-dessus », note le Jeannois d’origine.

Actuellement, il y a 39 collectes du bac vert (déchets) par année à Saguenay. Selon les données fournies par la Ville, si le choix s’arrête sur le bac brun, celui-ci serait cueilli 39 fois l’an, faisant ainsi baisser le nombre de cueillettes de la poubelle verte à 13 (une fois par mois et une fois pendant les Fêtes). Si la méthode du sac est retenue, les déchets et les matières organiques, placés dans le même bac vert, seraient ramassés à 39 reprises annuellement. À titre informatif, 53 pour cent des matières résiduelles produites à Saguenay sont des résidus organiques. 

RMR

Enfin, Waste Robotics ne perd pas espoir de voir la Régie des matières résiduelles (RMR) du Lac-Saint-Jean revenir sur sa décision d’opter pour les bacs bruns. 

« On a pratiquement reçu une fin de non-recevoir, même si une étude économique et environnementale réalisée par des experts indépendants a démontré que le recours à la technologie de Waste Robotics permettrait des économies récurrentes de 15 pour cent, ce qui représente plus d’un million de dollars par année, en coûts de transport et de collecte. Il faut ajouter à ce montant l’achat initial des bacs bruns », rappelle Michel Laforest. Il indique que l’implantation de la récupération robotisée des matières organiques engendrerait une réduction de 10 pour cent des émissions de gaz à effet de serre au Lac-Saint-Jean.