Dominik Lemieux et Alain Croteau, de la section provinciale, Alexandre Fréchette, représentant des travailleurs de l’Usine Alma, ainsi que Ken Neumann et Mark Rowlinson, directeur et adjoint national, ont fait le point sur la situation de l’aluminium, vendredi matin.

Les Métallos se mobilisent contre l'AEUMC

Les dirigeants nationaux et provinciaux du Syndicat des Métallos s’unissent pour demander aux chefs de partis du gouvernement canadien de se positionner par rapport au nouvel Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC), en demandant aux élus et aux parlementaires de ne pas signer la nouvelle entente tant et aussi longtemps qu’il va être question de tarifs douaniers ou de quotas sur l’aluminium.

Les représentants des Métallos ont invité les médias pour une conférence de presse, vendredi, au bureau du Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma, après avoir rendu visite aux travailleurs de l’usine almatoise. Tous les leaders étaient présents, ce qui représente une première depuis 2012, année du lock-out à l’Usine Rio Tinto Alcan d’Alma, qui avait duré six mois.

Cette sortie arrive à un moment critique pour l’industrie de l’acier et de l’aluminium, alors que des tarifs nuisent à la concrétisation de nouveaux projets.

« Les tarifs imposés sont illégaux et sans justification, a tranché le directeur canadien des Métallos, Ken Neumann. Il est important que les politiciens de tous les partis se tiennent debout et disent non à l’accord de libre-échange. »

Le nouvel AEUMC a été conclu le 30 novembre 2018 entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. La signature de l’accord par les parlementaires canadiens devrait survenir avant la levée de la session parlementaire à Ottawa, en juin.

Conscients que le temps presse, d’autant plus que les élections fédérales du 21 octobre approchent, les dirigeants des Métallos vont demander de rencontrer tous les chefs de partis politiques d’ici les prochaines semaines.

Les leaders syndicats des Métallos ont rencontré des travailleurs de l’aluminerie Rio Tinto d’Alma, vendredi.

« (Le premier ministre) Justin Trudeau est venu visiter notre usine (le 12 mars 2018) et dire à nos travailleurs qu’il allait prendre soin d’eux, mais c’était avant qu’on subisse les contrecoups, a rappelé Alexandre Fréchette, président des Métallos d’Alma. Maintenant, on demande de passer de la parole aux actes. On aime ça quand les gens s’engagent verbalement, mais on veut du concret. On veut voir des actions. C’est ce qu’on veut voir du gouvernement ou des partis d’opposition. Ce n’est pas un mouvement partisan. On veut un front commun. »

L’adjoint de Ken Neumann, Mark Rowlinson, a mentionné que les dirigeants nationaux des Métallos avaient toujours confiance envers Justin Trudeau et le gouvernement libéral. L’approche utilisée doit toutefois être différente, a-t-il nuancé.

« Il y a eu plusieurs campagnes de lobbying dans différents états américains, et ça n‘a pas donné grand-chose, a noté M. Rowlinson. Il y a une personne qu’il faut convaincre, et c’est le président américain Donald Trump. Ce qu’il veut, c’est obtenir une victoire, mais il faut appliquer de la pression. »

Devant le défi des tarifs américains, qui est devenu un enjeu électoral, les Métallos entendent talonner les parlementaires pour leur expliquer la situation de façon claire.

« On va être tannants s’ils ne prennent pas la bonne décision, mais j’ose espérer qu’ils vont prendre la bonne », a souligné Alexandre Fréchette.

« Le Canada doit maintenant se tenir debout pour les travailleurs d’Alma et du reste du Canada », a répété, à quelques reprises, Ken Neumann.

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LE PROJET DES BILLETTES SUR LA GLACE

Le projet du centre de production de billettes d’aluminium à l’Usine d’Alma de Rio Tinto (RT) est sur la glace en raison de l’incertitude entourant le nouvel accord de libre-échange. Ce projet d’expansion représente la création d’une quarantaine d’emplois et des retombées évaluées à 200 M $.

L’incertitude a commencé à planer en mars, quand les dirigeants de la multinationale se sont questionnés en raison des turbulences sur le marché de l’aluminium. Les employés d’Alma ont reçu la confirmation jeudi que le projet était sur la glace.

«L’équipe mobilisée au projet a été redirigée ailleurs, a confirmé le président du Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma, Alexandre Fréchette. Toute l’ingénierie est complétée à l’usine pour mettre le projet en opération, mais il est mis de côté en attendant de voir ce qui va se passer.»

Alexandre Fréchette a convenu que la question des tarifs douaniers provoquait des impacts majeurs sur le marché direct et indirect de l’aluminium. Adjoint au directeur québécois des Métallos, Dominik Lemieux a renchéri en affirmant que l’imposition de quotas d’exportation n’était guère plus encourageante, au contraire.

Le gouvernement du Canada semble vouloir parler d’un échange, dans le sens que les tarifs douaniers seraient remplacés par des quotas, a-t-il soulevé. Dans un cas comme dans l’autre, on ne doit pas accepter ça. Sinon, le projet Alma 2, depuis le temps qu’on en parle, on peut oublier ça. Si l’industrie arrête de croître et qu’on n’améliore pas notre productivité, c’est le début de la fin.»

En mai 2018, les Métallos de l’aluminium d’Alma ont accepté, à la demande de Rio Tinto, d’ouvrir la convention collective venant à échéance en 2020. L’employeur a demandé de la prolonger jusqu’en 2023, ce que les travailleurs ont accepté à 82 pour cent.

Rio Tinto a alors expliqué que cette étape était nécessaire pour aller de l’avant dans le projet d’un centre de billettes, sans toutefois rien promettre. L’incertitude du marché a forcé la compagnie à mettre le pied sur le frein.

«Les travailleurs et la compagnie avaient fait leur bout, a mentionné Alexandre Fréchette. On craignait que ça arrive, et le loup est finalement sorti. On a une voix syndicale pour réagir, mais on connaît une panoplie de PME touchées par des mises à pied ou de la précarité d’emploi provoquées par l’incertitude qui plane sur l’industrie.»

Confirmation

Du côté de RT, la porte-parole, Véronick Lalancette, confirme que le projet de centre de coulée de billettes est sur la glace en raison du contexte économique qui se détériore à l’échelle internationale, mais que l’entreprise demeure bien positionnée en raison de la qualité de ses actifs et de sa stratégie axée sur une production à valeur ajoutée. « Ce projet demeure important pour l’entreprise, mais on doit composer avec des enjeux importants dans un contexte économique défavorable.

L’imposition de tarifs et la baisse du prix de la tonne d’aluminium, dont le prix tournait vendredi autour de 1923 $, liée à la hausse du coût des intrants d’un demi-milliard $, tel que l’avait évoqué Gervais Jacques en début d’année, ont des effets sur les flux de trésorerie.

Rio Tinto confirme qu’elle continue à travailler avec ses clients pour explorer les possibilités d’accroître la capacité de production de produits à valeur ajoutée afin d’être prête à envisager des investissements correspondant aux conditions du marché et à la conjoncture économique.