Les défis de la camerise

Alors que la saison de récolte de la camerise démarre en force, les producteurs travaillent sans relâche pour développer de nouveaux marchés afin de générer de bons revenus, car le prix de gros a chuté comme neige au soleil, au cours des dernières années.

Dans les rangs du verger de Camerise Maguy, à Normandin, les petits fruits à la forme allongée brillent sous le soleil. Agenouillés devant les plants, les cueilleurs profitent de l’essor de ce petit fruit, qui a pris énormément d’ampleur au cours des dernières années. « À cette période de l’année, ma variété préférée est l’Indigo Gem, parce qu’elle est un peu plus sucrée », lance la productrice Guylaine Tremblay, copropriétaire de Camerise Maguy avec son conjoint Martin Marcil.

Alexandre Paradis souhaite développer des marchés de spécialité pour rentabiliser la culture de la camerise.

Même si le fruit est encore méconnu de bien des gens, plus de 700 000 plants ont été mis en terre, au cours de la dernière décennie, dont une très grande quantité dans la région. Lors des premières années de récolte, la rareté a fait gonfler les prix et les producteurs ont été nombreux à se lancer dans la culture de ce fruit émergent. « En 2015, on m’avait dit que je pourrais rembourser mes investissements en 7 ans, mais je pense que ça va me prendre au moins 100 ans », souligne Guylaine Tremblay.

En 2015, lorsque cette dernière a planté 9154 plants de camerises, le petit fruit se vendait à près de 12 dollars la livre, alors que l’an dernier, elle n’a reçu que 1,50 $ pour la même quantité auprès des acheteurs en gros. « J’ai l’impression de faire rire de moi », dit-elle.

Pour réussir à rentabiliser sa plantation, cette dernière mise sur l’autocueillette et sur la vente à un revendeur, ce qui lui permet de tirer environ 6 dollars la livre.

La chute des prix est si drastique que certains producteurs choisissent carrément d’arracher les plants pour les vendre à l’unité comme l’a fait un producteur de Sainte-Jeanne-d’Arc récemment.

Mais pourquoi les prix ont-ils chuté ainsi? Avec l’augmentation du volume, les producteurs doivent trouver de nouveaux débouchés. Et pour convaincre de gros transformateurs d’inclure la camerise dans leurs recettes, il faut leur fournir de très grandes quantités... à petit prix.

Malgré les défis qui s’imposent, des producteurs comme Alexandre Paradis voient tout de même l’avenir d’un bon œil. Le propriétaire du Verger du Paradis, sur le rang Simple à Saint-Félicien, cherche à créer le maximum de valeur avec les camerises récoltées sur ses 6000 plants en créant des circuits courts. Comme plusieurs producteurs, il mise sur l’autocueillette, mais il travaille aussi étroitement avec des restaurateurs et des crèmeries régionales pour qu’ils développent le réflexe d’utiliser la camerise.

De jeunes cueilleurs à l’oeuvre.

« J’ai envoyé des pots de camerises à différents endroits pour que les gens fassent des tests », dit-il, espérant développer de nouveaux marchés. L’idée est toujours de tirer le maximum de valeur des petits fruits, mais à la fin de la saison, il compte utiliser une récolteuse pour ramasser ce qui reste pour le vendre à l’usine de congélation. « L’an dernier, on a reçu une avance de 0,40 $/livre et on attend encore le reste », note le producteur qui espère voir le prix bondir un peu cette année avec la baisse des inventaires dans les usines.

Alexandre Paradis croit que le fruit gagne à être connu par les consommateurs. « Même les gens qui n’ont pas aimé la camerise lorsqu’ils y ont goûté pour la première fois devraient essayer à nouveau, parce que les nouvelles variétés sont beaucoup plus sucrées et appréciées du grand public », dit-il.

La grande vedette de la camerise, c’est le cultivar Aurora, qui sera prêt dans environ deux semaines, mais qui sera à son meilleur vers la fin juillet, estime le producteur.

Selon Alexandre Paradis, les producteurs de camerises n’auront pas le choix d’améliorer les rendements pour demeurer rentables, au cours des prochaines années, en misant notamment sur la coupe, le désherbage et la fertilisation.