Imperial Tobacco Canada demande au gouvernement Trudeau de faire preuve de cohérence quant aux règles qui seront imposées pour la marijuana et celles déjà en vigueur pour les produits du tabac.

L'équité entre marijuana et tabac, demande Imperial Tobacco

Alors que le Canada s’apprête à légaliser la marijuana, le président et chef de la direction du cigarettier Imperial Tobacco Canada, Jorge Arraya, demande au gouvernement Trudeau de faire preuve de cohérence quant aux règles qui seront imposées pour la marijuana et celles déjà en vigueur pour les produits du tabac.

«Nous comprenons que ce sont deux industries différentes, mais nous voulons que les mêmes principes qui seront appliqués à la marijuana soient aussi appliqués au tabac. Les règles devront être similaires, pas exactement les mêmes, mais similaires», a déclaré jeudi M. Arraya en entretien téléphonique avec Le Soleil.

Taxes

Au premier rang des préoccupations du cigarettier, les taxes qui représentent 70% du coût du produit dans certaines provinces. «Nous saluons l’approche du gouvernement fédéral de vouloir garder le taux de taxation assez bas sur la marijuana pour éliminer le marché noir. Mais il ne faut pas oublier non plus que le marché noir représente aussi 25% des ventes de tabac», explique-t-il.


Nous comprenons que ce sont deux industries différentes, mais nous voulons que les mêmes principes qui seront appliqués à la marijuana soient aussi appliqués au tabac. Les règles devront être similaires, pas exactement les mêmes, mais similaires.
Jorge Arraya, président et chef de la direction d'Imperial Tobacco Canada

Ne souhaitant pas dicter au gouvernement ce que serait un taux de taxation idéal, M. Arraya indique toutefois que 50% semble déjà plus raisonnable. «Ce n’est pas un but à atteindre, mais il faut éviter les hausses jusqu’à 70%. À 100 $ pour une cartouche de cigarettes alors qu’on peut en avoir la même quantité pour 15 $ sur le marché noir, on finance carrément le crime organisé. Il faudrait être plus modérés, éviter de donner un choc au marché», poursuit-il.

Emballage

M. Arraya en a aussi contre les lois imposant un emballage neutre et celles interdisant les produits du tabac aromatisés. «Retirer complètement l’aspect de la marque, nous pensons que c’est illégal et que c’est exagéré et inefficace», plaide-t-il, avançant que le gouvernement australien a noté une hausse de la consommation du tabac même si les emballages y sont neutres depuis quatre ans.

D’autant plus, comme l’indique Jorge Arraya, que le gouvernement fédéral n’a mentionné aucune standardisation des produits de la marijuana et qu’il a laissé entendre qu’il accepterait un certain niveau de mise de l’avant de la marque une fois la légalisation adoptée.

Même son de cloche concernant les produits aromatisés, qui sont interdits d’un océan à l’autre depuis le 1er octobre alors que le gouvernement a déjà mentionné qu’il serait possible de permettre les produits comestibles et la marijuana aromatisée.

«L’interdiction fédérale des cigarettes au menthol a sonné la fin de la vente de ces cigarettes au Manitoba, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique, les trois dernières provinces qui n’avaient pas encore légiféré pour les interdire. Tout ce que cela a apporté, c’est une augmentation de la vente illégale de cigarettes au menthol», conclut M. Arraya.

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Pas prête à se lancer dans le marché... pour l'instant

Imperial Tobacco Canada n’est pas intéressée pour l’instant à plonger dans le marché de la marijuana une fois que le produit sera légal au pays. 

«Il ne faut jamais dire jamais», précise cependant le président et chef de la direction de la division canadienne de la multinationale du tabac, Jorge Arraya. «Mais pour l’instant, nous ne sommes absolument pas intéressés au marché de la marijuana.»

M. Arraya avoue toutefois que la compagnie surveille ce qui se passe non seulement au Canada, mais aussi dans certains États américains et dans d’autres pays qui optent pour la légalisation de la marijuana. 

«Nous en avons encore beaucoup à apprendre et à comprendre à propos de ce produit qui est illégal depuis des décennies et nous ne nous voyons pas dans cette industrie à moyen ou long terme», poursuit-il.

Cigarette électronique

L’homme d’affaires estime que l’avenir d’Imperial Tobacco se situe plutôt du côté de la cigarette électronique et des produits du tabac non combustibles. «Le tabac que l’on chauffe plutôt que le brûler, nous en avons déjà en Colombie-Britannique, mais en vertu de la loi en vigueur, nous ne pouvons communiquer avec les consommateurs à propos de ce produit», indique-t-il.

Quant à la cigarette électronique, dont de nombreux commerces assurent la distribution et dont on trouverait déjà 1,5 million de consommateurs au pays, sa vente devient carrément illégale partout au Canada si elle contient un liquide avec de la nicotine.

«Nous attendons que ça devienne légal au Canada pour lancer nos produits de cigarettes électroniques. Nous avons vraiment l’impression que ce sont des produits à risque réduit et nous avons des analyses scientifiques indépendantes qui soutiennent cette théorie», indique M. Arraya, qui prétend que la cigarette électronique et les produits du tabac non combustibles seraient jusqu’à 90% moins toxiques que les produits du tabac traditionnels.