Le fait de permettre les magasins à grande surface de pouvoir vendre des biens non essentiels en temps de crise de la COVID-19 déplaît aux petits commerçants qui doivent conjuguer avec des règles sévères dans la lutte à la pandémie qui sévit.
Le fait de permettre les magasins à grande surface de pouvoir vendre des biens non essentiels en temps de crise de la COVID-19 déplaît aux petits commerçants qui doivent conjuguer avec des règles sévères dans la lutte à la pandémie qui sévit.

Legault penche pour les consommateurs plutôt que les commerçants

Plusieurs petites et moyennes entreprises réclament depuis quelques jours la fermeture des rangées de produits non essentiels dans les magasins à grande surface, criant à la concurrence déloyale. Mais le premier ministre préfère pencher « du côté du consommateur » que du côté des petites entreprises québécoises.

« Ce n’est pas juste, ça ne paraît pas juste pour les petits commerçants. Mais en même temps, les Québécois, quand ils vont chercher de la nourriture, c’est utile pour eux de prendre d’autres éléments qui peuvent être utiles, mais non essentiels. C’est la balance des inconvénients. Il y a un inconvénient pour les petits commerçants. Mais il y aurait un inconvénient pour les Québécois de fermer ces départements dans les grandes surfaces. Je penche donc du côté des Québécois, des consommateurs », a affirmé le premier ministre, lundi, à l’issue de son point de presse quotidien.

Une sortie qui a surpris et choqué plusieurs entrepreneurs. « C’est fou ! D’un côté, ils veulent encourager les commerçants d’ici et de l’autre, ils disent cela. On a l’impression que le gouvernement parle des deux côtés de la bouche », exprime la copropriétaire de la Galerie du Jouet, Audrey Tremblay, invitée à se prononcer sur la réponse du premier ministre. « Moi, tous mes concurrents sont ouverts en ce moment. Et je dois rester fermé. Je comprends et je suis une bonne élève sur les règles du gouvernement. Je sens toutefois que c’est injuste », a-t-elle poursuivi.

« J’aurais aimé entendre une autre réponse de la part de notre premier ministre. Je suis très surprise de sa réaction et son discours n’est pas conséquent. Si c’est la santé sa priorité, comme il l’a dit depuis le début, il devrait fermer ces départements, ça ne devrait même pas être une question. Mais en plus de favoriser la circulation de gens dans ces grandes surfaces, qui touchent à plein de produits non essentiels, c’est injuste pour toutes les PME qui, elles, font des efforts pour aplanir la courbe. C’est complètement injuste », a plaidé Louise Gravel, propriétaire de Encreco, une entreprise spécialisée en fournitures de bureau et de matériel informatique.

« Je vends en ligne, je vais m’en sortir. Mais je pense à toutes les entreprises, comme celles en décoration et matériaux, qui ne peuvent ouvrir. Pendant ce temps-là, les gens achètent leurs produits de rénovation dans les grandes surfaces et quand ça sera le temps de rouvrir, les gens auront fait leurs rénovations. Si tout est fermé de manière équitable, au moins, ça laisse les mêmes chances à tous les commerçants. Il faut arrêter que ces grandes surfaces décident de tout. C’est à cause d’elles qu’on a été obligé d’ouvrir les dimanches et sans doute que là, avec la décision du gouvernement de laisser ouvertes toutes les sections, elles auront encore gagné, et ce, au détriment des entreprises d’ici », a-t-elle ajouté.

À la Galerie du Jouet, on a également mis l’accent sur le commerce en ligne. Le site Internet sera mis en jour cette semaine, en présentant près de 40 000 jeux et jouets. Mais les forces de l’ordre ont restreint les activités de l’entreprise régionale. Seulement trois personnes peuvent travailler dans le bâtiment de 9000 pieds carrés pour répondre aux demandes en ligne.

« On a reçu la visite de la police, vendredi dernier, parce qu’il y avait trop de voitures dans notre stationnement. Nos employés se consacrent à la vente en ligne, mais nous avons dû limiter le nombre de travailleurs à trois personnes sous peine d’amende. Même si vous comprendrez que dans un bâtiment aussi grand, personne ne se trouve à moins de deux mètres l’une de l’autre. Est-ce que les grands entrepôts de commerce en ligne n’ont que deux ou trois travailleurs en même temps ? J’en doute », a laissé tomber Audrey Tremblay.

Propriétaire de Meubles Gilles Emond, François Emond a bien hâte au 4 mai pour rouvrir son commerce situé à Saint-Coeur-de-Marie. Parce que même s’il vend en ligne, une salle d’exposition aide à la vente. Des salles d’exposition qui sont actuellement ouvertes dans plusieurs grandes surfaces.

« En effet, on voit des électroménagers ou meubles dans les grandes surfaces. Est-ce que le gouvernement pourrait faire quelque chose ? Je ne sais pas. Mais je dois dire qu’on a hâte que ça reprenne. On souhaite que le 4 mai soit la bonne », a indiqué le propriétaire du commerce de meubles.

Parti québécois

Le Parti québécois (PQ) a joint sa voix à celle des entreprises, lundi, en exigeant aussi la fermeture de certaines sections des magasins à grande surface.

« Dans les derniers jours, j’ai été sensibilisé par des commerçants locaux sur cet enjeu. Alors qu’eux doivent fermer, les grandes surfaces peuvent vendre différents produits, comme de la peinture, de la décoration, des électroménagers. Mais les commerces d’ici qui vendent les mêmes biens ne peuvent pas le faire, donc il y a là une concurrence déloyale », pointe Sylvain Gaudreault, député de Jonquière.

« Le Québec est sur pause jusqu’au 4 mai prochain. Nous devons donc tous réduire nos déplacements et nos activités à leur strict minimum. Pourtant, certains commerces à grande surface permettent à leurs clients de magasiner chemises, bijoux, consoles de jeux vidéo. Cette situation déplorable y génère un achalandage superflu, mettant inutilement à risque la santé des employés et des clients venus se procurer des biens essentiels. Pour notre bien à tous, il faut que ça cesse immédiatement », a affirmé Pascal Bérubé, chef parlementaire du Parti québécois.

Invité à réagir aux propos du premier ministre, le directeur général de Promotion Saguenay, Patrick Bérubé, s’est dit étonné. L’organisation, rappelons-le, travaille à l’heure actuelle sur plusieurs solutions afin d’amoindrir les impacts de la crise chez les plus petites entreprises de la Ville.

« C’est étonnant comme réaction. Car ça va à l’encontre de son discours depuis le début. C’est contradictoire de permettre à des bannières de continuer d’opérer des départements qui n’ont rien à voir avec le commerce essentiel. »