Guillaume Lavoie croit que l’économie collaborative représente un potentiel important pour une multitude d’usages.

L’économie de partage fait sa place

Décriée par certains comme étant du capitalisme sauvage, vantée par d’autres comme étant une solution productive à la sous-utilisation des ressources, l’économie de partage est un phénomène en train de s’implanter au Québec de façon durable. Et les gouvernements devront adapter la réglementation à cette nouvelle réalité.

Présent à Chicoutimi pour dispenser un cours intensif, le Jonquiérois Guillaume Lavoie, chargé de cours à l’École nationale d’administration publique (ÉNAP), membre de la Chaire Raoul-Dandurand et ex-conseiller municipal de Montréal, voit dans l’économie de partage une nouvelle solution à la sous-utilisation des ressources.

Pour les non-initiés, l’économie de partage se définit comme étant l’utilisation de la capacité excédentaire d’un bien ou d’une ressource par-delà son utilisation usuelle, de manière à faire plus avec ce qui existe déjà. La capacité d’accès simplifiée à ce bien ou à cette expertise, sans devoir en être propriétaire ou l’employeur, est basée sur son usage plutôt que sa propriété.

Uber et Airbnb, entre autres, sont des exemples de nouvelles entreprises nées en économie de partage.

En entrevue, M. Lavoie affirme que le Québec continue d’avoir du retard important dans l’adoption d’un nouveau cadre réglementaire sur l’économie de partage malgré le fait que le nouveau gouvernement caquiste ait décidé de déposer le projet de loi 17 sur la modernisation de l’industrie du taxi et de réglementer le secteur de l’hébergement, selon les recommandations déposées dans le Rappport du groupe de travail sur l’économie collaborative qu’il a cosigné en juin 2018.

« Il faut laisser le temps au gouvernement. Ils ont agi sur le transport et l’hébergement. Il y a un paquet d’enjeux reliés à l’économie collaborative qui sont bien plus grands qu’Uber et Airbnb. Les deux sont gigantesques, mais ils ne sont pas que la pointe de l’iceberg et des enjeux du gouvernement. L’approche du gouvernement est équilibrée et moderne. C’est un virage qu’on doit prendre », affirme-t-il.

Concernant l’industrie du taxi, M. Lavoie est conscient que les propriétaires de permis ont vu leur contexte de travail bouleverser tandis que les chauffeurs continueront de remplir les contrats de transport adapté, taxi-bus scolaires, des sociétés de transport public. « Pour faire le virage, on doit reconnaître le principe de légitimité des compensations des détenteurs de permis», dit-il.

En ce qui a trait à l’enveloppe de 800 M$ en compensations annoncée par Québec aux détenteurs de permis, M. Lavoie croit qu’il devrait incomber à Revenu Québec le soin de déterminer les sommes à attribuer, selon la conformité fiscale des chauffeurs et leur déclaration de revenus. «Des joueurs qui n’ont pas toujours déclaré leurs véritables revenus n’ont pas à être compensés en surplus avec l’argent des contribuables », lance Guillaume Lavoie.

Municipalité

L’instauration d’une économie de partage interpellera de plus en plus les municipalités, selon M. Lavoie, en citant l’exemple du zonage des aires de stationnement publiques ou privées.

À titre d’exemple, M. Lavoie mentionne que dans un contexte d’économie de partage, des propriétaires de résidences situées près d’un hôpital veulent mettre en location leur stationnement privé aux usagers de l’hôpital pendant qu’ils sont au travail. Une telle mesure pourrait être susceptible d’éviter des investissements pour l’agrandissement des stationnements des hôpitaux.

Transport en commun

Selon lui, le transport en commun des personnes offre des opportunités pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean, une région vaste et très peu dense, où les autobus de la Société de transport du Saguenay (STS) roulent à 100 $ de l’heure avec peu de passagers à bord. Dans une économie de partage, il serait possible d’offrir des circuits de mobilité et d’intégrer un service de taxi là où les autobus ne se rendent pas. Plusieurs villes aux États-Unis ont mis sur pied un tel système, selon M. Lavoie.

Selon lui, le secteur du transport représente un potentiel important étant donné qu’au Québec, 25 millions de sièges d’automobiles sont laissés vides quotidiennement, offrant une mine importante pour organiser du covoiturage.