Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, 19 000 emplois ont été perdus depuis le mois de février, en raison de la crise sanitaire et économique.
Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, 19 000 emplois ont été perdus depuis le mois de février, en raison de la crise sanitaire et économique.

Le taux de chômage le plus élevé du Québec au Saguenay-Lac-Saint-Jean

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean présente actuellement le taux de chômage le plus élevé au Québec. Il a atteint 16,1 % en mai, un bond de 9,9 % depuis février. Au total, 19 000 emplois ont été perdus dans la région depuis le début des crises sanitaire et économique.

Le taux de chômage a atteint un niveau inégalé dans la région depuis plusieurs années, après avoir connu un creux historique à 5,5 % en 2019. La région se trouvait néanmoins à ce moment au troisième rang, de pair avec le Bas-Saint-Laurent et la Mauricie, des régions administratives affichant le plus haut taux de chômage au Québec.

À 16,1 % en mai, selon les données de l’Institut de la statistique du Québec, via Statistique Canada, le Saguenay–Lac-Saint-Jean prend maintenant les devants sur la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, qui affiche un taux de chômage de 15,6 % en mai, selon les plus récentes données de l’emploi publiées il y a une semaine.

Laval (14,2 %), Lanaudière (14,1 %) et les Laurentides (14 %) suivent, alors qu’une seule région, Chaudière-Appalaches, affiche un taux sous la barre des 10 % en mai.

Avec un bond de 9,9 %, le Saguenay–Lac-Saint-Jean présente la troisième plus importante augmentation depuis février, avec la Montérégie.

À l’échelle de la province, rappelons que le taux de chômage a atteint 12,9 % en mai, alors qu’il se situait à 4,9 % avant la crise, en février.

À analyser avec précaution

Il faut toutefois interpréter ces données avec précaution, prévient Joëlle Noreau, économiste principale au Mouvement Desjardins. Les données mensuelles du taux de chômage, ici désaisonnalisées, représentent en fait des moyennes mobiles des trois derniers mois, ce qui explique une augmentation des taux de chômage en mai, malgré le début de la reprise des activités dans la province.

« S’il y a eu un relèvement graduel en mai, et on estime qu’il y a dû en avoir un, notamment du côté des chantiers de construction […], on ne l’a pas capté encore », a-t-elle précisé, ajoutant que les données du mois de juin permettront de fournir une première évaluation, bien qu’il demeure « extrêmement difficile de travailler les données régionales ».

Il faudra donc encore attendre des mois, voire davantage, pour évaluer plus précisément les impacts de la crise en raison du peu de données actuellement disponibles. La valeur des investissements et les dépenses des ménages permettront notamment, dans la prochaine année, de jeter un autre regard sur la crise, indique Mme Noreau.

19 000 emplois perdus

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, de février à mai, 19 000 emplois ont été perdus, passant de 128 400 à 109 400 emplois, toujours selon des données mensuelles désaisonnalisées publiées sous forme de moyennes mobiles de trois mois.

L’emploi a ainsi diminué de 14,80 % dans la région, tandis qu’à l’échelle provinciale, une baisse de 12,34 % est observée pour la même période.

Plus précisément, la baisse de l’emploi à temps plein est estimée à 10 600 dans la région et à 8400 pour les emplois à temps partiel.

Comme ailleurs dans la province et au pays, le secteur des services, de la production de biens, les services d’hébergement et de restauration, le commerce de gros et de détail ainsi que le domaine de la fabrication ont été les plus touchés par la crise.

Une économie manufacturière tournée vers l’exportation

L’économie du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui est tournée vers l’exportation, expliquerait notamment l’impact plus important de la crise observée dans la région au chapitre des indicateurs de l’emploi.

« La baisse de la demande internationale et la baisse de tonus de l’économie mondiale ont joué à la fois sur l’activité primaire et l’activité secondaire », mentionne Joëlle Noreau. Le secteur manufacturier, de même que l’exploitation des ressources naturelles, deux secteurs importants dans la région, souffrent ainsi directement des impacts de la crise mondiale.

Dans le secteur manufacturier, 62 % de la production régionale est exportée à l’extérieur du Québec et du Canada, selon les dernières données de l’Institut de la statistique du Québec datant de 2017. À l’échelle provinciale, cette proportion atteignait 38 %.

« C’est parmi les régions qui exportent le plus à l’extérieur du Québec et du Canada », rappelle l’économiste.

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MISER SUR LE NUMÉRIQUE

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean doit diversifier son économie en misant sur l’industrie numérique, afin de devenir moins dépendant des fluctuations de l’économie mondiale, estime Joëlle Noreau, économiste principale au Mouvement Desjardins. 

« Le défi de s’affranchir et de se diversifier demeure, COVID ou pas », expose-t-elle. La région doit tirer profit de la crise afin de miser sur la connectivité et l’économie numérique, en accélérant les efforts déployés dans les dernières années.

« On a vu qu’on était capable de travailler à distance, de répondre aux questions des clients à distance. Donc, là il y a une accélération à faire pour justement resserrer ce contexte, puis être capable d’avoir une offre qui dépend de celle du Saguenay–Lac-Saint-Jean », souligne-t-elle, en donnant l’exemple de services professionnels et informatiques qui peuvent offrir leur expertise à l’extérieur de la région.

Tout repose alors sur un service de qualité afin de se démarquer et développer une offre de services plus vaste grâce aux possibilités offertes par la connectivité, souligne l’économiste. 

La formation joue un rôle clé dans ce contexte afin d’outiller les entreprises et la main-d’oeuvre. Différents programmes ont été mis sur pied dans les dernières années pour soutenir le développement numérique et les entreprises doivent profiter de ces opportunités, ajoute-t-elle. 

Joëlle Noreau rappelle l’importance des campagnes d’achat local et souligne par ailleurs le dynamisme de la communauté d’affaires au Saguenay–Lac-Saint-Jean ainsi que la fierté reconnue des Bleuets, des atouts qui peuvent servir le développement de la région à l’extérieur de ses frontières.

Des signes encourageants

Même si l’avenir demeure difficile à évaluer dans le contexte de la pandémie mondiale, l’économiste relève certains signes encourageants à court terme pour l’économie manufacturière et primaire du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Le prix de l’aluminium, qui a connu sa chute la plus brutale depuis la crise économique mondiale de 2009, a entrepris une lente remontée depuis la mi-mai, pour se situer actuellement aux environs de 1600 $ constants la tonne, un prix semblable au printemps 2016. Une remontée est également observée pour le prix du bois alors que le marché de la construction résidentielle demeure vigoureux, souligne Mme Noreau.

Il faudra toutefois attendre « plusieurs trimestres et possiblement plus d’une année », cependant, pour que l’ensemble du marché du travail au Québec retrouve son effervescence qui précédait la crise, alors que la reprise dépendra de nombreux facteurs.

Dans une perspective de reprise, elle préfère ne pas se prononcer sur le projet d’exportation de gaz naturel de GNL Québec et d’usine de liquéfaction que l’entreprise projette au port de Grande-Anse, à La Baie, disant ne pas connaître suffisamment le projet.

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EN CHIFFRES

Taux de chômage au Saguenay–Lac-Saint-Jean

2018 6,1%

2019 5,5%

2020

Janvier 5,8%

Février 6,2%

Mars 7,5%

Avril 12,8%

Mai 16,1%

Taux de chômage au Québec

2018 5,5%

2019 5,1%

2020

Janvier 5,3%

Février 4,9%

Mars 5,9%

Avril 9,7%

Mai 12,9%

Emplois au Saguenay–Lac-Saint-Jean

2018 124 100

2019 128 200

2020

Janvier 128 700

Février 128 400

Mars 125 200

Avril 116 100

Mai 109 400

Données mensuelles: moyennes mobiles de trois mois (désaisonnalisées)

Source: Institut de la statistique du Québec, Statistique Canada