Raynald Martel a misé sur l’intégration verticale pour créer de la valeur avec le bois.
Raynald Martel a misé sur l’intégration verticale pour créer de la valeur avec le bois.

Le Groupe Martel investit  5 M $ dans la scierie Tremblay et fils

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Confronté à un grave problème de pénurie de main-d’oeuvre, le Groupe Martel a investi 5 millions de dollars pour automatiser plusieurs postes de travail afin de garantir la survie de la scierie Tremblay et fils, à Alma. L’entreprise consolide ainsi ses assises pour l’approvisionnement en bois, son usine de structures de bois et ses deux quincailleries.

« On a fait cet investissement pour régler le problème de main-d’oeuvre, explique Raynald Martel, propriétaire du Groupe Martel, qui regroupe deux scieries, l’entreprise Structures Martel et deux quincailleries à Alma. Avec la COVID-19, cette année, et la pénurie de main-d’oeuvre qui s’aggrave de jour en jour, on n’aurait pas été capables de fonctionner. »

En faisant l’acquisition d’un optimiseur au sciage, d’un classeur et d’une empileuse automatisée, la scierie est passée de 25 à 15 employés pour produire la même quantité de bois, soit plus de 75 000 mètres cubes lorsque les installations fonctionneront à plein régime. Le projet d’investissement a été réalisé avec la participation d’Investissement Québec et de la Banque Nationale.

Les tâches comme l’empilage et le classement, qui devaient encore être faites à la main, sont désormais réalisées par des robots, ce qui diminue les erreurs. « On a enlevé les décisions humaines de l’équation », soutient l’entrepreneur.

« On était rendus à la croisée des chemins, estime Pierre-Luc Martel, directeur général du Groupe Martel. Le monde du travail change et en 2020, on doit automatiser et robotiser le plus d’opérations possible. Sinon, on va être dans le trouble. »

Les investissements récents ont fait en sorte que les activités de sciage ont été concentrées à la scierie Tremblay et fils. « On a arrêté le sciage à la scierie Martel parce qu’on manquait de main-d’oeuvre », lance Raynald Martel, avant d’ajouter que cette usine fait désormais seulement le rabotage.

Inotech, un manufacturier d’équipement de Normandin, a réalisé le contrat de modernisation de la scierie.

Malgré les prix record du bois d’oeuvre, il n’y aura pas de plan de relance des opérations de sciage tant et aussi longtemps que la main-d’oeuvre se fera aussi rare. « Je cherche un mécanicien depuis des mois pour la scierie Tremblay et je n’ai pas encore trouvé », dit-il, avec inquiétude.

Le Groupe Martel a racheté la faillite de la scierie Tremblay et fils en 2015. « On a décidé d’investir dans la scierie Tremblay, parce qu’il y avait plus d’avantages et que les équipements étaient plus à jour », note Raynald Martel.

Avec l’automatisation au sciage, à l’éboutage, au classement et à l’empilage, l’entrepreneur estime être bien en selle pour l’avenir.

Le manufacturier Inotech de Normandin a été le maître d’oeuvre du projet, avec la participation d’ASP Automatisation de Métabetchouan et Prologic+ de Saint-Georges, en Beauce. « Avant d’acheter quelque chose, je regarde toujours ce qui se fait près de chez nous en premier et j’agrandis le rond tranquillement quand je ne trouve pas », soutient l’homme, qui se définit comme un « fier régionaliste ».

Pour l’instant, une bonne partie du bois du Groupe Martel est séché à l’air, ce qui permet une excellente qualité. Cela prend toutefois beaucoup plus de temps, entre deux semaines et quelques mois, souligne Raynald Martel, qui songe à investir dans un séchoir. Le sapin, qui prend plus de temps à sécher que l’épinette, est parfois vendu vert ou séché aux installations de la scierie Lac-Saint-Jean.

La force du groupe

Étant donné que le Groupe Martel possède l’usine Structures Martel, laquelle fabrique des fermes de toit, des poutrelles et des murs préfabriqués, et deux quincailleries (BMR et Potvin et Bouchard à Alma), il est en mesure de créer des synergies entre ses différentes filiales. « Tout ce que je produis, je le vends en premier lieu à mes filiales », note Raynald Martel, qui assure ainsi un strict contrôle sur la qualité de ses produits.

Environ 30 % du bois scié est valorisé dans les filiales. Même si les produits sont vendus au prix du marché, les filiales peuvent tout de même profiter du prix offert aux grossistes, évitant ainsi de payer des frais de courtage, ce qui augmente la rentabilité des opérations.

Les prix records risquent de chuter d’un coup

Bien que les prix records actuels réjouissent Raynald Martel, l’homme d’expérience ne se fait pas d’illusion. Le prix risque de tomber d’un coup, lorsque les gros joueurs auront inondé le marché, estime-t-il. « Les prix sont toujours en dents de scie et il faut avoir la couenne épaisse, parce que les montagnes russes sont rough. »

Heureusement, il compte sur la force du groupe et une relève solide, avec son fils Pierre-Luc à la direction générale et sa fille Karine aux ressources humaines. « Notre plus gros avantage est d’avoir une jeune équipe agile et réactive », estime Pierre-Luc Martel, qui entrevoit l’avenir avec optimisme.