Le gouvernement «a sacrifié les producteurs»

(Pierre-Alexandre Maltais) – Les producteurs laitiers du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont unanimes au lendemain de la signature du nouvel Accord États-Unis–Mexique–Canada (AÉUMC) : le gouvernement de Justin Trudeau a fait une grosse erreur en ouvrant le marché canadien du lait aux Américains.

« Il voulait contenter le président américain. Maintenant, ça va lui coûter cher, comme ça a coûté à [Maxime] Bernier, qui voulait abolir la gestion de l’offre », lâche Germain Simard, un producteur laitier de La Baie qui est aussi l’ex-président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Saguenay–Lac-Saint-Jean. 

Le copropriétaire de la Ferme de l’Anse s’est battu pour l’instauration de la gestion de l’offre durant les années 70. Aujourd’hui, il s’attend à subir des pertes de l’ordre de 20 000 à 25 000 $ par année en vertu de l’AÉUMC. 

« Personne ne va être gagnant là-dedans. Nos producteurs agricoles vont perdre beaucoup. Et il ne faut pas se faire d’illusions ; les consommateurs ne vont bénéficier de rien. Les gens vont payer le même prix à l’épicerie, et en plus, on va être obligés de concurrencer des salaires plus bas et des normes environnementales plus basses », prévient M. Simard.

De son côté, le chef de la direction de Nutrinor, Yves Girard, ne mâche pas ses mots et est du même avis que les centaines membres de sa coopérative. « Le gouvernement Trudeau a sacrifié les producteurs laitiers et c’est une erreur majeure, lance-t-il. Quand une industrie est sacrifiée pour une entente globale, ce n’est jamais une bonne affaire. En même temps, je ne suis pas surpris. Ce que [Justin Trudeau] a fait, c’est de mentir aux producteurs laitiers du Canada en pleine face », ajoute celui qui continue de défendre la gestion de l’offre bec et ongles. 

Le fromage aussi

Même son de cloche du côté de la Fromagerie Boivin, qui était déjà frappé durement par le Partenariat transpacifique (PTP) signé entre le Canada et l’Europe. 

« La concession qui a été faite avec l’Europe, c’est l’équivalent de toute la production de lait du Saguenay–Lac-Saint-Jean [qui disparaît du marché canadien]. Avec l’entente signée avec les États-Unis, ça va être le double. On va vivre une consolidation sans précédent dans l’industrie laitière. J’ai plein d’amis qui sont inquiets et qui ont raison de l’être. On n’a pas les politiques pour concurrencer les Américains. Est-ce que les mesures mises de l’avant pour compenser sont suffisantes ? La réponse est non », indique le président de la fromagerie, Luc Boivin, qui prévoit la fermeture de plusieurs petites fromageries à travers le Québec à court terme.

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LES PRODUCTEURS DE LAIT INQUIETS

(Anne-Marie Gravel) – Les producteurs laitiers du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont inquiets. Le nouvel Accord États-Unis-Mexique-Canada (AÉUMC) annoncé tard dimanche soir leur fait craindre le pire.

«C’est une journée difficile. C’est très inquiétant. On est vraiment déçus. Le gouvernement a concédé sur plusieurs niveaux. On a l’impression d’avoir été vendus. Il a donné une partie de nos marchés. Nous, on veut produire du lait pour nos consommateurs», affirme Daniel Gobeil, président régional du Syndicat des producteurs de lait. «C’est quoi le message qu’on envoie à la relève quand chaque cinq ou six ans, le gouvernement nous vend un peu plus? C’est aussi la morosité qui nuit à l’investissement et à la pérennité des fermes.»

Ce dernier a pris connaissance de l’entente conclue dimanche soir. Celle-ci assouplira l’accès au marché canadien pour les producteurs américains. Ce qu’il a constaté, à première vue, l’inquiète. 

«Ça touche les produits frais comme la crème, le lait, le fromage, le yogourt. C’est aussi le retour du lait diafiltré. C’est une ouverture de 3,6% d’accès au marché canadien. C’est plus que le PTP (Partenariat transpacifique) et plus que l’accord avec l’Europe. On roule avec 3,6% de pertes, mais ça représente plus que ça. Nous n’avons pas tous évalué les impacts, mais les fermes éloignées des grands centres et des marchés pourraient être plus touchées. C’est très inquiétant.» 

Daniel Gobeil affirme que les producteurs de la région sont inquiets. «Le téléphone n’a pas dérougi depuis 5h lundi matin, même depuis dimanche soir. Les producteurs sont très inquiets. Ils ont hâte qu’on quantifie les pertes. On veut évaluer l’entente le plus rapidement possible afin de donner les bonnes informations aux producteurs. On est déçus. On est frustrés. Mais il ne faut pas non plus installer la panique», explique celui qui est aussi vice-président provincial des producteurs de lait du Québec.

Le producteur laitier baieriverain Germain Simard
Luc Boivin, président de la Fromagerie Boivin