Annie Pilote est designer. Elle a fondé Le Chevrier du Nord avec son frère Régis en 2000 sur les terres familiales.

Le Chevrier du Nord: de la chèvre au chapeau

Depuis 18 ans, la ferme et atelier-boutique Le Chevrier du Nord allie la modernité d’une entreprise en développement et le savoir-faire séculaire des éleveurs et des tisserands, sur les terres familiales du rang Saint-Joseph, à Saint-Fulgence. Le public était invité à les découvrir dimanche, et Le Quotidien a pu avoir un aperçu du travail de ces artisans.

D’abord, les visiteurs peuvent admirer la cinquantaine de chèvres angoras, ces bêtes dont la laine produit la douce et résistante fibre mohair. Comme la tonte a eu lieu il y a peu, les animaux n’avaient pas encore retrouvé leur allure frisée. On retrouve également une brebis islandaise et deux chevaux, dont un Curly. Son poil peut aussi être filé et est hypoallergène. Le Chevrier du Nord a d’ailleurs développé un service pour les propriétaires d’animaux de compagnie : s’ils apportent au moins une livre des poils de leur chien, de leur chat ou de leur lapin, les artisans pourront en faire du fil ou du feutre.

La laine des chèvres angoras s’appelle le mohair.

Dans une grange, on trouve l’Économusée de la lainerie et l’atelier où la fibre est transformée. Les toisons sont triées, lavées, séchées, préparées au loup batteur, cardées, filées, teintes... Toutes des étapes où la minutie de la filandière et artiste Lis Pilote se dévoile. « Ce n’est pas un métier, c’est une passion ! » conclut une visiteuse impressionnée. « On comprend mieux la valeur des vêtements artisanaux », dit une autre devant les manteaux, les bottes, les tuques et les autres accessoires confectionnés sur place.

Designer, Annie Pilote conçoit des chapeaux qui feraient pâlir d’envie la reine d’Angleterre, pour ne nommer que ces objets de collection. Les deux soeurs utilisent la technique de teinture écologique et celle naturelle. Par exemple, les gaillardes donnent une couleur orangée et les pelures d’oignon créent un beau jaune ocre.

Leur frère Régis n’est pas en reste. Agronome de formation, c’est lui qui s’occupe du troupeau et de la génétique des chèvres.

« Nos parents ont acheté les terres dans les années soixante. En 2000, on a voulu revaloriser la ferme, qui était alors inactive. On a marié nos talents », explique Annie Pilote. Son père Camil, toujours très actif, est pour elle un modèle. « Quand on est arrivé ici, on passait à travers les murs. On a tout refait », témoigne le paternel.

La filandière Lis Pilote faisait la démonstration du processus de fabrication de fil et de feutre en mohair.

Bien que le mode de vie de la famille semble bien bucolique, il est aussi très exigeant. « Je n’ai pas de congés, à moins de m’obliger à en prendre », admet Annie Pilote. Elle est aussi mère d’une fille de huit ans, qui manifeste déjà un intérêt pour la relève de l’entreprise familiale.

La designer a développé des partenariats avec d’autres artisans de la région. Par exemple, elle a créé des sacs à main magnifiques avec un maroquinier. Une partie du mohair est envoyée à des tisserands spécialisés qui fabriquent de l’étoffe du pays. Le tissu typiquement canadien est ensuite renvoyé au Chevrier du Nord pour composer des vêtements. « Ils font ça depuis des générations, aussi bien en profiter ! », indique Annie Pilote.

Les chapeaux de la boutique Le Chevrier du Nord en font rêver plus d’un.

L’événement portes ouvertes avait lieu en même temps que les Journées de la nature. « Nous sommes une entreprise émergente, mais nous combinons ça à un métier ancestral. Des gens nous découvrent encore après 18 ans », conclut la designer.