La venue de travailleurs étrangers soulage les entreprises agricoles

Plusieurs entreprises maraîchères du Saguenay–Lac-Saint-Jean voyaient mal leur été sans l’appui de travailleurs étrangers. Lorsque le gouvernement mexicain a donné le feu vert pour l’entrée de ces travailleurs au Canada, en début de semaine, la nouvelle a donc fait plaisir à bon nombre d’entre elles, malgré le fait que la saison soit déjà entamée.

Chez Bleuets sauvages du Québec, les opérations dans les champs ont commencé il y a quelques semaines déjà et l’entreprise aurait eu bien besoin de main-d’oeuvre supplémentaire. La directrice des ressources humaines, Maryse Mercier, confirme l’arrivée d’une vingtaine de travailleurs provenant du Mexique d’ici le 2 juillet. Toutefois, il faut compter deux semaines de quarantaine pour les travailleurs avant qu’ils ne puissent commencer la besogne.

« Pour nous, ce sera au total 35 travailleurs sur les 94 qui étaient attendus pour les bleuetières. Ils vont arriver début juillet, en plus de deux semaines de quarantaine. Donc, ça fait en sorte qu’ils vont commencer à travailler dans un mois, presque cinq semaines plus tard que la date prévue », a expliqué Mme Mercier.

Dans le cas des usines de congélation, l’arrivée des travailleurs étrangers est une nécessité. Maryse Mercier indique que l’entreprise souhaite accueillir les employés vers la fin juillet, car la congélation des bleuets, contrairement aux champs, ne peut attendre la main-d’oeuvre. « Quand le bleuet frais est prêt, nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas avoir nos travailleurs. C’est le temps de congeler et on entre dans une période intense où on a besoin de nos travailleurs étrangers. »

Comme la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’oeuvre agricole étrangère (FERME) l’a affirmé en entrevue au Progrès, c’est une bonne nouvelle, quoiqu’un peu tardive. « Ça ne peut être que positif, déjà que l’année est difficile, dans le sens que les travailleurs du Mexique ne rentrent pas tous et le processus est plus lent qu’il l’était. Donc, ceux qui vont entrer, ça va être tant mieux pour tout le monde, tant pour l’économie que pour les travailleurs », a souligné le coordonnateur de FERME dans le secteur Est, Chrystian Couture.

Les normes à respecter

Selon M. Couture, les employés provenant de l’étranger semblent plus craintifs par rapport à leur séjour au Canada en raison du décès de trois Mexicains en Ontario pendant la pandémie.

« Les travailleurs du Mexique qui sont ici, je lisais qu’ils avaient plus peur aussi, qu’ils étaient plus inquiets. Ils viennent faire de l’argent, mais ils veulent être capables de retourner à la maison après. Mais toutes les précautions sont prises. »

Selon lui, une entreprise doit faire attention et prendre toutes les précautions nécessaires en temps de COVID-19, car s’il venait à y avoir une éclosion, la santé publique pourrait décider de fermer l’établissement pour une durée indéterminée, ce qui n’est pas souhaitable. Il ajoute que tant les employeurs que les employés se soumettent aux règles, à sa connaissance.

À ce sujet, Maryse Mercier estime que l’entreprise Bleuets sauvages du Québec a mis « les bouchées doubles » pour s’assurer de se conformer aux nouvelles normes.

« Au niveau du deux mètres, de la gestion, de l’utilisation des espaces communs, de rajouter des convoyeurs, de louer des roulottes pour les pauses ; tout a été regardé. »

En plus de ces ajouts, le logement des employés saisonniers dans les bleuetières a également été revu. Il y a maintenant deux personnes au maximum dans les chambres, une nouvelle gestion pour les salles à manger et un affichage en espagnol expliquant les mesures pour contrer la COVID-19.

Selon les chiffres de FERME, 311 travailleurs du Mexique sont attendus cet été, en plus de 329 Guatémaltèques.

Les défis du domaine maraîcher

Mme Mercier a souligné une problématique inquiétante du système actuel. Selon elle, il devrait y avoir une souplesse dans les programmes des travailleurs étrangers. Actuellement, un salarié dans le domaine agricole ne peut être transféré dans un domaine non agricole, et vice versa, ce qui complique le recrutement.

« Nous, ce dont nous avons besoin, c’est de la flexibilité au niveau des programmes pour le partage des travailleurs afin de leur permettre de travailler plus longtemps, mais également pour protéger l’industrie du bleuet. »

Les difficultés de recrutement dans le domaine maraîcher s’expliquent en grande partie par le caractère saisonnier du secteur. D’ailleurs, le recrutement de personnel chez Bleuets sauvages du Québec est également difficile sur le plan local et l’entreprise craint que les programmes, dont la Prestation canadienne d’urgence (PCU), nuisent à ses chances d’accueillir le nombre requis de travailleurs.

« On a besoin de main-d’oeuvre québécoise, donc c’est certain que la PCU, ça fait partie de nos craintes. On se demande si les gens vont se présenter pour venir donner un coup de main à l’industrie du bleuet. On est confiants que les Québécois répondront à l’appel, mais on espère que ce sera en grand nombre. »

Ensemble, les trois usines de congélation de la région doivent embaucher environ 110 personnes pendant la saison estivale.