La saga entre Niobec et ses voisins

Depuis les cinq dernières années, l’entreprise Niobec a été éprouvée en matière de gestion de crises. Malgré tous les inconvénients, certaines de ses stratégies lui ont permis de se démarquer positivement dans le monde minier.

La plus importante onde de choc, entre la mine et la communauté de Saint-Honoré, s’est produite en 2012 alors que des pourparlers de mine à ciel ouvert ont semé l’émoi dans la ville. 

Des groupes se créent rapidement pour manifester leur mécontentement via les réseaux sociaux. Selon les rumeurs, le projet risque de touchers plusieurs résidences de la route Saint-Marc à la rue de l’Hôtel-de-Ville. Des citoyens prennent les devants pour aller aux informations qui entrent au compte-gouttes. Quant aux spéculations, elles sont monstrueuses !  

En mars 2013, le projet d’expansion de la mine Niobec de Saint-Honoré est enfin annoncé. Une méthode d’exploitation par bloc foudroyé, permettant de tripler la production, prévoit des retombées économiques colossales. « Par contre, ce procédé engendrait un affaissement de la surface qui nous obligeait à reconstruire tous les bâtiments sur une autre partie de notre terrain », précise Philippe Campeau, surintendant aux ressources humaines. Le périmètre touché est moins important qu’une mine à ciel ouvert, puisque l’exploitation de la mine demeure souterraine. 

Pour mettre à exécution son audacieux projet, Niobec, qui appartient alors à IAMGOLG, doit tout de même faire l’acquisition d’une trentaine de maisons situées sur la rue de l’Hôtel-de-Ville.  

Acquisitions exemplaires

Un plan d’action pour acquérir les maisons est alors mis en place. La mine Niobec souhaite se démarquer avec une procédure exemplaire.

Toutes les familles concernées ont le droit de négocier comme elles l’entendent. Sensibles et compréhensives, les personnes mandatées pour négocier tiennent compte des désirs et des besoins de chacun. Un service de soutien psychologique est même déployé pour les personnes affectées émotionnellement. Tout se règle dans l’art des choses avec beaucoup d’humanité. Les maisons sont achetées pour des sommes plus que respectables. Un des coordonnateurs des dossiers se soucie même de faire des contrats en bonne et due forme pour sécuriser les différentes ententes avec les anciens propriétaires de maisons ayant fait des demandes particulières. Ces contrats servent encore aujourd’hui. 

Une fois les ententes signées, au cours des deux années suivantes, 18 maisons sont détruites et deux sont déménagées sur des terrains hors de la zone minière. « Avec notre façon de faire, nous avons marqué le monde minier. Certains nous ont même critiqués pour avoir été trop généreux », lance M. Campeau. 

Vente

En janvier 2015, Magris Resources devient le nouveau propriétaire de Niobec. Deux mois plus tard, l’abandon du projet d’expansion est annoncé pour une raison économique. « Peu importe le propriétaire de la mine, ce projet n’aurait pas vu le jour en raison du marché », mentionne M. Campeau. Du même coup, 70 postes sont abolis. L’onde de choc se fait sentir dans toute la ville de Saint-Honoré. Tous les employés de Niobec, avec qui les voisins échangent régulièrement depuis deux ans, ne répondent plus. Du jour au lendemain, le bureau de relation avec la communauté, situé au cœur de la ville de Saint-Honoré, n’est plus accessible aux citoyens. Tout le travail de confiance, que la mine bâtissait depuis 2013 s’effondre. 

Espoir

En date d’aujourd’hui, une dizaine de maisons, acquises par la mine, sont toujours en place et la plupart sont louées. Niobec ne sait toujours pas si ces maisons seront revendues avec une servitude ou détruites. Sur Google Street View, il est encore possible de voir les maisons de la rue de l’Hôtel-de-Ville avant leur destruction.

Malgré les ondes de choc occasionnées par l’annonce du projet d’expansion, les acquisitions de maisons, la vente de IAMGOLD, l’abandon du dit projet et la grève de l’été 2017, Philippe Campeau se fait rassurant en disant que la quantité de minerai permettrait de maintenir les opérations pour au moins 25 ans. 

La mine aura son comité de suivi

Même si la ville de Saint-Honoré a de quoi être fière de posséder la seule exploitation souterraine de niobium dans le monde et d’être l’un des trois principaux producteurs mondiaux de ce minerai sur son territoire, Niobec sait que la cohabitation harmonieuse ne sera jamais acquise. 

C’est pourquoi, le 28 février 2018, la mine Niobec convoquait ses voisins à une rencontre conviviale au Centre Récréatif de Saint-Honoré pour annoncer l’éventuelle mise en place d’un comité de suivi, formé de citoyens volontaires.

Il faut dire que, depuis 2016, le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles impose aux mines du Québec d’avoir un comité de suivi avec la communauté.

Depuis son annonce, concernant l’abandon du projet d’expansion, il y a trois ans, la mine avait abruptement coupé la communication avec son milieu. Outre la publication de ses bulletins d’information, elle n’avait plus de système de communication directe avec son voisinage. En plus de se conformer à la loi, cette initiative permettra sans doute de rebâtir une certaine confiance dans son milieu. 

Cette organisation favorise, entre autres, l’implication de la communauté locale dans l’ensemble d’un projet d’exploitation minière. En d’autres mots, le comité de suivi est un pont entre la mine et la population pour transmettre les informations et les préoccupations des deux partis. « Leur rôle est de transmettre l’information sans toutefois avoir de pouvoir décisionnel », ajoute M. Campeau.

Plus d’une vingtaine de personnes ont soumis leur candidature. « Le comité devra être composé au minimum de quatre personnes, dont un représentant issu d’une communauté autochtone, un représentant des organismes municipaux, un représentant économique et une personne pour représenter les citoyens », explique M. Campeau.

Les inquiétudes des voisins de Niobec reposent principalement sur les secousses parfois intenses occasionnées par les explosions de dynamitage sous-terrain effectuées par la mine. D’autres résidants se disent plutôt dérangés par l’achalandage routier. Niobec n’a pas encore de plan de gestion établi concernant les nuisances, mais prend bonne note des commentaires soumis lors de cette soirée d’échange. C’est un peu ce genre de dossier que le comité de suivi aura à gérer. 

Environnement

Pendant ces trois dernières années plus silencieuses, Niobec a mis en œuvre plusieurs projets environnementaux tels que l’amélioration et la végétalisation des bandes riveraines, la conservation de terres humides et des aménagements fauniques. Des arbres ont été plantés sur les terres entourant la mine et des milliers de truites ont été ensemencées dans le ruisseau Bras-Cimon. Un troisième parc de résidus a été construit et la terre organique qui en ressort servira à refermer le deuxième parc de résidus rendu à pleine capacité. 

Le tout sera agrémenté par une plantation d’arbres. Le parc de résidus étant capable de recevoir 30 mètres de matière, s’accumulant à raison de trois à quatre mètres par année, un quatrième parc de résidu est donc envisageable d’ici une quinzaine d’années.