La pénurie de main-d’oeuvre dans le domaine agricole est l’un des enjeux auxquels les régions ressources étaient déjà aux prises avant la pandémie et qui contribueront à rendre la reprise plus lente et difficile.
La pénurie de main-d’oeuvre dans le domaine agricole est l’un des enjeux auxquels les régions ressources étaient déjà aux prises avant la pandémie et qui contribueront à rendre la reprise plus lente et difficile.

La reprise économique sera lente et difficile au Saguenay-Lac-Saint-Jean

Myriam Gauthier, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Myriam Gauthier, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
Le Saguenay-Lac-Saint-Jean fait partie des régions du Québec qui se relèveront le plus lentement et difficilement de la crise économique, selon les prévisions de Desjardins.

La reprise s’annonce graduelle à l’échelle de la province, mais des disparités pourront être observées entre les régions selon la vitesse de reprise de certains secteurs, estime Desjardins.

Dans une étude économique publiée jeudi, l’institution financière s’attend à ce que les régions ressources connaissent une reprise économique moins forte que le reste de la province.

En particulier, les régions du Bas-Saint-Laurent, du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine «prendront davantage de temps à remonter la pente que leurs consoeurs, car plusieurs de leurs industries motrices continuent d’éprouver des difficultés», soulève-t-on dans l’étude.

Desjardins cible notamment les activités des usines de sciage qui ont été perturbées par le confinement. La reprise des activités et les «prix exceptionnellement élevés» du bois d’oeuvre sur le marché nord-américain sont toutefois identifiés comme des signes encourageants à court terme.

Les difficultés de la crise sanitaire et économique, combinées aux «importants enjeux et défis» que connaissaient déjà les régions ressources avant la pandémie, rendront la reprise plus difficile. Le conflit du bois d’oeuvre, le prix élevé de la fibre dans l’industrie forestière, ainsi que la pénurie de main-d’oeuvre dans le domaine agricole sont soulevés par Desjardins.

Les régions de l’Abitibi-Témiscamingue, de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec devraient quant à elles mieux tirer leur épingle du jeu en vue de la reprise grâce au secteur minier.

Une contraction de 7,2% du PIB

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, Desjardins s’attend pour 2020 à une contraction de 7,2 % du produit intérieur brut (PIB) nominal, qui tient compte de la variation des prix.

Il s’agit de la deuxième contraction la plus importante attendue parmi les régions du Québec, derrière la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (-7,5%). Desjardins table sur une baisse de 5,7% à l’échelle provinciale, dans son Survol économique des régions du Québec en 2020-2021.

Un rebond de 4,8% est ensuite attendu en 2021 au Saguenay-Lac-Saint-Jean. La région connaîtrait ainsi l’une des reprises les plus lentes au Québec, faisant seulement mieux que la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (+ 4,5%) et les Laurentides (+ 4,3%). Au Québec, un rebond de 7,6% est attendu.

Desjardins rappelle par ailleurs que le Saguenay-Lac-Saint-Jean aurait été la région la plus touchée par les impacts du confinement, selon une étude de la Fédération des chambres de commerce du Québec publiée en mai.

Le conflit du bois d’oeuvre et le prix élevé de la fibre dans l’industrie forestière font partie des enjeux présents avant la crise qui contribueront à rendre la reprise plus difficile dans les régions ressources, selon Desjardins.

Un retour à la normale vers la mi-2022

Ailleurs dans la province, il sera difficile du côté des régions manufacturières d’enregistrer une croissance économique plus forte que celle attendue au Québec, estime Desjardins. Les régions urbaines et les régions des capitales nationales rebondiront pour leur part plus rapidement.

Malgré le rebond attendu en 2021, un retour à un niveau d’activité économique semblable à celui qui précédait la pandémie dans la province ne pourrait être atteint que vers la mi-2022.

«La vitesse de relèvement est liée notamment aux secteurs économiques touchés, à la capacité des entreprises à s’ajuster aux nouvelles règles de la Santé publique, mais également à leur degré d’adhésion au virage numérique», souligne-t-on.

Le spectre d’une deuxième vague de COVID-19 demeure le risque le plus important aux prévisions.

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UN TAUX DE CHÔMAGE RÉGIONAL À 10,7% POUR 2020

Desjardins s’attend au terme de l’année 2020 à ce que le taux de chômage se situe à 10,7% au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il devrait ensuite baisser à 8% en 2021.

Dans les deux cas, ces prévisions placent la région au troisième rang des plus importants taux de chômage attendus. Elle suit la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (15,0% en 2020, 14,0% en 2021) et Montréal (12,0% en 2020 et 9,2% en 2021).

Depuis le début de la crise sanitaire et économique, le nombre d’emplois a baissé de 8,1% au Saguenay-Lac-Saint-Jean, une baisse semblable à celle connue à l’échelle provinciale (-8,5%).

Le taux de chômage a augmenté de 5,5% de février à juillet dans la région pour atteindre 11,7%. La variation a ici été inférieure à celle de la province (+ 6,4%). Les taux de chômage ont atteint des pics historiques en avril, mai et juin.

En 2019, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, le taux de chômage avait plutôt atteint un creux de 5,5%.

Il n’a pas été possible de parler à un économiste de Desjardins jeudi pour commenter les prévisions régionales au Saguenay-Lac-Saint-Jean.