La pluie des derniers jours permet aux bleuets de prendre du volume.

La pluie sauve la saison

Grandement attendue depuis plusieurs semaines, la pluie devrait finalement sauver la saison de bleuets, alors que les producteurs s’attendent à une baisse de la production de près de 20 %.

« Il n’y a pas un producteur qui n’a pas fait la danse de la pluie », remarque Émilie Gaudreault, productrice de bleuets. « Ça vient de sauver une bonne partie de la récolte », dit celle qui a toutefois noté un retard dans la production des petits fruits.

Le gel de juin et la sécheresse de l’été ont laissé planer un certain vent de terreur dans l’industrie de la production du bleuet, mais il n’y a pas matière à crier à la catastrophe, ajoute l’agricultrice. Elle détient, avec sa famille, 200 hectares de bleuets à Girardville, à Albanel et à Saint-Méthode. « Notre stratégie de diversifier la localisation de nos terres est payante, car certains secteurs semblent plus affectés que d’autres », lance celle qui évalue la baisse de rendement à près de 20 %.

84 000 : c’est le nombre de tartes aux bleuets vendues par les Délices du Lac, l’entreprise de Lisette Paré, d’Émilie et de Marie-Soleil Gaudreault, en un an, depuis le lancement du produit qui fait un tabac. Même si ça représente plus de 1600 tartes par semaine, les entrepreneures ont tenu à conserver une technique de préparation artisanale, forçant même des entreprises avec qui elles font affaire à changer leurs techniques de travail !

Même son de cloche du côté de Jean-Eudes Senneville, président de Bleuets sauvages du Québec, qui reste calme malgré les rares précipitations estivales. « On s’attend à récolter moins de bleuets que l’an dernier, mais ce ne sera pas une mauvaise récolte », note l’homme, qui estime récolter de 20 à 25 % moins de bleuets sur les 25 000 hectares de bleuetières de l’entreprise. « Si on n’avait pas eu de pluie, la récolte aurait été catastrophique, mais on devrait s’en tirer avec une récolte respectable. Même si on récolte 20 à 25 millions de livres en moins dans la région, ça ne changera pas grand-chose sur le marché mondial, où l’on récolte maintenant 3,5 milliards de livres de bleuets », soutient le pionnier du fruit bleu, qui croit qu’il est trop tôt pour parler de prix à la hausse.

Les producteurs espèrent que la baisse de production aura un impact à la hausse sur le prix du bleuet.

Les producteurs, comme Émilie Gaudreault, espèrent toutefois que la baisse de production aura un impact à la hausse sur le prix du bleuet. « Je pense que c’est le genre de saison que ça prenait pour raffermir les prix et pour permettre aux transformateurs d’écouler les stocks en inventaire », note l’entrepreneure, qui est également propriétaire de l’Économusée de la confiture : bleuet sauvage, à Albanel.

Martin Villeneuve, producteur de bleuets et président de Nutrableu, un transformateur de bleuets frais à Normandin, ne s’inquiète pas outre mesure pour l’instant. « Ça ne sera pas une saison record, mais on ne devrait pas s’en tirer si mal avec la pluie qui tombe en ce moment », lance l’entrepreneur, qui commencera la récolte la fin de semaine prochaine.

Malgré la légère baisse de production, le seul transformateur de bleuets sauvages frais qui fournit les épiceries IGA ne pense pas manquer d’approvisionnement pour l’été qui s’en vient. « Nous avons atteint notre capacité de production maximale, qui nous permet de traiter un million de livres de bleuets frais, dit-il. Pour augmenter les volumes et répondre à la demande ailleurs au Canada, on planche sur un nouveau modèle d’affaires que l’on souhaite développer au cours des prochaines années. »

Avec la pluie annoncée au cours des prochains jours, les fruits devraient continuer de gagner du volume, pour le plus grand plaisir des producteurs de bleuets de la région.