La forêt pour améliorer le bilan carbone: le Québec gagnerait sur deux plans

Selon le Forestier en chef, il est temps d’utiliser le grand vaisseau forestier pour atteindre les cibles de lutte aux changements climatiques fixées par Québec, car l’aménagement intensif et l’utilisation des produits du bois peuvent contribuer dès maintenant à améliorer notre bilan carbone.

« Les forêts du Québec doivent contribuer davantage à la lutte aux changements climatiques », a martelé Louis Pelletier, le Forestier en chef, pendant une conférence présentée lors du 2e Forum des communautés forestières, le 21 février.

Entre 1990 et 2016, le Québec a réduit ses émissions de GES de 11 %. Pour 2020, le Québec visait une réduction de 20 % ; pour 2030, de 37,5 %. « On n’atteindra pas les cibles, mais on n’a pas utilisé notre forêt, ajoute-t-il. On ne l’a même pas considérée encore. »

La Stratégie de production de bois qu’il propose permettrait d’augmenter la possibilité forestière et la quantité de bois sur pied, ce qui permettra de capter davantage de carbone dans nos forêts. « Actuellement, on retrouve 2,3 milliards de mètres cubes de bois sur pied au Québec, dit-il. Si on augmente la possibilité, on augmente les stocks de bois et on capte plus de carbone. »

Il cite en exemple le potentiel de captation du carbone du Bas-Saint-Laurent, qui est équivalent à celui de la Côte-Nord, et ce, même si la région est sept fois plus petite. Comment est-ce possible ? « Parce que la forêt du Bas-Saint-Laurent est aménagée », répond-il.

Le Québec doit se doter d’objectifs clairs, chiffrés et mesurables de lutte aux changements climatiques avec ses forêts, comme l’ont fait d’autres pays tels que la France, la Suède, la Finlande, la Lettonie, la Suisse et l’Allemagne. « La Chine utilise même son armée pour reboiser les landes au nord du pays et séquestrer plus de carbone », remarque le Forestier en chef.

Le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC) considère lui aussi que les activités du secteur forestier peuvent contribuer à la lutte aux changements climatiques. « Un aménagement forestier durable visant à maintenir ou à accroître les stocks de carbone, tout en produisant d’une manière soutenue du bois, de la fibre ou de l’énergie, va générer les plus grands bénéfices durables en matière d’atténuation [des gaz à effets de serre] », selon le GIEC. En 2007, ces mêmes experts proposaient d’ailleurs d’étendre la superficie forestière, d’augmenter la densité du carbone à l’échelle du site et d’accroître les stocks de carbone à l’échelle du paysage.

Les forêts captent le carbone et une fois récolté, ce bois peut servir de réservoir de carbone s’il est utilisé à long terme dans la construction, par exemple.

De plus, les produits du bois peuvent diminuer l’empreinte carbone globale en remplaçant des produits pétroliers, notamment pour le chauffage, mais aussi pour plusieurs produits en plastique. « Par exemple, une cuillère de bois, qui contient 17 g de CO2 captés, aura empêché l’émission de 200 g de CO2 nécessaires à la fabrication du même produit en plastique ou de 460 g de CO2 nécessaire à la fabrication d’une cuillère de métal. Dans cet exemple, l’effet d’atténuation de la substitution est 25 fois plus puissant que la seule captation de CO2 atmosphérique ! », peut-on lire dans l’avis du Forestier en chef.

En 2021, ce dernier compte d’ailleurs intégrer le bilan carbone aux calculs de la possibilité forestière, pour chiffrer le plein potentiel des différentes stratégies d’aménagement sur le réservoir de carbone dans les écosystèmes forestiers.