La demande rejetée en 2015

Le MDDELCC tente d’imposer au Saguenay-Lac-Saint-Jean une réduction de la possibilité forestière qui avait été refusée dans le cadre d’une consultation similaire menée en 2014-2015.

En 2015, la Table régionale d’analyse des carences en aires protégées (TRACA), mise en place par la Conférence régionale des élus, avait travaillé sur des cartes pour identifier des zones qu’il serait possible de transformer en aires protégées. Les travaux de cette table avaient conclu à la transformation de zones forestières sous aménagement en aires protégées totalisant 300 000 hectares de forêt.

Le Quotidien a comparé les cartes contenues dans le document de travail de 2015 fourni à la TRACA par le MDDELCC et celles transmises aux détenteurs actuels de garanties d’approvisionnement forestier pour consultation. Il s’agit exactement des mêmes territoires. En 2015, la défunte CRÉ avait été dans l’obligation d’abandonner ce projet après la mobilisation des syndicats et des élus locaux en raison de l’impact de cette stratégie sur la possibilité forestière et les emplois.

La concordance des cartes signifie que le MDDELCC n’a fait qu’un retrait stratégique en 2015 pour revenir à la charge, malgré le rejet de la proposition.

En plus de ces 300 000 mètres cubes que représente la ponction souhaitée par le gouvernement du Québec, la région doit s’attendre à une autre réduction de sa possibilité forestière à court terme. Un représentant du gouvernement du Québec a confirmé aux membres de l’Équipe de rétablissement du caribou forestier que des mesures de protection du caribou forestier allaient être décrétées pour les zones forestières situées immédiatement au sud de la limite nordique.

Dans ce cas, il s’agit de la nouvelle notion de vastes espaces que Québec va intégrer dans sa planification forestière, dont le résultat est de soustraire d’autres portions de la forêt sous aménagement.

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PAS PUBLIC

Le MFFP ne voulait visiblement pas que la consultation menée pour le compte du ministère du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte aux Changements climatiques (MDDELCC) se retrouve dans l’actualité. C’est ce qui se dégage d’une lettre obtenue par Le Quotidien adressée à un détenteur de garanties d’approvisionnement signée par Alain Thibeault de la direction régionale du MFFP.

« Vous trouverez ci-joint les fichiers numériques des territoires d’intérêt faisant l’objet de cette consultation afin de vous permettre de prendre connaissance de limites proposées et de formuler vos commentaires. Veuillez noter que ces données sont transmises à titre indicatif et ne devraient être utilisées que par votre organisation pour les besoins de la présente consultation. »

BASÉ SUR L'ISQ

Le calcul des emplois qui risquent de disparaître avec la mise en place des mesures gouvernementales est basé sur les données officielles de l’État. L’Institut de la statistique du Québec a évalué que chaque tranche de 100 000 mètres cubes de bois récolté représentait 325 emplois dans l’industrie de la récolte et la première transformation. Le calcul ne comprend pas la troisième transformation comme les poutrelles et les résidus d’usines (énergie, panneaux, granules).

SAGUENAY CONTRE LA COUPE DE BOIS

Saguenay a définitivement rejeté la récolte forestière de ses créneaux de développement économique. 

Depuis 10 ans, la Ville met tout en oeuvre pour empêcher la récolte forestière sur des lots situés au sud du lac Kénogami. L’ingénieur forestier qui gère les zones forestières est contre tout projet. 

Selon Jean-Pierre Girard, on utilise le prétexte de la prise d’eau de la ville dans la rivière Chicoutimi pour arrêter la récolte. Il demande ouvertement si la présence de plusieurs centaines de fosses septiques sur les rives du lac Kénogami et de la rivière Chicoutimi n’est pas plus un problème pour la santé des citoyens de Saguenay que le fait de récolter du bois à des dizaines de kilomètres en amont.

DANS 18 MOIS

Le temps va manquer à l’industrie forestière pour contrer le gouvernement dans sa volonté d’arrêter la récolte forestière sur des centaines de milliers d’hectares de la forêt boréale sous aménagement. 

Québec s’est engagé à la protection de 17 % de son territoire d’ici 2020. Il ne reste plus que 18 mois au gouvernement pour atteindre son objectif. Les mesures pour le caribou sont encore plus urgentes alors qu’Ottawa exige des plans d’intervention basés sur un maximum de perturbation de 35 %.

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COMME POUR LE CARIBOU, COUILLARD VEUT GARDER LES EMPLOIS

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, va adopter pour les aires protégées la même position que dans le débat sur les caribous forestiers.

Son cabinet a contacté Le Quotidien en fin d’après-midi mercredi pour émettre une réaction préliminaire à la consultation menée par le MDDELCC et le MFFP sur les aires protégées, et qui se soldera par la disparition de 300 000 mètres cubes de possibilité forestière.

« Tout scénario qui va se traduire par des pertes d’emploi va être écarté », a fait savoir le cabinet. Des interventions ont déjà été réalisées mercredi par le premier ministre pour veiller à ce que cette position soit bien entendue au sein de l’administration publique.