La crise ne fait que commencer pour PFR

Le président et chef de la direction de Produits forestiers Résolu (PFR), Yves Laflamme, confirme que les prochains mois s’annoncent difficiles pour l’industrie forestière. Celle-ci devra composer avec les conséquences de la pandémie de coronavirus, lesquelles ont déjà fragilisé les différents marchés. Il a fait cette prédiction lors de la publication des résultats financiers du premier trimestre de 2020, jeudi.

À l’exception de la récolte forestière, qui devrait reprendre normalement pour l’entreprise au Saguenay-Lac-Saint-Jean, les autres activités feront l’objet d’analyses en fonction du comportement de l’économie dans la période qui suivra la pandémie.

PFR a déjà annoncé des arrêts de production dans plusieurs de ses usines de bois d’oeuvre et de production de papier. Tout indique, dans les propos du patron de PFR, que ces arrêts de production pourraient se prolonger en fonction des marchés spécifiques pour chacune des usines. La papetière, qui a toujours manoeuvré pour protéger les usines de la région, aura cette fois plus de difficultés à moduler la répartition des commandes pour approvisionner sa courte liste de clients.

« On a connu une bonne hausse dans le papier tissu quand les gens ont commencé à se confiner et on devrait avoir encore de bons résultats dans le second trimestre pour ce type de produit. Quand on regarde de près, c’est aussi pendant cette période que nous avons annoncé la fermeture de la machine à papier de Baie-Comeau, de Dolbeau et d’une machine à papier à Alma », précise Yves Laflamme.

« Dans le bois d’oeuvre, les prix ont subi une amélioration intéressante pendant le premier trimestre. Ils ont de nouveau diminué en raison de la baisse de la demande », enchaîne Yves Laflamme, pour bien illustrer les impacts de la pandémie. PFR a également procédé dans les dernières heures à une prolongation de la fermeture de l’usine à papier d’Amos.

Publicité en baisse

Dans les marchés qui affectent les usines régionales, Yves Laflamme évoque celui de la publicité. Les usines de Kénogami et Dolbeau produisent du papier utilisé pour l’impression des circulaires distribuées dans tous les foyers d’Amérique du Nord par les géants du commerce au détail et de l’alimentation.

« Le papier ne va vraiment pas bien en ce moment. À mon avis, pour les prochains trimestres, la situation sera beaucoup plus difficile pour le papier que pour le bois d’oeuvre. »

« Dans la région, il n’y a pas de papier journal. C’est du papier à valeur ajoutée. Kénogami et Dolbeau font les mêmes produits. On a fait une fermeture pour Dolbeau. Nous avons quelques clients pour compléter ces deux usines, mais la demande a baissé de façon importante. Tu regardes le Publi-Sac au Québec, Walmart aux États-Unis, la publicité est tombée comme une brique. Ça devient très compliqué d’opérer des machines à papier et d’avoir des commandes rentables pour supporter ces opérations », indique Yves Laflamme.

Le cas d’Alma

La chute des commandes est aussi suivie par une précarité de la situation financière des clients. La papetière doit donc gérer avec beaucoup de prudence ses inventaires.

L’usine d’Alma n’est pas épargnée avec la fermeture d’une machine. Les marchés sont aussi fragiles pour ce type de papier. Yves Laflamme explique qu’une partie de la clientèle est composée de clients qui produisent des livres scolaires pour le monde de l’éducation aux États-Unis. L’incertitude sur la reprise des classes a pour effet de plomber tout ce secteur et a donc un impact sur la papeterie. Dans la même gamme, PFR a perdu un très gros client aux États-Unis qui imprimait la documentation de Medicare, pour la production de documents du secteur de la santé.

« Pour nous, ce n’est pas une question de fermer une usine dans un endroit au lieu d’un autre. Les commandes ne sont tout simplement pas là pour le moment. Dans le papier journal, on ne retrouvera pas beaucoup de demandes. Dans le papier à valeur ajoutée (usines de la région), la question est de savoir à quelle vitesse ça va revenir. C’est certain que ça ne reviendra pas au complet et que ça va laisser des traces importantes. »

Le bois d’oeuvre aura quant à lui une période creuse. Yves Laflamme s’attend à ce que les mises en chantier atteignent le même niveau que pendant la crise immobilière aux États-Unis avec, en perspective, une reprise vers la fin de l’année et au début de 2021. Il est aussi possible, selon le président et chef de la direction de PFR, qu’une partie des volumes de bois soit transférée de la construction de nouvelles maisons vers le secteur de la rénovation, mais la tendance n’est pas encore confirmée.

Les scieurs de la Colombie-Britannique ont déjà confirmé des arrêts de production, comme l’a fait PFR dans ses usines du Québec. Nonobstant ce portrait, Yves Laflamme confirme que le début de la récolte aura lieu comme prévu dans la région. La papetière entend toutefois gérer de façon très serrée ses volumes de bois rond de façon à ne pas hypothéquer ses liquidités.

Investissements

PFR n’a pas de projet à court terme d’investissement, mais évalue tous les marchés et porte un intérêt marqué pour le papier tissu qui est utilisé pour tout le secteur des papiers hygiéniques. Yves Laflamme explique que pour cette production spécifique, il est impossible de transformer une machine à papier déjà en opération.

« Il faut un investissement de 200 M$ pour la construction d’une usine qui permet une production de 60 000 tonnes métriques par année. On compare avec une usine comme Alma qui produit plus de 300 000 tonnes. L’investissement est quand même important pour le volume produit. Il est aussi impensable de transporter des rouleaux de papier de toilette vers les grands marchés. Il serait quand même possible de transformer le papier de base vers les centres de production du produit final. »

PFR a d’autre part eu des discussions avec le gouvernement pour participer aux approvisionnements en masques. La démarche n’a pas été concluante, mais des travaux se poursuivent. La papetière n’a pas l’intention de s’orienter dans ce marché spécifique, mais souhaite, dans la mesure du possible, faire sa part pour aider les communautés dans la lutte contre le coronavirus.