La bataille continue entre Greenpeace et Résolu

La campagne de mobilisation menée par les syndicats des travailleurs de la forêt du Saguenay-Lac-Saint-Jean, appuyée par les maires des communautés forestières, aura finalement permis à la papetière Résolu de poursuivre pour 300 millions $ Greenpeace International et Greenpeace USA en diffamation et dommages et intérêts en cour fédérale du district nord de la Californie.

C’est la conclusion à laquelle en arrive le président et chef de la direction de Résolu, le Jeannois Yves Laflamme, 48 heures après une décision majeure du tribunal californien dans le litige l’opposant à Geenpeace.

« Greenpeace a fait grand état de la décision qui rejetait l’un des aspects de la poursuite RICCO (Loi fédérale sur le racket et la protection). En revanche, nous nous retrouvons aujourd’hui aux États-Unis dans la même situation que nous sommes au Canada dans la poursuite pour diffamation qui a été déposée à Thunder Bay », explique Yves Laflamme, car le juge a néanmoins décidé d’entendre cette poursuite sur le fond. M. Laflamme est toutefois conscient que ce n’est que le début de la bataille devant les tribunaux américains pour prouver que Greenpeace a fait de fausses allégations sur les pratiques forestières de la papetière.

La juge Jon S. Tiagar, qui a entendu cette cause, a motivé en partie sa décision sur les déclarations de l’ex-ministre des Forêts Laurent Lessard. Devant la campagne de mobilisation qui se déroulait au Lac-Saint-Jean, le ministre avait fait un certain nombre de déclarations publiques et allocutions dans lesquelles il réitérait que la papetière n’avait pas contrevenu à la Loi sur la forêt ou même commercialisé du bois provenant de zones où il y avait des hardes de caribous.

« Il s’agit des allégations voulant que nous avions acheté du bois dans la zone des Montagnes blanches où il y avait trois hardes de caribous, alors que ce n’était pas le cas. Le ministre Lessard avait même prononcé une allocution devant les membres de FSC en Europe et des fonctionnaires se déplaçaient aux États-Unis pour rectifier les faits », insiste Yves Laflamme.

Selon l’historique du dossier, Greenpeace Canada utilisait un rapport réalisé en 2010. Le document en question, qui contenait les allégations fausses de récolte dans les montagnes blanches, a été utilisé par Greenpeace dans sa campagne auprès des clients de Résolu en 2013.

« Le 31 mai 2016, Laurent Lessard, ministre québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs, a publié une déclaration expliquant que la carte que Greenpeace présentait dans son rapport pour montrer que Résolu abattait des arbres dans les Montagnes Blanches était trompeuse. Sa déclaration incluait un lien vers une carte officielle des Montagnes Blanches. Malgré la déclaration rectificative du ministre, Greenpeace USA et Greenpeace International continuent de publier le rapport sur leur site Web », stipule le jugement

Des résultats

Yves Laflamme enchaîne en soulignant que cette vaste campagne régionale de mobilisation a été à la base des faits évoqués par la juge américaine pour donner suite à une partie de la poursuite de Résolu.

« Souvent, les gens pensent que ça ne sert à rien de se mobiliser ou de poser des gestes pour obtenir des interventions politiques. Dans ce cas spécifique, on a la preuve que la campagne de mobilisation a des retombées encore aujourd’hui », précise Yves Laflamme.

La papetière avait déposé des poursuites en diffamations et en dommages et intérêts contre Greenpeace et Stand.earth pour contrer les campagnes menées auprès des clients américains et internationaux de l’entreprise. Le symbole utilisé par Greenpeace pour mener cette bataille d’opinion publique est le caribou des bois qui fait l’objet de mesures de protection au Québec.

Résolu prétend sur le fond que les campagnes et allégations qui ont été utilisées dans les opérations auprès des clients de la papetière ont causé des préjudices économiques.