Le ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon
Le ministre de l’Économie et de l’Innovation du Québec, Pierre Fitzgibbon

Investissements au Saguenay–Lac-Saint-Jean: Québec fait des offres à Rio Tinto

Québec a déposé des offres auprès de Rio Tinto afin d’inciter la multinationale à investir massivement et rapidement dans ses installations de production d’aluminium au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, estime que le Québec doit se montrer « agressif, tout en étant parcimonieux », dans le but de convaincre la multinationale, dont le siège social est situé à Londres, de choisir le Québec pour ses futurs investissements.

Québec souhaite encourager le développement de la filière de l’« aluminium vert » en encourageant les investissements de Rio Tinto dans sa prochaine phase de la technologie AP60 au Saguenay.

« Il n’y a aucun doute que nous voulons comme gouvernement encourager Rio Tinto à réinvestir massivement dans la région. Moi, je suis très, très ouvert », a affirmé le ministre Fitzgibbon, en entrevue, vendredi.

Il a accepté de revenir, à la demande du Progrès, sur l’annonce de la fermeture temporaire de cuves précuites annoncées au début du mois à l’Aluminerie Arvida de Rio Tinto, à Saguenay. Une baisse de production allant jusqu’à 8000 tonnes, soit environ 5 % de la production annuelle de l’usine, est anticipée en raison des impacts de la crise.

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, également ministre responsable du Saguenay–Lac-Saint-Jean, avait alors affirmé que Québec était prêt à soutenir le « virage vert » de la multinationale dans la région.


« Je l’ai dit publiquement, et je l’ai dit à Rio Tinto, que nous sommes prêts à les aider pour toute l’augmentation de capacité pour l’AP60, qui est un projet que je trouve très intéressant »
Pierre Fitzgibbon

Discussions entamées

Des discussions ont été entamées entre Québec et la direction de Londres. Le « menu » de ce que Québec pouvait proposer a été transmis au siège social afin que la multinationale en tienne compte dans ses analyses financières.

Le ministre Fitzgibbon se dit ouvert et « très flexible » quant aux programmes de soutien possibles pour que Rio Tinto investisse dans sa filière aluminium au Québec.

« Je sais qu’ils veulent le faire », a-t-il assuré, disant voir le dossier de façon très positive.

Il a bon espoir que la valeur ajoutée de « l’aluminium vert » se traduira éventuellement par une prime sur les marchés.

Sous forme de prêt

Le ministre Pierre Fitzgibbon espère que ces investissements pourront se concrétiser rapidement et contribuer à soutenir la relance économique.

Il affirme être sensible à l’importance de l’industrie de l’aluminium au Québec, aux difficultés qu’elle traverse actuellement et aux impacts importants de la crise financière et sanitaire de la COVID-19 sur l’économie manufacturière du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Le soutien proposé à la multinationale pourrait, par exemple, prendre la forme d’un prêt d’Investissement Québec. « On peut intervenir et donner des prêts pas d’intérêt, ou en fait, on peut leur donner même – moi, je suis ouvert – des prêts [à] redevances », a-t-il expliqué.

Le ministre de l’Économie se dit ouvert à plusieurs options, si Rio Tinto s’engage à créer des emplois et de la richesse.

Pas de réouverture de l’entente

Québec ne compte pas rouvrir l’entente de prolongation de la durée de vie des cuves précuites de 2006, qui a été renouvelée en 2018 jusqu’en 2025.

Le ministre Pierre Fitzgibbon s’attend à ce que la multinationale respecte ses engagements d’investissements dans le cadre de cette entente opérationnelle. Cette entente autorise la prolongation d’utilisation de ces anciennes cuves jugées polluantes, en attente des investissements de Rio Tinto pour les remplacer par la technologie AP60.

Il précise que les pénalités prévues dans l’entente, en cas de non-respect des engagements, ont été revues à la baisse lors du renouvellement signé sous le gouvernement Couillard.

« J’aime autant les convaincre d’investir avec des programmes d’assistance financière que de quêter une pénalité », a analysé le ministre Fitzgibbon.

Rio Tinto a annoncé au début du mois de juin une baisse de production pouvant atteindre 8000 tonnes à son aluminerie d’Arvida en raison des impacts de la crise.

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CE QU'IL A DIT SUR...

Un programme d’aide pour l’industrie forestière

Québec compte mettre sur pied en juillet un programme afin de venir en aide à l’industrie forestière québécoise durement touchée par la crise financière.

L’aide proposée devrait prendre la forme d’un programme temporaire, «court terme», a affirmé le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon. Il travaille sur le dossier de pair avec son collègue Pierre Dufour, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Le ministre Fitzgibbon souligne que son collègue et lui se sont engagés à revoir «les aménagements possibles» dans le système forestier, la semaine précédente, en marge d’une annonce dans le dossier de l’usine Fortress de Thurso, en Outaouais.

«[Il n’y a] pas de promesse précise, mais il faut le revoir, car je pense que l’industrie est rendue ailleurs et elle n’est plus où elle était», a-t-il mentionné.

GNL Québec et l'étude de faisabilité

Dans le dossier de GNL Québec, le ministre Pierre Fitzgibbon a réitéré que son gouvernement demeure «ouvert» quant au projet, dans une perspective de reprise économique, alors que Québec pourrait contribuer à la réalisation de l’étude de faisabilité.

Les évaluations environnementales et l’acceptabilité sociale sont cependant «deux points qui doivent être respectés» avant que le gouvernement ne prenne position quant à une participation au financement de l’étude de faisabilité, comme il l’avait affirmé au Devoir en mai.

«Au moment où on se parle, les promoteurs cherchent de l’argent pour faire l’étude de faisabilité, a-t-il rappelé en entrevue, vendredi. Nous, ce qu’on a dit, c’est qu’on pourrait – c’est au conditionnel – être intéressés, mais ça prend d’autres investisseurs. Il faut que d’autres personnes croient [à ce projet]. Quand le gouvernement est le seul pourvoyeur de fonds dans un projet, généralement, c’est pas des bons projets.»