Guillaume Lavoie, expert en politiques publiques originaire de Jonquière

Intégrer et encadrer l’économie collaborative

Québec met sur pied un groupe de travail sur l’économie collaborative pour mieux intégrer les Airbnb, Uber et Turbo de ce monde. Présidée par Guillaume Lavoie, expert en politiques publiques originaire de Jonquière, cette table devra trouver les meilleures façons d’encadrer cette révolution « culturelle » qui bouscule l’économie traditionnelle.

La ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation et ministre responsable de la Stratégie numérique, Dominique Anglade, en a fait l’annonce vendredi matin, à Montréal.

Le groupe, également composé de Christine Fréchette et de Nolywé Delannon, deux spécialistes en politique, économie et administration, devra travailler à la même vitesse que se développe l’économie collaborative. Année électorale oblige, ils devront produire un rapport avant la fin de la session parlementaire. 

« Le retard est trop important pour prendre son temps », pointe Guillaume Lavoie, dans une entrevue accordée au Progrès. « On a un bon retard, qui est toutefois un avantage d’un certain point de vue. Car on pourra s’inspirer des meilleurs coups et éviter les erreurs commises dans certains pays et villes. »

Au cours des dernières années, le gouvernement du Québec a dû réagir à l’arrivée d’entreprises dites collaboratives, qui ont notamment frappé l’industrie des taxis et l’hôtellerie. Airbnb et Uber donnent encore des maux de tête aux élus. Mais ces deux grands symboles de l’économie collaborative ne représentent qu’une infime partie de ce qui attend le Québec.

« Ces deux gros joueurs, c’est 37 milliards $ (Airbnb) et 75 milliards $ (UBER). Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg. Uber, on en parle davantage, car c’est implanté au Québec, mais il en existe plusieurs autres spécialisés en transport. Et je ne connais aucune industrie qui ne sera pas impactée par cette économie. Même les services publics sont touchés, que ce soit par les lois du travail ou les lois fiscales », donne en exemple M. Lavoie, également chargé de cours à l’ÉNAP.

En ce moment, au Québec, les entreprises dites collaboratives opèrent souvent de manière illégale. Les lois ou les pratiques des assureurs ne sont pas adaptées à cette nouvelle économie. 

« Il faut encadrer afin de mieux permettre. Et mieux, ça ne veut pas dire plus, ça veut dire mieux. Notre but est aussi d’avoir une boussole pour guider les actions pour les prochaines crises. »

Parce que des crises comme celle vécue dans l’industrie du taxi, il y en aura d’autres. Selon les experts, l’alimentation devrait être le prochain secteur touché par la révolution. Les plateformes numériques proposant du troc de nourriture ou de la vente de petits plats cuisinés chez soi connaissent un engouement dans plusieurs pays. 

« Vous vous cuisinez une lasagne pour vous et vous décidez finalement d’en faire une deuxième pour la mettre en vente en ligne. Toutes nos lois concernant la nourriture ne sont pas adaptées à ce commerce. Il faut aussi se pencher sur la question de la gratuité. Parce que s’empoisonner pour un plat payé à 1 $ ou un repas gratuit, ça reste que la personne est empoisonnée », mentionne M. Lavoie.

Ce dernier se montre cependant enthousiaste envers cette économie du futur. Une économie qui vient maximiser ce qui existe déjà.

« Prenez les stationnements autour de l’hôpital de Chicoutimi. Lorsqu’il y en manque, le premier réflexe serait d’en créer d’autres. Pourtant, il y en a d’autres de vides chez les gens. Une plateforme de partage permettrait aux gens de louer leur stationnement lorsqu’ils sont absents », plaide-t-il, évoquant du même souffle l’économie d’argent que pourraient réaliser les villes et organisations. 

« Il faut aussi qu’au Québec, on puisse favoriser ce genre d’entreprises. Comme l’ont fait CGI et Téléglobe, qui ont commencé à Saguenay, les Uber et Airbnb ont commencé quelque part dans un sous-sol. Pourquoi ne pourrait-on pas être les prochains champions mondiaux de l’économie collaborative ? »

Le groupe de travail, qui dispose d’un budget de 140 000 $, a le mandat de déterminer les meilleures mesures que le gouvernement peut mettre en place pour faire émerger les entreprises québécoises dans le domaine de l’économie collaborative.

« La seule limitation que nous avons, c’est notre imagination. Mais il faut savoir de quelle manière on va se positionner pour favoriser cette émergence. On ne veut pas être un frein à ce terreau fertile. Il faut montrer de la flexibilité », commente la ministre Dominique Anglade. 

Guillaume Lavoie sera épaulé par Christine Fréchette, présidente-directrice générale de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal, et Nolywé Delannon, professeure assistante en responsabilité sociale des entreprises à l’Université Laval. Avant de rendre leur rapport, le groupe tiendra des consultations auprès du milieu des affaires, mais également auprès de la population.