Histoire de blocs de sel

Le bonheur des uns fait le malheur des autres. Parlez-en à Samuel Blackburn, de chez Pronature Blackburn et fils, alors qu’habituellement à ce temps-ci de l’année, il réussit à vendre des blocs de sel à la tonne. Cette année, à cause de la pandémie de COVID-19, il avoue devoir se contenter de regarder les deux magasins Métro DB de Dolbeau-Mistassini et Saint-Félicien répondre à la demande à sa place.

Le spécialiste de la chasse et pêche avoue que cette période de l’année est habituellement très attendue par les chasseurs. «La neige fond, alors les gens sont capables d’aller à leurs installations de chasse. Nous autres, depuis environ quatre ans, on fait toujours un gros événement la première fin de semaine de mai sur les blocs de sel. On en vend environ l’équivalent de quatre chargements de camions. Juste à Alma, on en passe deux! On fait un prix spécial et tout le monde attend ça, sauf que cette année, avec la crise de la COVID-19 et le fait que l’on ne peut pas organiser d’événement ou de rassemblement, c’est différent. On se verrait mal installer une tente dehors devant nos magasins qui sont présentement fermés. On veut respecter les consignes gouvernementales.»

Lui et sa famille opèrent quatre magasins : Jonquière, Alma, Dolbeau-Mistassini et Saint-Félicien. Même s’il admet continuer à effectuer quelques ventes en ligne, l’homme d’affaires avoue que ce n’est rien en comparaison avec les années précédentes à pareille date.«Compte tenu de l’incertitude générale, les gens sont plus tranquilles dans leurs achats de chasse et de pêche.»

Concurrence déloyale
Il déplore aussi le fait que les magasins à grande surface peuvent continuer de vendre à peu près n’importe quoi au détriment des plus petits magasins spécialisés, qui sont plus restreints dans leur façon de brasser des affaires ces temps-ci.

«Ce que je trouve étrange dans cette histoire, c’est qu’il n’en avait jamais vendu avant. Je n’aurais pas eu de misère à ce qu’il en mette une palette dans son magasin. Par exemple, le Presto à Jonquière le fait, mais il n’y a pas d’annonce, ce n’est pas un événement et c’est vendu le même prix que les autres. Le soleil brille pour tout le monde, mais je trouve ça ordinaire, surtout que Métro DB n’a pas de département de chasse et pêche comme un Ferlac ou un Canadian Tire.»

Il dénonce que des blocs de sel ne sont pas des produits essentiels et trouve dommage que des commerces qui fonctionnent bien en ce moment, comme c’est le cas pour les épiceries, se mettent à élargir leur offre de produits. «Tant qu’à moi, ce n’était pas prévu de son côté et il a profité du fait que nous étions fermés pour en vendre. (…) Et des blocs de sel, c’est loin d’être essentiel comme produit. Là, il a mis des tentes dehors et a créé un événement pour vendre un produit non essentiel dans ses épiceries. En plus, les épiceries n’ont pas besoin de ça. Leurs épiceries sont bien pleines de monde et ils n’ont jamais fait d’aussi gros chiffres d’affaires.»

Bien conscient que le commerce de détail n’est pas un secteur de l’économie facile à gérer, il croit tout de même que le libre marché devrait avoir certaines limites, surtout en temps de crise comme actuellement.

Le Pronature Blackburn et fils de Saint-Félicien.
Le Métro DB de Saint-Félicien.

« Je respecte le fait que ses épiceries fonctionnent bien. Ce que je n’accepte pas, c’est que pendant que des commerces non essentiels sont fermés, d’autres en profitent. (…) Les blocs qu’il vend, moi je ne les vendrai pas.»

Métro DB

Du côté de Métro DB, Dany Boutin affirme que cette vente printanière était planifiée depuis l’an passé. «J’avais cette planification depuis un an. Chaque année, je monte une tente pour l’horticulture. Cette année, j’avais prévu y mettre les cubes de sel aussi. Suivra ensuite la vente des produits horticoles, du sable, de la terre. »

Celui qui opère dorénavant ses deux succursales Métro avec ses enfants, Naomie et Olivier, mentionne s’ajuster constamment aux besoins de sa clientèle et que dorénavant, la vente de cubes de sel devrait faire partie de son offre de produits saisonniers.

«Dans ce temps-ci, les gens commencent à vouloir retourner dans le bois, donc c’est certain que c’était dans mon plan de mise en marché. (…) C’est la première année que j’en vends. J’avais remarqué ça l’année passée qu’il y avait un marché et que ça se vendait dans le coin. »

En entrevue avec Le Quotidien, il a tenu a relativiser le volume des ventes que cela peut représenter pour un commerce comme le sien.

«Ce n’est pas vraiment un événement sous la tente, mais je n’avais pas l’intention non plus de rentrer ça dans le magasin. (…) On ne veut pas créer d’achalandage avec ça. Il y a une personne de temps en temps qui en achète. Je calcule qu’il va y avoir environ 150 ventes, donc ce n’est pas tant que ça. Il y a 750 cubes dans chacun des magasins et la majorité du monde en achète 4 ou 5. Les gens passent aux caisses et ensuite les ramassent sous la tente.»

4 mai
Hier, le gouvernement du Québec a dévoilé d’autres détails concernant son plan de déconfinement. Trois types d’entreprises se trouvant hors de la Communauté métropolitaine de Montréal seront graduellement rouverts à partir du 4 mai : les commerces de détail avec une entrée extérieure, les entreprises dans le domaine de la construction en génie civil et les entreprises manufacturières.

Cette annonce devrait faire le bonheur de plusieurs commerces de détail spécialisés de la région, comme c’est le cas pour Pronature Blackburn et fils.