Les frères Serge, Daniel et Eddy Lapierre viennent d’ouvrir le fleuriste Garçons d’honneur sur la rue de la Fabrique, à Jonquière.

Garçons d'honneur, un fleuriste qui promet

L’une des plus vieilles et pittoresques maisons du centre-ville de Jonquière, entièrement rénovée et décloisonnée. Un ex-militaire passionné d’horticulture. Trois frères en symbiose. Un grand rêve et un plan d’affaires ficelé à la virgule près. Voici, en deux lignes, les prémices de ce qui promet d’être le fleuriste le plus avant-gardiste au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Garçons d’honneur a officiellement ouvert ses portes la semaine dernière, coin Saint-Charles et de la Fabrique, entre les murs de l’ancienne maison de la famille Caron. Le patronyme est bien connu à Jonquière, puisqu’il est associé à l’entreprise funéraire Nault et Caron, qui a toujours pignon sur rue juste à côté.

Le concept est recherché et la formule juxtaposée de tellement de couches de raffinement qu’il faut le voir de visu pour en apprécier toutes les subtilités. Ceux qui franchiront le cadre de porte du commerce prendront pleinement conscience de la splendeur de ce bijou où cohabitent art floral et patrimoine, en parfait concubinage. Dans l’antre de ce petit musée aguicheur de sens, les fleurs trônent en reines végétales dans un décor à mi-chemin entre le rustique et le contemporain, où les jeux d’éclairage ont été sciemment placés de façon à en révéler toute la splendeur. Jamais un poinsettia n’aura eu l’air aussi séduisant, un cactus ou un kokedema japonais aussi attrayant. Sitôt assimilée, l’odeur envoûtante des orchidées somme le cerveau de dire au corps de ne pas partir. La senteur des fleurs, leurs vibrants pigments, le craquement des planchers de bois sous les pieds et la lumière profuse qui jaillit des multiples fenêtres du bâtiment forcent le regard à s’épivarder. 

Les frères Daniel, Serge et Eddy Lapierre ont mis le paquet pour réaliser ce projet audacieux, lequel se concrétise enfin au terme de deux années d’efforts. Très jeune, Daniel Lapierre est devenu passionné de fleurs. Il a travaillé dans le domaine à Montréal pendant quelque temps et, après un retour en région, il a tenté de percer le cercle plutôt fermé de la fleuristerie régionale. Il s’est toutefois vite rendu compte que ses connaissances outrepassaient celles requises pour travailler dans un salon. Fort de toutes ces connaissances acquises au fil des ans, Daniel Lapierre a tenté de démarrer sa propre entreprise, mais l’initiative n’a pas connu le succès escompté. Il s’est donc tourné vers l’aménagement paysager, un domaine dans lequel il a œuvré pendant une quinzaine d’années. Puis, l’horticulteur-fleuriste autodidacte est arrivé à un tournant de sa vie où il a voulu mettre un terme à une certaine insécurité financière. C’est ainsi qu’en 2005, il a joint les Forces armées canadiennes. La vie lui a cependant infligé un coup de Jarnac en 2015, alors qu’il s’est su atteint d’un cancer de l’estomac.

Au cours de sa carrière de dix ans dans les Forces, Daniel Lapierre n’a jamais cessé de vouer un amour profond aux végétaux. Libéré de son engagement militaire pour des raisons de santé, il a approché ses frères Serge et Eddy, dont il est très proche, pour leur parler de son projet. 

« La vie me disait qu’il fallait que je prenne une autre direction. J’ai reçu un montant de l’armée, ce qui me permettait d’acheter une propriété. J’ai visité la maison de la famille Caron et je trouvais qu’elle se prêtait merveilleusement à ça. Dès que je suis entré ici, j’ai ressenti quelque chose », confie-t-il.

Le groupe voit grand pour Garçons d’honneur, un fleuriste nouveau genre où les œillets, les bibelots et les ballons ont été relégués aux confins de l’oubli.

Serge Lapierre a métamorphosé la maison centenaire

Serge Lapierre a travaillé pendant 15 ans comme directeur technique et scénographe au sein de la compagnie de théâtre La Rubrique. Il est lui aussi tombé sous le charme de cette maison centenaire regorgeant d’histoire et de potentiel. 

Le créateur, qui possède un talent inouï pour le design, a été secoué par une vague d’ondes positives lorsqu’il a foulé le parquet de la propriété de 1908 pour la première fois.  

« Même si la morgue était autrefois située tout juste derrière, il n’y avait pas de mauvaise énergie ici. Il y avait eu beaucoup d’amour dans la maison et ça se sentait. J’étais rendu à un moment de ma vie où je voulais un changement professionnel. Mon frère est venu me chercher avec ce projet-là », raconte Serge Lapierre, à qui Daniel a lancé : « tu vas être le meilleur designer floral qu’il y a dans la région ». 

En bon scénographe, l’artiste a conçu l’ensemble des maquettes à partir desquelles la maison a été redessinée. Comme il se plaît à le dire, Serge Lapierre a « théâtralisé la chose ». Douze portes donnant sur autant de pièces ont été retranchées. Des murs sont tombés pour paver la voie à une boutique ouverte et spacieuse. Un salon attenant à la salle de montre, méticuleusement aménagé dans le respect du cachet de la maison, est mis à la disposition de la clientèle. Garçons d’honneur se spécialise aussi dans l’événementiel et l’aménagement d’un espace de rencontres avec la clientèle était nécessaire. De plus, Daniel Lapierre souhaitait ardemment mettre un lieu confortable et apaisant, situé en marge de la boutique, à la disposition des personnes affligées par le deuil. 

« Il faut que les clients se sentent respectés. Le respect, c’est la base de notre vision d’entreprise. C’est un immense privilège d’être fleuriste parce que tu partages les moments les plus importants de la vie des gens. Tu peux être présent auprès d’une famille très longtemps, du baptême jusqu’au décès. Il ne faut jamais oublier ce privilège », fait valoir le fleuriste 2.0, qui a transmis son amour des végétaux à son frère Serge, lui-même récemment diplômé en fleuristerie. 

Daniel et Serge ont entraîné leur plus jeune frère Eddy dans l’aventure. À l’emploi de Devicom, le cadet de la fratrie a la bosse de l’informatique, des médias sociaux et des stratégies réseau. Au trio s’est aussi ajoutée la fille de Daniel, Alexandra. Les propriétaires de Garçons d’honneur ont même l’intention de partager leur savoir-faire et leurs connaissances en offrant des ateliers d’art floral au grand public. Toute une stratégie marketing sera développée autour de la marque GH.

« Mes frères et moi, on a toujours été là les uns pour les autres. Mon projet, ils en ont fait le leur. J’ai rêvé l’entreprise et on l’a bâtie ensemble », raconte Daniel Lapierre, qui habite l’étage supérieur, dans un environnement qui rendrait jaloux n’importe quel amoureux de propriétés anciennes restaurées avec goût. Le montant qu’il a reçu de l’armée lui a permis d’acquérir et de rénover la bâtisse, un projet qui a frôlé le demi-million de dollars.

Le groupe voit grand pour Garçons d’honneur, un fleuriste nouveau genre où les œillets, les bibelots et les ballons ont été relégués aux confins de l’oubli. Les Lapierre veulent faire découvrir de nouvelles espèces et sont animés du fervent désir de faire de l’entreprise un succès fondé sur une offre sans pareille. Pour demeurer dans le registre horticole, on peut dire que l’ambition des entrepreneurs n’a d’égale que la luxuriance des plantes et le foisonnement des fleurs.

L’atmosphère qui se dégage de ce salon de fleuriste est unique. De la rénovation et l’aménagement de la maison au choix des variétés de plantes, les Lapierre n’ont rien négligé pour faire de leur commerce un lieu unique et inspirant.

Une ère nouvelle

Le fleuriste Daniel Lapierre croit que tous les astres étaient alignés pour faire de Garçons d’honneur un franc succès. D’intéressantes trouvailles se sont placées sur le chemin des trois frères, leur permettant de créer un commerce authentique et singulier, d’où émanent les relents du passé.

Des tables fabriquées à partir de pieds en fer forgé d’anciennes machines à coudre Singer aux anciennes plaques jaunes des rues Saint-Charles et de la Fabrique placées au-dessus des portes donnant sur chacune des artères, une panoplie de trésors jonchent la boutique florale familiale. Le cachet de la maison de briques située à quelques pas de l’église Saint-Dominique est la pierre d’assise du projet.

«J’ai acheté la maison pour Garçons d’honneur. L’entreprise est née, on l’a nourrie, on l’a développée. Le coeur bat bien. Ça sent bon. Parfois, il faut que je me pince pour y croire», lance Daniel Lapierre.

L’entrepreneur croit qu’une brise rafraîchissante se fait sentir et que le soleil brille sur la ville, ce qui pave la voie à une ère nouvelle.

«En 2017, les femmes deviennent mairesses et les hommes sont fleuristes. C’est merveilleux et je peux vous dire qu’en ce moment, je me sens très bien dans mes pantoufles», conclut-il.