Aline Vaillancourt, présidente de l’Association des centres de la petite enfance et bureaux coordonnateurs, et Frédérick Guimond, du CPE Jardin de la santé de Jonquière, ont expliqué les enjeux du conflit de travail en cours dans la région.

Freinées par la pénurie de main-d’oeuvre

L’Association patronale des centres de la petite enfance (CPE) et des bureaux coordonnateurs n’a pas d’objectif idéologique dans les discussions sur les deux dernières dispositions de la convention collective qui sont au cœur de l’actuel conflit qui a mené à une grève générale illimitée. Ses représentants maintiennent qu’il est impossible d’accorder les demandes syndicales en raison de la pénurie de main-d’œuvre qui frappe aussi ce secteur d’activité dans la région.

Deux représentants de l’association ont été mandatés pour rencontrer Le Quotidien, mercredi, afin de faire le point sur la situation alors que le conflit risque de se poursuivre après la semaine de relâche. Les représentants des employeurs, suivant les commentaires formulés par la présidente de l’association et directrice de la Bambinerie d’Alma, Aline Vaillancourt, jugent nécessaire à ce moment de bien expliquer les motifs de leur position et admettent d’entrée de jeu que les demandes syndicales n’ont aucune incidence monétaire.

« Nous sommes liés à une directive dans les services de garde que nous avons l’obligation de respecter. Ce sont des contraintes qui assurent la qualité du service et la sécurité des enfants. Nous avons un nombre d’adultes obligatoire par nombre d’enfants dans chacun des CPE. Le ratio est d’une éducatrice pour huit enfants âgés de plus de 18 mois et d’une éducatrice pour cinq enfants pour les poupons (moins de 18 mois). Lorsque nous ne respectons pas ces ratios, ce sont les éducatrices qui nous le rappellent avec raison », explique Frédérick Guimond, directeur du CPE Le Jardin en Santé de Jonquière.

En ce moment, les services de garde composent avec un bassin limité d’employés sur appel. Il y a les éducatrices détentrices de postes, les éducatrices sur appel qui assurent les longs remplacements et qui bénéficient des mêmes droits que les détentrices de poste (incluant la banque de temps) pendant la durée du remplacement, et finalement, celles qui assument les remplacements à la pièce. Le fait d’accorder aux employés sur appel la possibilité d’accumuler le temps supplémentaire pour le reprendre en congé rendrait impossibles certains remplacements.

« Nous ne voulons pas accorder dans les conventions un nouveau droit aux employés sur appel que nous ne serons pas en mesure de respecter. C’est une position logique. Malgré nos inquiétudes quant à la pénurie de main-d’œuvre, nous avons quand même offert au syndicat la possibilité d’accorder la banque d’heures pour les employés sur appel tout en conservant un droit de gérance sur la prise des congés de cette banque », précise Aline Vaillancourt.

Les dirigeants des garderies ont aussi une réticence à accepter le principe du syndicat FSSS-CSN qui représente les 500 éducatrices en conflit et qui exige « une région, une convention ». Selon Aline Vaillancourt, il n’existe aucun modèle identique à travers le Québec. Dans certaines régions, ce sont les « couleurs locales » du centre de la petite enfance qui influencent le contenu des dispositions locales des conventions collectives.

L’autre point en litige concerne la possibilité pour les éducatrices permanentes de fragmenter deux semaines de vacances lorsqu’elles atteignent quatre semaines après 10 ans. La partie patronale a accepté cette possibilité au moment où l’éducatrice obtient une cinquième semaine de vacances après 15 ans.

Du «discernement» avec les parents administrateurs

L’Association des centres de la petite enfance et des bureaux coordonnateurs souhaite que le Syndicat des travailleuses des centres de la petite enfance FSSS-CSN fasse preuve de discernement lorsqu’il demande aux parents administrateurs de faire des pressions sur les gestionnaires pour faire avancer la négociation.

« Notre objectif n’est pas de discréditer le syndicat. Nous sommes vraiment préoccupés par l’après-conflit. Les parents administrateurs ont des responsabilités envers la corporation (chaque CPE) et ils doivent aussi préserver la relation qu’ils ont avec les éducatrices en charge de leur enfant. Le syndicat n’a pas à s’inquiéter. Nous informons régulièrement les administrateurs du déroulement de la négociation et des enjeux », insiste la présidente de l’Association, Aline Vaillancourt.

« Les négociations ne vont pas bien depuis le mois d’octobre et on ne comprend pas. Il n’y a pas de mauvaise relation de travail dans les centres. Ce n’est pas le fruit d’un mauvais climat. Au contraire, nous sommes des petites équipes. Nous sommes aussi conscients des enjeux de la conciliation travail-famille pour les éducatrices puisque nous gérons ces enjeux à temps plein dans nos services », soutient Frédérick Guimond.

L’association patronale demande au syndicat de cesser de réclamer la tenue de négociations et de se présenter à la table avec la volonté de trouver des solutions aux deux dernières dispositions de la convention collective qui ont provoqué le déclenchement de la grève.

Au Québec, le gouvernement négocie tout le volet salarial des conventions collectives dans les services de garde (90 % de la convention). Les CPE, qui choisissent ou non de se constituer en association patronale, négocient les dispositions locales et chaque centre a la responsabilité des particularités pour chaque centre.

Dans la région

L’Association des Centres de la petite enfance et des bureaux coordonnateurs 

• Négociateur patronal : Me Sylvain Bouchard, Gauthier Bédard

• 18 CPE

• 24 installations

• 16 CPE en conflit

• 22 installations fermées

Association patronale B

• Négociateur patronal : Steeve Jones, Progestion

• 6 CPE en confit

• 16 installations fermées

Total

• 500 éducatrices en grève

• 1909 places en garderie fermées

• Plus ou moins 1700 familles touchées

Association C

• Négociateur patronal : Me Mathieu Fournier, Caine Lamarre

• 4 CPE

* Entente de principe