Fil à elle, fondée par la Saguenéenne Sophie Dumont, c’est une gamme de sacs, de coussins et de rideaux éthiques. L’entreprise utilise notamment des tissus fabriqués par des femmes du Burkina Faso.

Fil à elle: la mode éthique, version Saguenay

Mettre la mode au service de l’humanité. Voilà la mission que s’est donnée la Saguenéenne Sophie Dumont. L’entrepreneure originaire d’Arvida, détentrice d’une maîtrise en sociologie, vient de lancer Fil à elle. La petite entreprise éthique, spécialisée dans le design et la confection de sacs et d’articles de décoration intérieure, s’appuie sur des fondements féministes et environnementaux.

C’est lors d’un stage auprès de la ministre de la Promotion de la femme au Burkina Faso que Sophie Dumont a eu le déclic. Déjà, elle caressait le rêve de fonder une compagnie qui lui permettrait de conjuguer son intérêt pour la mode et ses propres valeurs, axées sur l’équité et le développement durable.

Lorsqu’elle a visité une microentreprise de textiles, où des femmes s’affairaient sur des métiers à tisser pour fabriquer des tissus, elle a été interpellée. Sachant que l’éducation n’est pas à la portée des jeunes Africaines, qui sont reléguées au second plan, après les garçons, et souvent confinées aux tâches domestiques, Sophie Dumont a voulu s’impliquer.

« La grosse majorité des filles et des femmes là-bas n’ont pas accès à l’éducation. Elles ne peuvent donc pas se trouver d’emplois. Elles tissent pour faire un peu d’argent. Avant d’aller au Burkina Faso, j’étais au courant des statistiques. Mais ce que j’ai vu était une coche au-dessus de ce que j’avais imaginé. Le voir de tes yeux, c’est poignant », met en contexte la jeune femme de 30 ans, qui habite la région de Montréal. Ce qu’elle a vu de ses yeux, c’étaient des associations de femmes qui travaillaient le textile derrière leur maison avec de vieilles machines, des femmes qui mettaient leurs habiletés manuelles à profit pour gagner leur croûte.

Sophie Dumont vend ses produits sur le site Etsy et travaille à la mise en place d’un site Internet.

« Je voulais travailler sur un projet de recherche qui permettrait aux femmes d’avoir du travail, malgré le fait qu’elles n’ont pas pu aller à l’école », enchaîne-t-elle.

Des études aux affaires

Le projet de maîtrise de Sophie Dumont est devenu un projet d’entreprise. Au cours de la dernière année, elle a ficelé un plan d’affaires et s’est assurée d’obtenir du financement. Il y a deux semaines, Fil à elle a officiellement été lancée.

Ces femmes du Burkina Faso ne travaillent pas exclusivement pour Sophie Dumont. La designer est leur cliente et s’approvisionne auprès d’elles en tissus, très colorés, lesquels se greffent aux sacs et aux pochettes. La plupart sont faits de cuir, d’autres sont conçus avec des textiles fabriqués à partir de bouteilles de plastique recyclé. Ces sacs sont dessinés par Sophie Dumont, qui envoie ensuite ses esquisses à l’entreprise de Larouche Confection Imagine pour fabrication, à partir des matériaux qu’elle a préalablement dénichés. L’entrepreneure est d’ailleurs très fière de s’être associée à une compagnie de la région, elle qui accorde beaucoup d’importance à ses racines.

Fil à elle, c’est aussi des coussins et des rideaux. Sophie Dumont va chercher des pagnes imprimés en Côte d’Ivoire pour offrir des produits aux designs qui sortent de l’ordinaire.

« J’essaie vraiment de me procurer des tissus éthiques. C’est plus difficile de m’en assurer avec les tissus qui proviennent de la Côte d’Ivoire, mais je fais de gros efforts parce que c’est parfois difficile de savoir la provenance exacte. Quand l’entreprise sera plus grosse, je vais être plus capable de m’en assurer », prédit-elle.

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OUVRIR UNE MANUFACTURE EN RÉGION

« Promouvoir l’entrepreneuriat chez les femmes un peu partout » demeure le principal leitmotiv de la créatrice Sophie Dumont, qui voit grand pour cette initiative qui en est à ses balbutiements. 

Si tout va comme prévu, elle aimerait aller en Inde l’an prochain pour aller rencontrer des tisseuses auprès desquelles elle pourrait s’approvisionner. Les étoffes flamboyantes, typiques de l’Inde, pourraient donc se retrouver dans les sacs de nombreuses Québécoises. Et si les ventes continuent de croître, ce qui augure très bien, aux dires de Sophie Dumont, un projet d’implantation d’une petite usine, ici au Saguenay, pourrait voir le jour.

« J’aimerais vraiment ouvrir quelque chose dans ma région natale. Quand je viens au Saguenay, je me rends compte qu’il y a vraiment un engouement pour mes produits. Les gens aiment ce que je fais et aiment l’histoire derrière l’entreprise. Des entreprises globales, il n’y en a pas vraiment à Montréal, mais le côté mode ethnique est présent. C’est moins le cas en région. Et il y a aussi une solidarité régionale. Les gens veulent m’encourager », constate Sophie Dumont. 

Si ce projet de manufacture se concrétise, la femme d’affaires aimerait embaucher des travailleuses issues de l’immigration. Elle s’y connaît, puisque la diplômée en mise en marché de la mode a aussi occupé un poste d’agente de promotion et de communication chez SEMO Saguenay, aujourd’hui devenu Groupe Inclusia. 

Au-delà du charme qu’exercent ses produits sur la clientèle, le volet féministe et durable de l’entreprise plaît énormément aux acheteuses, qui peuvent se les procurer en ligne. De surcroît, le fait que les sacs, coussins et rideaux sont des produits fabriqués au Québec demeure un facteur de motivation.

Évidemment, pour se procurer des articles de mode éthique, il faut délier les cordons de sa bourse. Lorsqu’elle s’est lancée en affaires, l’entrepreneure rêvait de créer des produits accessibles. Toutefois, elle a vite compris que ses prix devaient être fixés de façon à ce qu’elle puisse toucher au moins une petite marge de profit. « Quand j’étais plus jeune, je n’avais pas les moyens de m’acheter des vêtements éthiques et je me disais qu’un jour, je pourrais moi-même faire des produits qui seraient abordables. Mais je me suis rendu compte que rendre les produits accessibles, c’est plus difficile que je le pensais », confie-t-elle.

C’est pourquoi, pour l’instant, les articles regroupés sous l’égide de Fil à elle ne sont pas disponibles dans des boutiques physiques, où les designers doivent payer un pourcentage sur les ventes pour profiter d’un espace. Cela dit, Sophie Dumont aimerait bien avoir une vitrine pour ses produits et pourrait relancer les pourparlers avec des boutiques dont l’offre de produits cadre avec son créneau.

La directrice générale de Fil à elle constate que les clients sont prêts à payer le juste prix pour des créations uniques, éthiques et faites ici. 

Les régionaux pourront rencontrer Sophie Dumont et découvrir ses produits à l’occasion de l’événement ChicETNIK Fashion Show, lequel aura lieu le 17 novembre au parc de la Rivière-du-Moulin, à Chicoutimi.

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UN SITE INTERNET EN CONSTRUCTION

De concert avec une firme spécialisée, Sophie Dumont travaille à la création d’un site Internet qui pourra lui permettre de faire valoir ses produits et de les vendre en ligne, tout en relatant l’histoire de l’entreprise.

Présentement, la gamme Fil à elle est accessible par l’entremise du site transactionnel Etsy. Entre deux salons et un voyage en Afrique, la créatrice veut aussi travailler à l’élaboration de sa prochaine collection. 

Avant de donner un grand coup en termes promotionnels, Sophie Dumont veut être fin prête. «En ce moment, j’apprends beaucoup en matière d’importations et de douanes. Ça peut devenir complexe», confie l’entrepreneure. Elle n’exclut pas, non plus, la possibilité de lancer une campagne de sociofinancement pour lui permettre de prendre de l’expansion.