Feu vert aux travaux sylvicoles malgré la pandémie

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Malgré la pandémie de COVID-19, le gouvernement du Québec a donné le feu vert à la saison des travaux sylvicoles, nonobstant les problèmes de main-d’oeuvre et les particularités de ces opérations tributaires de la vie dans des camps forestiers. Voilà les termes d’une lettre adressée à l’industrie et signée par le sous-ministre du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

La nouvelle est de taille pour l’économie du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui produit, année après année, 50 millions de plants forestiers qui prendront la direction des régions forestières du Québec pour être mis en terre. La région comprend aussi une importante concentration d’entreprises spécialisées dans la sylviculture ainsi que la chaîne d’approvisionnement de ce secteur industriel.

Pour bien comprendre l’importance de cette nouvelle, il suffit de mentionner que le budget annuel alloué à ces travaux de reboisement et de sylviculture est d’un peu plus de 250 M$.

Le propriétaire de la Pépinière Boucher de Saint-Ambroise, l’un des plus importants producteurs privés de plants du Québec, prépare le début des opérations du travail en serre. «Nous avons des rencontres pour préparer le travail. Pour les serres, il sera possible de faire des aménagements pour assurer la bonne distance entre les travailleurs. C’est aussi la même chose à l’extérieur puisque nous avons beaucoup d’espace», précise Stéphane Boucher.

Pour l’entreprise de Saint-Ambroise, le problème est surtout associé aux 40 travailleurs mexicains qui arrivent chaque printemps pour compléter la main-d’oeuvre nécessaire afin d’assurer la production. «On téléphone au consulat du Mexique et il n’y a plus de réponse. On nous informe qu’il y aura des vols pour permettre le transport, sans plus, et il est interdit de se déplacer entre les régions du Québec», explique Stéphane Boucher.

Délais

Les producteurs de plants du Québec ont en inventaire les pousses de deux ans qui devront être mises en terre pendant les quatre prochains mois. La plantation dépend aussi de la disponibilité de la main-d’oeuvre et des directives gouvernementales pour la distanciation sociale.

«Ce sont des plants qui ont une fenêtre pour être mis en terre. Il est peut-être possible de retarder certains lots, mais pas pour tous les plants. Il y a un risque d’en perdre. Cette année, nous allons expédier les semis mis en terre en 2018 et nous devons préparer la plantation pour 2022», explique Stéphane Boucher.

Le directeur général de l’Association des entreprises en travaux sylvicoles du Québec (AETSQ), Fabien Simard, assure que les chantiers seront réalisés pendant l’été malgré les contraintes et le problème de main-d’oeuvre. Selon ce dernier, dans plusieurs petites communautés, les travaux sylvicoles vont constituer l’une des principales activités économiques pendant la période estivale.

«Ce n’est pas facile. C’est compliqué, mais c’est tout un défi. On travaille en ce moment sur les procédures pour les campements et le transport. Les journées vont être plus longues, mais le travail va se faire», promet le patron de l’AETSQ.

Il estime que tout le secteur sera confronté à une diminution de main-d’oeuvre de l’ordre de 10 %. Il sera plus difficile de faire venir des travailleurs étrangers et certains travailleurs québécois ne voudront pas prendre le risque de vivre dans des camps en raison de la pandémie.

«On comprend très bien les raisons pour lesquelles les travailleurs vont refuser, et c’est normal. Mais à partir de la semaine prochaine, chaque entrepreneur qui exploite des camps forestiers aura entre les mains tout le matériel nécessaire ainsi que les protocoles de sécurité. L’objectif est de participer à l’économie, mais ça va se faire avec des mesures très strictes. C’est ce dont nous discutons en ce moment avec le gouvernement et les autres intervenants industriels», a conclu le directeur général de l’AETSQ.