Les 20 cabarets d’anodes fabriqués en Chine auront permis à Rio Tinto de sauver plus de 30 % du prix final du produit.

Faits en Chine plutôt qu'à Alma

Rio Tinto a acheté en Chine de l’équipement normalement fabriqué au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Des cabarets d’anodes d’une valeur de 540 000 $ sont arrivés à Alma au cours des derniers jours.

Dans un message publié en anglais sur le réseau social interne utilisé par l’entreprise (www.yammer.com) et dont Le Quotidien a obtenu copie, un directeur des achats pour Rio Tinto, Yao Tony, a annoncé ce qu’il a qualifié de « percée » pour un fournisseur chinois. « Yinglong Machinery a suivi notre conseil pour assurer sa présence au Canada. » Les 20 cabarets d’anodes fabriqués en Chine auront permis à Rio Tinto de sauver plus de 30 % du prix final du produit, peut-on lire dans la publication. Yao Tony affirme qu’il s’agit là « d’un bon exemple d’intégration d’un fournisseur chinois pour créer une valeur significative pour les clients ».

À la Société de la Vallée de l’aluminium, on confirme que de nombreuses compagnies de la région ont les capacités manufacturières de fabriquer de tels cabarets.

« Aujourd’hui, nos entreprises sont noyées dans l’ensemble des entreprises du monde. Rio Tinto n’a pas de politique d’achat local et les Chinois sont très avancés, affirme le professeur d’économie à l’Université du Québec à Chicoutimi, Marc-Urbain Proulx, commentant la nouvelle. Avec Alcan c’était différent ; il y avait un historique avec les entreprises du milieu. La proximité était importante et jouait sur les achats. Là, la complicité ne joue plus parce qu’il n’y en a plus ! Ce qui serait souhaitable, c’est une politique d’achat régional. »

La responsable des communications de Rio Tinto, Xuân-Lan Vu, souligne que l’entreprise a dépensé 871 M$ en achats de biens et de services au Québec en 2016.

« De façon générale, nous dépensons davantage ici qu’ailleurs. Ceci étant dit, nous sommes une entreprise avec des opérations mondiales et nous devons demeurer compétitifs. C’est pourquoi nous devons aussi faire des choix de fournisseurs en fonction des coûts. Nous continuerons de travailler avec les entreprises de la région. »

Le président du Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma, Alexandre Fréchette, estime que la nouvelle a de quoi soulever des inquiétudes. « La réponse de la compagnie à la diminution du nombre d’emplois directs était qu’il y aurait une augmentation du nombre d’emplois indirects dans les équipementiers et fournisseurs. Ça ne fonctionne pas. »

L’entreprise a réalisé des profits de 3,5 G$ en 2017. Le nombre d’employés de la division aluminium de Rio Tinto au Québec est passé de 6100 en 2011 à 3942 en 2016. Les chiffres de 2016 incluent les « sous-traitants de classe 1 », ce qui n’était pas le cas en 2011. Ces données sont tirées du Rapport de développement durable émis par la multinationale.

Rio Tinto a annoncé un projet d’investissement de quelque 250 millions de dollars à la raffinerie d’alumine Vaudreuil, au cours des dernières semaines. L’ajout de 16 cuves de génération AP6X, sur le même site, a aussi été confirmé. Également, un centre de coulée supplémentaire sera érigé afin de concevoir de nouveaux alliages, destinés à des marchés distincts. Aussi, les membres des trois syndicats affiliés aux Métallos de l’aluminerie d’Alma de Rio Tinto (bureau, policiers et pompiers, employés horaires) ont accepté d’entreprendre des négociations sur la prolongation de leur convention collective dans le cadre d’un investissement de l’ordre de 150 à 200 M$ dans une usine de billettes d’aluminium. Une quarantaine d’emplois « Rio Tinto » pourraient ainsi être créés.