Des lockoutés de l'ABI ont manifesté devant le siège social d'Hydro-Québec à Montréal.

Entente à l'ABI: le syndicat peu optimiste

TROIS-RIVIÈRES — En marge d’une manifestation qui aura réuni mercredi quelque 500 participants à Montréal, dont 300 lockoutés d’ABI, le président de la section locale 9700, Clément Masse, s’est montré peu optimiste d’en arriver à une entente avant la date butoir du 30 novembre fixée par le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.

«On discute, on suit le processus qu’ils ont mis en place pour discuter jusqu’au 30. Mon feeling, je ne suis pas positif qu’on ait une entente d’ici au 30», a-t-il affirmé en entrevue, refusant de dire si les discussions des dernières semaines avaient permis de faire avancer les choses.

Depuis l’annonce du ministre Boulet le 7 novembre dernier, les négociations ont repris afin de tenter de dénouer l’impasse dans le conflit de travail qui frappe l’Aluminerie de Bécancour depuis 11 mois. D’ailleurs, les pourparlers se poursuivaient mercredi dans la métropole, ce qui a permis à Clément Masse de s’absenter, le temps de participer à la manifestation qui rassemblait quelque 300 lockoutés d’ABI et 200 syndiqués métallos ainsi que des militants de plusieurs syndicats affiliés à la FTQ. Organisée devant les bureaux d’Alcoa et d’Hydro-Québec, celle-ci était prévue depuis plus d’un mois et il n’aura pas été question de l’annuler, en dépit du nouveau contexte d’un blitz de négociations.

D’ailleurs, ce coup d’éclat avait vraiment pour but, dit-il, de dénoncer cette histoire de «cas de force majeure» associée au lock-out à l’ABI. On voulait ainsi déplorer le fait que le conflit actuel soit considéré comme un Act of God, «qui a déjà coûté près de 200 millions de dollars aux Québécois».

«Les contrats d’Hydro-Québec et la clause de force majeure viennent clairement déséquilibrer les rapports de force. La compagnie serait beaucoup plus pressée de repartir la production si elle devait payer son bloc d’énergie comme le prévoit le contrat. Cela dit, nous sommes présents à la table de négociations, avec ouverture et bonne foi. Nous espérons toujours pouvoir en arriver à un règlement négocié», a fait valoir Clément Masse.

«Le gouvernement du Québec doit mettre fin à ces clauses absurdes qui assimilent des lock-outs à des Act of God. Un lock-out est une décision délibérée d’un employeur pour forcer les travailleurs à abaisser leurs conditions de travail. Le gouvernement Legault doit mettre son poids dans la balance face aux multinationales de l’aluminium pour que les Québécois arrêtent de payer pour leurs coups de force contre les travailleurs», a renchéri le président de la FTQ, Daniel Boyer, lors de cette manifestation qui sera passée de la Place Ville-Marie au boulevard René-Lévesque.

La manifestation organisée à Montréal aura réuni quelque 300 lockoutés d’ABI et 200 syndiqués métallos ainsi que des militants de plusieurs syndicats affiliés à la FTQ.

Selon le directeur québécois des Métallos, Alain Croteau, «cet odieux lock-out est un affront non seulement aux 1030 syndiqués d’ABI et à leur famille, mais à tous les syndiqués du Québec».

«Alcoa, une compagnie américaine, tente d’imposer sa loi ici, en bafouant le principe même de l’ancienneté, en reniant sa signature sur des clauses déjà convenues. Mais les syndiqués québécois se serrent les coudes. Les dirigeants d’Alcoa et de Rio Tinto doivent se le tenir pour dit, les métallos d’ABI ne sont pas à genoux», a-t-il lancé.

Pour aider les parties à conclure leur convention collective, un conseil de médiation fut mis sur pied dans le but de reprendre les négociations et d’en arriver à une entente avant le 30 novembre 2018. Au terme de cette période, et à défaut d’une entente, le conseil de médiation aura le mandat de préparer une hypothèse d’entente en vue de la déposer et de la présenter au ministre et aux parties au plus tard le 7 décembre 2018.

Le conseil de médiation, présidé par Me Lucien Bouchard, est aussi composé de la sous-ministre adjointe aux relations du travail au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Me Mélanie Hillinger, et du conciliateur Jean Nolin.

Les 1030 travailleurs et travailleuses d’ABI ont été mis en lock-out le 11 janvier dernier, alors que les négociations achoppaient sur le financement du régime de retraite et le respect de l’ancienneté dans les mouvements de main-d’œuvre. Selon le Syndicat, chaque jour de lock-out coûte près de 600 000 $ à Hydro-Québec parce que l’aluminerie, propriété d’Alcoa et de Rio Tinto, a invoqué la clause de force majeure ou Act of God pour ne pas avoir à payer tout le bloc d’électricité qui lui est réservé.

Finalement, Le Nouvelliste a appris que les audiences devant le Tribunal administratif du Travail autour des briseurs de grève auront bel et bien eu lieu mardi et elles se poursuivront en décembre.