GNL Québec a présenté la version finale de son étude d’impact environnemental réalisée par WSP et Nippour, mercredi, pour son projet de construction d’une usine de liquéfaction du gaz naturel au port de Grande-Anse.

Énergie Saguenay: 443 000 tonnes de GES à compenser

Si Énergie Saguenay maintient son objectif d’atteindre la carboneutralité avec sa future usine de liquéfaction de gaz naturel, à Grande-Anse, d’une capacité de 11 millions de tonnes, ce sont 443 000 tonnes d’émissions directes de gaz à effet de serre (GES) qu’elle devra compenser annuellement à compter de 2025, année projetée du démarrage des installations.

GNL Québec a présenté la version finale de l’étude d’impact environnemental réalisée par WSP et Nippour, mercredi. Il s’agit d’un document de plus de 4000 pages en incluant les annexes. Le dévoilement a été l’occasion pour Caroline Hardy, directrice environnement de GNL Québec, Pierre-Olivier Roy, Ph. D. et chercheur au Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), et Stéphanie Fortin, directrice des communications et relations avec les communautés, d’effectuer une présentation sur les impacts du projet.

Caroline Hardy, directrice environnement chez GNL Québec, a expliqué que l’utilisation d’un bloc d’énergie de 550 MW permettrait de diminuer l’empreinte carbone.

Lors de la présentation, M. Roy a fait état des travaux réalisés selon la méthode du cycle de vie et visant à évaluer les émissions de GES découlant de la construction et l’opération des installations. Les émissions directes, incluant les émissions fugitives, totaliseront environ 421 000 tonnes annuellement, soit 0,55 % des émissions québécoises auxquelles s’ajoutent 107 000 tonnes découlant de l’utilisation d’un bloc de 550 mégawatts d’hydroélectricité et 176 000 tonnes reliées à l’utilisation des infrastructures. Les émissions de GES liées à la construction du complexe sont estimées à 238 000 tonnes sur une période de 57 mois.

Parmi les arguments favorables au projet, le CIRAIG confirme que le projet d’Énergie Saguenay alimenté à l’hydroélectricité produira 84 % moins de GES qu’une usine équivalente aux États-Unis et alimentée au gaz naturel. À l’échelle mondiale, en émettant l’hypothèse que le GNL puisse remplacer l’utilisation du charbon ou du pétrole dans des pays comme la Chine et l’Inde, le CIRAIG estime la réduction d’émissions de GES à 28 millions de tonnes annuellement ou 700 millions de tonnes sur un horizon de 25 ans. Il s’agit toutefois d’un scénario que le CIRAIG ne peut valider puisqu’il est impossible de savoir à cette étape-ci à qui le GNL sera vendu et quelle sera son utilisation (production d’électricité, chaleur, transport) par les clients potentiels en Europe, en Asie ou en Amérique du Sud.

Pierre-Olivier Roy, Ph. D. et chercheur au CIRAIG, a décortiqué les chiffres portant sur les émissions de GES de la future usine, laquelle devrait être carboneutre.

Impacts 

Outre les émissions de GES, Énergie Saguenay a fait part de ses discussions avec les trois comités consultatifs formés avec les Autochtones, les groupes environnementaux et le comité maritime. Les discussions ont permis de faire le point pour repositionner la future usine sur le site de Grande-Anse avec différentes modélisations.

C’est ainsi qu’il a été décidé d’atténuer l’impact visuel à partir de la rive nord du Saguenay, d’utiliser des lampes d’éclairage ambrées et une torchère au sol plutôt que verticale.

Au niveau sonore, selon les modèles présentés, l’usine ne devrait pas avoir plus d’impact que celles de l’ambiance d’un restaurant lorsqu’on se situe sur la rive nord. Au chapitre de la qualité de l’air, le principal défi sera de maintenir les émissions de poussières pendant la phase de construction.

En ce qui a trait au transport du gaz liquéfié sur le Saguenay à l’aide de méthaniers, à raison de quatre à cinq bateaux par semaine, Mme Hardy s’est voulue rassurante en affirmant qu’en 50 ans de transport de GNL au niveau mondial, aucun accident ou perte de cargaison n’a été constaté. Selon tous les scénarios étudiés, une collision avec un autre navire ou un incendie pourraient mener à des déversements. En ce qui a trait à l’émission de bruit subaquatique, auquel seraient soumis les troupeaux de bélugas du Saguenay, GNL affirme être en contact avec les chercheurs œuvrant dans le domaine.

« Dans tous les cas de modélisation, les pires scénarios ont été étudiés et les paramètres du gouvernement sont rencontrés », affirme-t-elle.

À compter de vendredi soir, Énergie Saguenay poursuivra le processus avec la tenue d’une session d’information et de consultation avec la population.

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PAS ENCORE DE CLIENTS NI DE FOURNISSEURS

Même si le projet d’Énergie Saguenay avance, la direction de l’entreprise n’a pas encore signé d’entente avec un éventuel fournisseur de gaz de l’Alberta ni avec un client outre-mer pour disposer de son gaz naturel liquéfié.

Présent lors de l’exposé de presse, Tony Le Verger, vice-président développement et finances, a mentionné qu’il effectue régulièrement des voyages en Europe afin de dénicher des clients potentiels, un processus très long puisqu’il est question de contrats à long terme d’une durée de 20 ans impliquant des milliards de dollars. « Certaines négociations sont avancées. On espère avoir des clients signés pour 2019 », a déclaré M. Le Verger.

Interrogé sur la présence des Russes dans le paysage énergétique européen, M. Le Verger affirme qu’il s’agit de fournisseurs parmi d’autres de GNL comme peuvent l’être les États-Unis, la Norvège, le Nigeria et l’Algérie.

Selon lui, la sécurité des approvisionnements à long terme fait partie des discussions abordées avec les Européens.

Les Polonais ont construit un terminal d’importation parce que 60 % de leur gaz provenait des Russes. Maintenant, ils s’approvisionnent à partir des États-Unis et de la Norvège.

En ce qui a trait à la provenance du gaz naturel qui sera liquéfié ici, Énergie Saguenay assure qu’il sera entièrement canadien, provenant à 85 % de formation géologique à réservoirs étanches et à 15 % de gaz conventionnel.

« La future usine ne sera pas déclencheur d’ouverture de nouveaux puits de gaz de schiste », assure Mme Fortin.

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LA VRAIE QUESTION ENVIRONNEMENTALE MISE DE CÔTÉ, CROIT SYLVAIN GAUDREAULT

Le porte-parole du Parti québécois en matière d’Environnement et député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, reconnaît le travail réalisé par le CIRAIG à la demande d’Énergie Saguenay. Il croit cependant qu’il ne met pas de l’avant la vraie question au plan environnemental.

Selon lui, cette vraie question devrait être posée afin de savoir si on doit remplacer l’utilisation de combustibles fossiles comme le charbon et le pétrole par un autre combustible fossile sous forme de gaz naturel. « Le vrai débat que l’on doit entreprendre comme société est de savoir si on doit passer par la transition énergétique ou si on ne devrait pas aller directement vers des énergies renouvelables », affirme M. Gaudreault.

Le député a déploré une nouvelle fois que le projet d’Énergie Saguenay soit scindé en deux sur le plan de l’évaluation environnementale avec un processus spécifique pour le prolongement du gazoduc en territoire québécois sur 750 km et un autre pour la construction de l’usine de liquéfaction. Il dénonce que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) et l’Agence d’évaluation environnementale fédérale soient impliqués. Il préférerait que seul le BAPE évalue les deux phases du projet. « Je crois que ce n’est pas aux autres de décider ce qu’on veut avoir sur notre territoire. S’ils prétendent qu’ils auront le gaz le plus vert au monde, on doit le faire correctement. Je ne veux pas qu’on subisse la pression des autres », conclut-il.

Pétition

Toujours en lien avec les grands projets, Pierre Charbonneau, l’initiateur de la pétition d’appui aux projets d’Énergie Saguenay, d’Arianne Phosphate et de Métaux BlackRock, a fait savoir par voie de communiqué qu’il est sur le point d’atteindre le cap des 4500 signatures.